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Iran-USA : Se basant sur un ordinateur, les USA veulent prouver l’objectif nucléaire de l’Iran |
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vendredi, 18 novembre 2005 |
L’ordinateur portable
Le New York Times, 12 novembre – A la mi-juillet, de hauts responsables
des renseignements américains ont convoqué les dirigeants de l’agence
internationale d’inspection atomique en haut d’un gratte-ciel
surplombant le Danube à Vienne pour leur révéler le contenu de ce
qu’ils disaient être un ordinateur portable iranien.
Iran-USA : Se basant sur un ordinateur, les USA veulent prouver l’objectif nucléaire de l’Iran
L’ordinateur portable
Le New York Times, 12 novembre – A la mi-juillet, de hauts responsables
des renseignements américains ont convoqué les dirigeants de l’agence
internationale d’inspection atomique en haut d’un gratte-ciel
surplombant le Danube à Vienne pour leur révéler le contenu de ce
qu’ils disaient être un ordinateur portable iranien.
Les Américains ont allumé un écran pour y diffuser une sélection d’un
millier de pages tirées d’un ordinateur iranien sur des simulations et
des compte rendus d’expériences, disant que cela montrait les efforts
de longues dates pour dessiner les plans d’une ogive nucléaire, selon
la demie douzaine d’Européens et d’Américains qui participaient à cette
réunion.
Les documents, ont reconnu les Américains dès le début, ne prouvent pas
que l’Iran possède la bombe atomique. Ils les ont présentés comme la
preuve la plus tangible, malgré l’insistance de l’Iran sur l’aspect
pacifique de son programme nucléaire, que le pays cherche toujours à
développer une ogive compacte pour l’installer sur son missile Chahab,
qui peut atteindre Israël et d’autres pays du Moyen-Orient.
La réunion d’information à l’intention des responsables de l’Agence
internationale de l’énergie atomique de l’ONU, avec notamment son
directeur Mohammed ElBaradei, entrait secrètement dans le cadre d’une
campagne américaine visant à accroître la pression internationale sur
l’Iran. Mais tandis que ces renseignements se sont bien vendus dans des
pays comme la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne, qui étudient
les documents depuis un an, il a été plus difficile de les faire
accepter par des pays ne faisant pas partie du cercles des intimes.
L’ordinateur contenait des études de structures majeures de tête
nucléaire, ont dit des responsables européens et américains ayant
examiné les documents, y compris une sphère révélatrice de détonateurs
pour déclencher une explosion atomique. Les documents spécifiaient une
explosion à 600 mètres au-dessus de la cible - ce qui est considéré
comme une altitude de base pour une détonation nucléaire.
Néanmoins, il reste des doutes sur ces renseignements parmi certains
analystes étrangers. C’est en partie parce que les autorités
américaines, invoquant la nécessité de protéger leur source, ont
largement refusé de fournir des détails sur l’origine de l’ordinateur
portable, si ce n’est qu’elles l’ont obtenu à la mi-2004 d’un contact
de longue date en Iran. par ailleurs, ce chapitre de la confrontation
avec l’Iran est entaché du souvenir de fausses informations sur les
armes non conventionnelles irakiennes. Dans ce climat, bien que
peu de pays veuillent croire aux démentis de l’Iran sur ses armes
nucléaires, peu veulent accepter les yeux fermés l’arme des
renseignements américains.
"Je peux fabriquer cette information”, a déclaré un diplomate européen
de haut rang, en parlant du document. "Ça a l’air magnifique, mais
c’est ouvert au doute ».
Robert G. Joseph, le sous-secrétaire d’Etat au contrôle des armes et à
la sécurité internationale, qui présidait la réunion de juillet, n’a
pas voulu discuter des documents secrets de cette réunion, mais a
reconnu l’existence des renseignements sur l’ogive. Il a dit qu’il
s’agissait d’un des nombreux indicateurs « qui mènent tous à la
conclusion que l’Iran cherche à se doter de la capacité nucléaire ».
