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vendredi, 28 juillet 2006

L'Iran au coeur de la crise L'éditorial de Pierre Rousselin

Le Figaro - Tout le monde fait comme si la controverse sur le nucléaire iranien et la guerre entre Israël et le Hezbollah étaient deux événements dissociés. Mais chacun sait qu'ils sont liés, qu'ils vont l'être de plus en plus, et que l'une des deux crises ne sera pas résolue sans progrès sur l'autre.

Reconnaître cette vérité serait un premier pas vers plus de clarté. Le Liban y gagnerait un temps précieux en destructions et en vies humaines. Parce que l'on voit bien que les appels à un accord improbable entre belligérants, comme préalable à l'envoi d'une force internationale, ne servent qu'à temporiser et poussent Israël à s'enfermer dans une impasse militaire.
 
Que le Hezbollah, comme le Hamas en Palestine, dispose d'une autonomie d'action et de décision par rapport à Téhéran n'enlève rien à la détermination de l'Iran à se voir reconnaître comme un acteur majeur du monde musulman et donc du conflit avec Israël. Cette aspiration transcende la nature du régime. Le refus d'en tenir compte, surtout de la part des États-Unis, explique l'impasse où se trouve le dossier du nucléaire iranien.
 
On peut regretter que la République islamiste ait profité de la chute de Saddam Hussein et de l'envolée des prix du pétrole pour s'imposer sur la scène régionale. Ne pas le reconnaître conduit à une accumulation de crises plus coûteuses les unes que les autres pour les intérêts occidentaux. Plus on attendra, plus le prix à payer sera élevé.
 
D'autres conflits au Liban ont trouvé une solution éphémère lorsque la Syrie s'en est mêlée. Mais quelle volte-face ce serait ! La fin de l'occupation syrienne n'a-t-elle pas marqué le seul succès diplomatique au Proche-Orient depuis longtemps ? La Syrie n'est plus ce qu'elle était. En se plaçant dans l'orbite de Téhéran, elle a perdu son autonomie de décision. Elle est trop fragile, trop divisée pour servir de recours.
 
On en revient donc à l'Iran qui a comblé le vide laissé au Liban par le retrait syrien en renforçant son ascendant sur le Hezbollah, en l'aidant à s'enraciner, politiquement, et – on le mesure aujourd'hui – militairement. La milice, fortement armée et encadrée par les gardiens de la révolution, est, évidemment, une carte dans le jeu de l'Iran.
 
Qu'attend la communauté internationale pour interroger Téhéran ? La République islamiste fait-elle un lien entre le nucléaire et la situation au Liban ? Y a-t-il des divisions internes entre les jusqu'au-boutistes, conduits par le président Mahmoud Ahmanidejad, et le guide de la révolution, l'ayatollah Ali Khamenei ? Il serait bon de le savoir. L'ancien ambassadeur à Paris Sadegh Kharrazi, personnalité modérée, vient de lâcher un indice en affirmant que l'offensive israélienne compromet un accord sur le nucléaire.
 
Avec Téhéran, la politique de la confrontation suivie par Washington a trop longtemps renforcé les radicaux. Faire semblant d'ignorer l'Iran n'est pas une solution.

 
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