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L'ambitieux programme balistique de Téhéran PDF  | Print |  E-mail
mercredi, 24 mai 2006

L'ambitieux programme balistique de Téhéran En s'approvisionnant en Chine, en Corée du Nord, en Russie ou en Syrie, les Iraniens ont développé de dangereux missiles. 

de Arnaud de La Grange

Le Figaro – Ses capacités en matière de missiles balistiques, l'Iran les a prouvées le plus récemment contre... des Iraniens. Le 10 juin 1999, les militaires iraniens ont procédé à une série de tirs sur des camps d'opposants basés en Irak. Ce jour-là, ils ont montré qu'ils avaient fait de grands progrès depuis la fin de la guerre contre Bagdad en 1988, en tirant en rafales, en rechargeant rapidement et en utilisant plusieurs batteries coordonnées.

Aujourd'hui, les artilleurs de la République islamique ont encore progressé. En cas d'attaque occidentale contre ses installations nucléaires, Téhéran pourrait sans doute frapper des cibles «régionales», les forces américaines présentes au Qatar et en Irak, ou des complexes énergétiques du Golfe. On estime que l'Iran disposerait d'un arsenal de quelque 600 missiles. «Reste à savoir quelles sont les capacités opérationnelles réelles, commente Bruno Gruselle, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), car le nombre de lanceurs est plus important que celui de missiles».
 
Or, selon l'Institut international d'études stratégiques (IISS) de Londres, l'Iran disposerait d'un régiment complet alignant 3 ou 4 batteries de missiles Shahab 1 et 2 (des Scud B et C), d'une portée de 300 km et 500 km respectivement. A raison de 6 lanceurs par batterie, cela fait un total de 18 à 24 lanceurs. A cela, il faut ajouter une batterie de 3 à 6 lanceurs de missiles Shahab 3 (dérivé du Nodong nord-coréen), d'une portée allant de 1 300 km pour la version de base à peut-être 2 000 km pour le modèle amélioré. L'arme met Israël à portée de tir.
 
La marche iranienne vers le balistique était originellement destinée à contrer la menace irakienne. Aujourd'hui, il s'agit surtout d'une «stratégie anti-accès», pour menacer par exemple des forces américaines s'agitant dans la région. Les premières acquisitions «sérieuses» – des missiles Scud B – ont été faites en 1985 et 1986 auprès de la Syrie et de la Libye. Puis, les Iraniens se sont tournés vers la Corée du Nord. Des Scud B d'abord, puis des Scud C, ces derniers formant désormais l'essentiel de l'arsenal.
 
Au coeur du programme, le missile Shahab 3
 
Depuis 1988, l'Iran consacre des efforts importants à se doter d'une capacité autonome pour développer et produire des missiles. «Ils ont investi dans deux filières à la fois, propulsion liquide et solide, poursuit Bruno Gruselle, et leurs capacités dans ces deux domaines se sont considérablement étoffées.» Pour la filière «liquide», la coopération de bureaux d'études russes semble avoir été déterminante. Pour la propulsion solide, c'est du côté de Pékin que Téhéran aurait trouvé de l'aide. Des instituts chinois auraient ainsi participé à la modernisation d'installations comme Parchin et Sharhoud.
 
Au coeur de ce programme, le missile Shahab 3. A partir de l'achat sur étagère du missile Nodong à Pyongyang, les Iraniens auraient développé leur propre version, avec notamment une ogive modifiée. Ils chercheraient aujourd'hui à construire un moteur à propulsion solide pour le Shahab 3.
 
Par ailleurs, il a été fait état d'un programme Shahab 4, un lanceur spatial à deux étages, sans que rien de tangible ne soit prouvé. L'Iran pourrait avoir d'autres cordes à son arc offensif. «Quand on analyse les capacités iraniennes, on parle du balistique mais on évoque rarement les missiles de croisière», explique Bruno Gruselle. Là encore, les Iraniens ont progressé grâce à des amitiés chinoises et à d'obscurs intermédiaires russes, qui leur ont permis d'acquérir illégalement des missiles AS- 15 en Ukraine.
 
Au printemps 2004, Téhéran a fait une démonstration de son savoir-faire en tirant un missile antinavire moderne. Une jolie manière de crédibiliser la menace sur le détroit d'Ormuz.

 
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