Même si les documents reflètent exactement les avancées de l’Iran dans
les plans d’une ogive nucléaire, les experts occidentaux en armement
disent que l’Iran est encore très loin de pouvoir produire le
combustible d’une bombe radioactive qui formerait le cœur d’une ogive.
Les organes de renseignements américains ont estimé récemment que
l’Iran ne possèdera pas une arme atomique en état de marche avant le
début de la prochaine décennie.
Cependant, les analystes nucléaires de l’agence atomique internationale
ont étudié les documents de l’ordinateur portable et ont estimé qu’il
s’agissait de preuve tangible des progrès iraniens, estiment des
diplomates européens. Une dizaine de responsables et d’experts en armes
atomiques en Europe et aux Etats-Unis, possédant une connaissance
détaillée des informations, ont dit dans des interviews qu’ils
pensaient que cela reflétait un effort concerté pour développer une
ogive militaire. "Ils ont travaillé sur des problèmes que l’on aborde
uniquement dans des cas très sérieux”, a dit un responsable européen
dans le domaine des armes. "Et ça, c’est mortellement sérieux.”
En fait, certaines nations qui étaient sceptiques sur les
renseignements concernant l’Irak – notamment la France et l’Allemagne
- sont maintenant profondément préoccupées par ce que laisse
présager la découverte de l’ogive militaire, selon plusieurs autorités.
Mais l’administration Bush, qui semble comprendre la profondeur de son
problème de crédibilité, ne parle que de l’ordinateur portable et de
son contenu dans des réunions secrètes, un peu plus d’une dizaine
jusqu’à présent. Et même quand le président Bush défend ses
déclarations d’avant guerre sur les armes non conventionnelle de
l’Irak, il ne parle jamais en public de ses documents iraniens.
R. Nicholas Burns, le sous-secrétaire d’Etat aux affaires politiques,
qui a coordonné le problème iranien avec les Européens, a refusé lui
aussi de parler de ces renseignements, mais a insisté sur le fait que
l’approche de l’administration Bush est « une diplomatie prudente et
calme destinée à augmenter la pression internationale sur l’Iran pour
le mener à abandonner ses desseins d’armes atomiques et retourner aux
négociations avec les pays européens."
Jusqu’à présent, il n’y a eu qu’une référence officielle à ce sujet :
Il y a un an dans une conversation avec des journalistes, Colin L.
Powell, alors secrétaire d’Etat, a brièvement évoqué une nouvelle
information concernant des missiles en Iran. Depuis lors, des articles
dans le Wall Street Journal, le Washington Post et d’autres
publications ont révélé des détails tirés de ces renseignements, y
compris que les USA avaient obtenu des milliers de pages de documents
iraniens sur la production d’ogives.
Dans des interviews, ces dernières semaines, des analystes et des
responsables de six pays d’Europe et d’Asie ont donné une image plus
importante de ces réunions d’informations. A leur tour, plusieurs
responsables américains ont confirmé ces renseignements. Tous ceux qui
se sont exprimés l’ont fait sous condition d’anonymat, disant qu’ils
s’étaient engagés à conserver ces renseignements secrets, bien qu’ils
soient le sujet de discussion de toute une série de hautes autorités
gouvernementales et de membres du bureau de l’Agence internationale de
l’énergie atomique.
Des autorités disent que les scientifiques de laboratoires d’armements
américains, ainsi que des analystes étrangers, ont examiné les
documents pour y trouver des signes de fraude. C’était une inquiétude
particulière étant donné les faux documents apparus il y a quelques
années pour montrer que Saddam Hussein avait voulu se procurer de
l’uranium au Niger. Les autorités ont dit qu’elles avaient trouvé
convaincants les documents sur les ogives, écrits en persan, à cause de
leur cohérence et de leur précision technique et parce qu’ils
montraient une progression dans le travail de production de 2001 à
début 2004.
