Mar09232014

dernière mise à jourMar, 23 Sep 2014 3pm

Font Size

Cpanel
Back Accueil Actualités Nucléaire L'Iran a-t-il tué un de ses propres scientifique nucléaire ?

L'Iran a-t-il tué un de ses propres scientifique nucléaire ?

Tribune libre - Par Paul Woodward
25 mai 2012 - eurasiareview - Journal d'informations ABC : Les opposants iraniens suspectent depuis longtemps que le régime islamiste du pays utilise la couverture de sa guerre pas si couverte avec Israël pour réprimer les opposants intérieurs, et qu'un important scientifique nucléaire iranien dont la mort a été attribuée au Mossad puisse en réalité avait été tué par son propre gouvernement.
Désormais, un éminent blogger de l'opposition basé à Londres affirme que les divergences lors du récent procès et de l'exécution de « l'espion israélien » officiellement accusé d'avoir tué le scientifique Massoud Ali Mohammadi constituent encore davantage de preuves que les agents du Renseignement iranien soient les véritables assassins.
Mohammadi, un scientifique nucléaire, est mort en janvier 2010 lorsqu'une moto garée à l'extérieur de sa maison a explosé, commandée à distance, alors qu'il passait devant.

Une demi-douzaine de scientifiques et de responsables liés aux programmes de missile à longue portée et de nucléaire de la nation sont morts dans des circonstances suspectes depuis 2010, morts que le régime iranien attribue généralement à Israël, aux États-Unis et au Royaume-Uni. Lorsque Mohammadi est mort, le régime a immédiatement mis son meurtre sur le compte d'un « triangle de cruauté », voulant dire les États-Unis, l'Israël et leurs « agents engagés ».

« Les Sionistes ont fait cela, » a déclaré le président Mahmoud Ahmadinejad. « Ils nous détestent et ils ne veulent pas que nous progressions. » Ali Larjani, président du Parlement iranien, a déclaré que le gouvernement avait « des informations évidentes que le régime du Renseignement du régime sioniste et la CIA voulaient exécuter des actes terroristes ».
Mais les services du Renseignement occidentaux avaient des informations contradictoires quant à savoir si Mohammadi, un physicien spécialiste de la physique des particules, contribuait réellement au programme nucléaire. Les opposants iraniens, entre-temps, ont affirmé que Mohammadi avait été tué par le régime parce qu'il était un sympathisant du candidat réformiste Mir Hossein Moussavi, à propos duquel beaucoup pensent qu'il aurait en fait gagné les élections présidentielles iraniennes de 2009 avant que la falsification des votes aient donné la victoire à Ahmadinejad.

Un groupe d'opposition basé en Allemagne a publié une photo d'un supposé tueur à gages arabe qui aurait a priori perpétré l'assassinat de Mohammadi sur ordre du régime.
Aux funérailles de Mohammadi, des centaines de loyalistes du régime brandissant des bannières anti-Israël remplissaient la procession, lors que laquelle ils ont affronté des sympathisants du mouvement Vert de Moussavi.
Plus de deux ans après, le 15 mai 2012, le gouvernement iranien a exécuté Majid Jamali Fashi, 24 ans, qui avait été reconnu coupable de l'assassinat de Mohammadi.

Les autorités iraniennes ont affirmé que Fashi, 24 ans, avait été recruté et entraîné par le Mossad et avait été payé 120 000 dollars pour tuer Mohammadi. En janvier 2011, les médias iraniens ont diffusé la confession de Fashi, dans laquelle il disait qu'il « avait reçu différents entrainements comprenant la poursuite, la course, la contre-poursuite ainsi que les techniques de pose de bombes dans une voiture » lorsqu'il était à Tel Aviv.
Fashi avait également confessé avoir reçu des documents de voyage falsifiés en Azerbaïdjan pour se rendre en Israël, a rapporté le média de l'Iran Press TV.

Un reportage qui évoque la « guerre pas si couverte avec Israël » de l'Iran trébuche à l'entrée. Se peut-il réellement que le journaliste ne sache pas qu'il a tout faux ? Cela pourrait simplement être du traditionnel journalisme bâclé standard. Vraiment, la majorité du contenu de cet article est constituée d'informations recyclées – le seul nouvel élément ne provient pas du propre reportage de ABC mais d'un opposant iranien basé à Londres, Potkin Azarmehr, dans son article.

Azarmehr indique deux contradictions plutôt flagrantes dans le faux passeport israélien que le tueur iranien, Jamali Fashi, aurait prétendument reçu du Mossad. La photo de Jamali aurait été prise avant que le passeport ne soit délivré en 2003, lorsque Jamali n'aurait eu que 15 ans, mais il apparaît plus âgé. De même, il n'a pas la position qui est la norme de face-devant qui est universellement utilisée pour les photos de passeport. Mais ensuite, des commentateurs sur le blog d'Azarmehr ont remarqué un problème encore plus flagrant : le passeport comporte exactement les mêmes informations que celles que l'on peut trouver sur une photo d'un passeport israélien apparaissant sur Wikipedia.