Au sein du gouvernement américain, "la nature et l’histoire de la
source a assuré tout le monde qu’il s’agit de quelque chose de vrai," a
indiqué un haut responsable américain des renseignements informé sur
l’ordinateur portable.
Mais un expert non gouvernemental a fait remarquer que ces informations
pouvaient simplement être le fruit du travail d’une faction en Iran.
"Ce que nous ne savons pas, c’est s’il s’agit d’un effort non coordonné
d’un secteur particulièrement ambitieux d’un programme de fusée, ou si,
comme le disent certains, un effort progressif pour fabriquer une arme
atomique au cours de cette décennie", a dit Joseph Cirincione de
la fondation Carnegie pour la paix internationale, qui dit ne pas
avoir vu les document secrets.
Les Iraniens eux-mêmes démentent toute connaissance de plan sur des
ogives. "Nous sommes sûrs qu’il n’existe pas ce genre de document en
Iran", a dit Ali A. Laridjani, secrétaire du Conseil suprême de
sécurité nationale et négociateur nucléaire en chef du pays, dans une
interview à Téhéran. "Je n’ai aucune idée de ce qu’ils ont ou de ce
qu’ils disent avoir. Nous avons juste entendu ce qu’ils avancent."
Dans le cadre du scepticisme auquel est confronté l’administration
Bush, des responsables disent que l’ambassadeur américain à
l’agence internationale de l’énergie atomique, Gregory L. Schulte,
appelait d’autres pays à consulter les Français. "Nous étions en
désaccord sur l’Irak, et nous sommes en accord total sur l’Iran”,
affirme un haut fonctionnaire du département d’Etat. « Ça mérite
l’attention."
Inspecteurs et sites secrets
Pendant des années, les services de renseignements américains ont
avancé que l’Iran dissimulait une série d’installations nucléaires.
Puis en février 2003, des inspecteurs de l’AIEA se sont rendus en Iran
et ont confirmé des informations sur deux sites secrets en construction
qui pouvaient produire de l’uranium concentré et du plutonium, le
combustible des armes nucléaires. A Natanz, dans le centre de l’Iran,
ils ont trouvé des préparatifs pour plus de 50.000 centrifugeuses
destinées à purifier de l’uranium. A Arak, dans l’ouest, ils ont trouvé
un site d’eau lourde en construction et un réacteur destiné à produire
du plutonium.
L’Iran a insisté sur le fait que les sites étaient destinés à mener des
recherches pacifiques et produire du combustible nucléaire, et avaient
été conservé secrets pour éviter les sanctions américaines sur les
ventes de technologie atomique à l’Iran.
Au fil du temps, une série de révélations sont venue contredire cette
explication, même quand les inspecteurs ont fini par découvrir au moins
sept sites nucléaires secrets.
En août 2003, de inspecteurs de l’AIEA ont découvert des traces
d’uranium concentré au niveau nécessaire pour une bombe, plutôt
qu’au niveau nécessaire à un réacteur générateur d’énergie. Une partie
de cette uranium était arrivé en Iran sur des équipement nucléaires
achetés au Pakistan, mais un diplomate européen a révélé que l’origine
de l’autre partie restait toujours un mystère.
Puis il y a eu de questions sur ce que l’Iran avait acquis sur le
marché noir atomique de Abdul Ghader Khan, l’ingénieur nucléaire
pakistanais. L’Iran a reconnu avoir fait des achats auprès du Dr. Khan,
mais l’ampleur de ces acquisitions fait encore l’objet d’enquête.
A la fin de 2003, de nombreux experts gouvernementaux et non
gouvernementaux tombaient d’accord pour dire que l’Iran avançait
rapidement. "La plupart des gens," disait Gary Milhollin, directeur du
Projet Wisconsin sur le contrôle des armes nucléaires à Washington,
"pensaient qu’ils maîtrisaient les capacités essentielles et qu’ils
avaient le potentiel de produire ce dont ils ont besoin pour faire une
bombe. »
La diplomatie, cherchant à désamorcer l’Iran, avance en trébuchant.
Téhéran a accepté de suspendre l’enrichissement d’uranium quand il
négociait avec l’occident sur le sort de son programme atomique, mais
quelques mois après il s’est mis à produire de l’hexafluorure
d’uranium, la matière première pour l’enrichissement.
Si l’Iran a cache une partie de son programme atomique, ils expose sans
crainte ses missiles. Et en août 2004, il a mené un test qui a renforcé
les doutes comme quoi il travaillait sur des ogives nucléaires.
Téhéran a fait un tir d’essai d’une version améliorée du Chahab –
étoile filante en persan – sur un vol qui préfigurait la première
apparition d’une tête conique avancée faite de trois formes distinctes.
Les experts en missile ont noté que ces têtes à cône triconiques ont
une grande portée, précision et stabilité dans leur vol, mais moins de
place pour leur charge. Ensuite, ont dit les experts, ils ont été
utiliser pour transporter des armes nucléaires.
L’Iran insiste qu’il n’est à la recherché que d’énergie pacifique, et
note que des nations comme le Japon, la Corée du Sud et le Brésil
possède des programmes nucléaires civils avancés et des missiles
sophistiqués, mais ont été aidés par l’occident pour élaborer leur
programme plutôt que d’être accusés de vouloir faire des ogives
atomiques.
"Les pays de seconde classe sont autorisés à ne produire que de la
sauce tomate", a dit Mr. Laridjani, le négociateur nucléaire de l’Iran.
"Le problème c’est que l’Iran est sorti de sa coquille et essaie
d’avoir une technologie avancée."
Le contenu du laptop
Les autorités américaines ont dit peu de chose dans leur réunion
d’information sur les origines du laptop, autres que celles reçues à la
mi-2004 d’une source en Iran obtenue auprès d’une tierce personne, dont
on pense qu’elle est morte depuis. Les autorités étrangères qui ont
examiné les renseignements pensent que le laptop était utilisé par
quelqu’un qui travaillait dans le programme nucléaire iranien ou qui en
a volé des informations. Un expert de haut rang en armement a dit que
les documents étaient si volumineux qu’ils semblaient être l’œuvre
d’une équipe d’ingénieurs.
Sans révéler l’origine du laptop, les services de renseignements
américains ont insisté sur le fait qu’il ne provenait pas d’un groupe
de résistance iranien dont les revendications sur le programme
nucléaire de l’Iran ont un passé mitigé en matière d’exactitude.
En juillet, alors que l’administration Bush commençait à faire pression
sur les Nations Unies pour qu’elles prennent des mesures punitives
contre Téhéran, elle a décidé de briefer le Dr. ElBaradei sur le
contenu du laptop. La réunion du 18 juillet au dernier étage de la
mission américaine à Vienne a réuni d’anciens rivaux. Avant la guerre
en Irak, le Dr. ElBaradei s’était attiré les foudres de
l’administration Bush pour avoir déclaré que son agence n’avait trouvé
aucune preuve que Saddam Hussein avait redémarré son programme
nucléaire. L’administration Bush avait alors tenté d’évincer le Dr.
ElBadarei, un Égyptien, de son poste, en partie parce qu’ils ne le
jugeaient pas suffisamment sévère au sujet de l’Iran.
Selon de hauts responsables en Europe et aux États-Unis, la réunion a
essentiellement mis à jour des simulations informatiques et des études
de diverses configurations d’ogives plutôt que des travaux en
laboratoire ou des rapports de vols d’essai. Mais un responsable
américain a affirmé que les notations trouvées indiquent que les
Iraniens ont fait des expériences. « Il ne s’agissait pas seulement
d’exercices théoriques », a-t-il dit.
Dans une interview, le Dr. ElBaradei, qui a obtenu le Prix Nobel de la
Paix en octobre, a refusé de parler de la réunion secrète.