Ce que d'autres n'ont pas noté est peut-être le problème le plus fondamental avec le passeport de Jamali : il n'indique ni nom ni année de naissance !
Quoi que le Mossad soit ou ne soit pas capable de faire, je ne doute pas qu'il peut fournir un passeport sans défaut à un agent. (Quant à pourquoi il distribuerait de tels passeports, c'est une question sur laquelle je reviendrai dans un moment.)
Par conséquent, quiconque a fabriqué le passeport israélien de Jamali, il semble qu'il servait plus probablement le gouvernement iranien que le gouvernement israélien, et que son objectif n'était pas de fabriquer un document physique qui pourrait être montré à un responsable de l'immigration mais plutôt un document qui pourrait apparaître à la télévision. En cet optique, Wikipedia peut apparaître comme ayant fourni assez d'informations.

Quand bien même, le fabriquant du passeport semble avoir singulièrement manqué d'imagination. Tandis que Wikipedia a censuré les informations personnelles d'identification de la copie de ce qui est manifestement un réel passeport israélien, dans le faux passeport, au lieu de remplir les trous, le fabriquant du passeport a simplement laissé les espaces en blanc – et donc pas de nom de famille ni de prénom.
Toutefois, il y avait un blanc qu'il devait remplir : la photo – et c'est là qu'il semble avoir été inspiré par une pulsion créative. Comment Jamali devrait-il poser ? Simplement comme un autre espion israélien, Jonathan Pollard. Peut-être Israël a un format spécial qu'il réserve aux passeports délivrés aux espions, a pensé le faussaire.

OK. Assez d'attention portée aux détails par ce blogger.

Il y a une question plus basique : pourquoi, pour l'amour du ciel, le Mossad donnerait-il un passeport israélien à un agent iranien ? Un passeport israélien est comme le baiser de la mort et par conséquent le Mossad se donne beaucoup de mal pour cacher l'identité israélienne de ses propres agents. Alors, pendant que les Israéliens se déplacent sous une fausse identité non-israélienne, ils donnent à leur assassin iranien un passeport israélien comme s'ils voulaient accrocher une cible dans son dos ?
Il y a bien sûr l'explication la plus encore évidente : l'histoire Jamali-Mossad était un stupide complot iranien destiné à couvrir leur propre assassinat d'un de leurs propres scientifiques nucléaires.

Mais pourquoi cette histoire émerge-t-elle maintenant ? La confession de Jamali a été utilisée par les autorités iraniennes pour démontrer que les opposants formés par les Moudjahidine du Peuple d'Iran ou OMPI collaborent avec Israël pour mener des assassinats à l'intérieur de l'Iran. L'OMPI, désignée comme organisation terroriste par le gouvernement américain, tente de faire retirer cette étiquette. À cette fin, il est presque certain que l'histoire de Jamali, comme elle est désormais réécrite, puisse servir comme élément utile dans la campagne de relations publiques de l'OMPI.

Il y a également une autre question : cette histoire a-t-elle quelque rapport avec les négociations actuelles entre l'Iran et le groupe P5+1 ? Peut-être.
Un gouvernement prêt à assassiner ses propres scientifiques peut-il gérer un programme nucléaire fiable que cela soit à des fins pacifiques ou militaires ?
Comme Jacques E.C. Hymans l'a noté, la gouvernance autoritaire et les défis du développement scientifique ne fonctionnent pas bien ensemble. La peur entrave la créativité. Le fait que le programme nucléaire de l'Iran ait avancé à un rythme d'escargot peut ne pas être seulement le reflet de la prudence des dirigeants de l'Iran mais plutôt que la communauté scientifique, dont de leurs efforts dépend le progrès, soit devenue si opposée au risque qu'ils sont incapables de bouger plus vite. Pour ceux qui craignent la création d'une bombe iranienne, probablement la chose la plus intelligente à faire serait de ne rien faire.
Au sujet de l'auteur :

Paul Woodward se décrit lui-même, par nature si ne c'est par profession, comme un « bricoleur ». Un dictionnaire des mots obscurs définit un « bricoleur » comme « quelqu'un qui invente continuellement ses propres stratégies pour saisir la réalité ». Woodward a été à diverses époques rédacteur, concepteur, architecte d'intelligence software, et moine bouddhiste, lorsqu'il vivait en Angleterre, en France, en Inde, et depuis ces vingt dernières années aux États-Unis. Il vit actuellement avec parcimonie dans les Appalaches du Sud avec sa femme, Monica, deux chats et un chien.
Woodward entretient le site internet/blog populaire de War In Context (http://warincontext.org), qui « depuis son commencement a constitué un effort d'appliquer l'intelligence critique dans un domaine où le jugement politique a été continuellement entortillé par les émotions aveugles. Cela présuppose qu'un monde sans équilibre sera inévitablement un monde en conflit ».