Il est difficile d’évaluer dans quelle mesure les Iraniens sont passés
du projet au produit. « Il est facile de tomber dans le piège de penser
que de belles images représentent la réalité », a déclaré un haut
responsable des services de renseignements. « Mais il est possible que
l’on se trompe. »
La principale révélation concernait le travail fait sur un type de
détonateurs destinés à déclencher des explosifs classiques qui, à leur
tour, compriment le carburant radioactif pour déclencher la réaction en
chaîne nucléaire. Les documents expliquaient aussi comment positionner
une balle lourde (vraisemblablement de combustible nucléaire) à
l’intérieur de l’ogive afin d’assurer la stabilité et la précision lors
de la chute du missile vers la cible. Et une bombe explosant à une
hauteur d’environ 600 mètres, comme le décrivent les documents, suggère
qu’il s’agit d’une bombe nucléaire, d’après les experts, puisque cette
altitude ne convient pas pour des armes chimiques ou bactériologiques
conventionnelles.
Après plus d’une année d’analyse, la question de l’authenticité de la
trouvaille demeure. « Même avec les meilleurs renseignements, vous vous
demandez toujours ‘est-ce que ça a été conçu pour que je le voie ?’ » a
déclaré un responsable américain. Plusieurs experts des services de
renseignements ont dit qu’une agence d’espionnage occidentale
chevronnée aurait pu, en théorie, créer le contenu de cet ordinateur
portable. Mais les responsables américains ont insisté sur le fait
qu’il n’y avait aucune preuve d’une telle fraude.
Gary Samore, responsable de la non-prolifération au Conseil de sécurité
nationale sous le mandat de Clinton, et qui a récemment dirigé un
rapport sur l’Iran ayant fait parler un certain nombre de responsables
gouvernementaux de plusieurs nations, a déclaré « L’élément qui prouve
de façon certaine que le contenu est vrai, c’est que le travail
technique est tellement bien détaillé qu’il serait difficile de le
monter de toutes pièces ».
Un briefing non classé
En août et en septembre, alors que les États-Unis se préparaient pour
le vote à l’Agence internationale de l’énergie atomique pour savoir
s’il fallait recommander une action du Conseil de Sécurité des Nations
Unies contre l’Iran, l’administration Bush a intensifié sa campagne.
Les États-Unis partagent rarement des renseignements bruts en dehors
d’un cercle très fermé d’alliés. Mais ils ont décidé de communiquer une
version abrégée du briefing secret sur les ogives. M. Joseph et ses
collègues l’ont présenté au président du Ghana et à des hauts
responsables d’Argentine, du Sri Lanka, de Tunisie et du Nigeria, parmi
d’autres nations.
Mais l’administration se sentait mal à l’aise à l’idée de partager
n’importe quel renseignement secret avec un autre groupe de nations.
Ils ont alors développé pour eux-mêmes l’équivalent du livre blanc sur
l’Irak que la Grande Bretagne et les États-Unis ont publié avant la
guerre en Irak. Ce rapport non secret de 43 pages n’inclut aucune
référence aux documents sur les ogives, mais utilise des photos
satellite commerciales et des analyses économiques pour indiquer que
l’Iran n’a aucun besoin de puissance nucléaire et a longtemps caché ses
ambitions réelles.
Des analystes du Los Alamos National Laboratory et du Pacific Northwest
National Laboratory ont rédigé ce rapport pour le Département d’État,
qui l’a largement distribué. Le rapport offre une visite des sites
auparavant cachés, décrivant, par exemple, qu’un bâtiment « factice »
situé dans l’enceinte de l’usine centrifugeuse de Natanz cachait un
passage secret vers une usine souterraine.
Le rapport affirmait que, d’après les preuves, l’Iran ne dispose pas
suffisamment de réserves d’uranium pour alimenter son programme de
puissance nucléaire au-delà de 2010. Mais le pays a par contre
suffisamment d’uranium, a ajouté le rapport, « pour fournir à l’Iran un
nombre important d’armes nucléaires ».
Le briefing a fait beaucoup de bruit. Certains responsables ont trouvé
ses arguments superficiels et peu concluants. « Oui, et alors ? » a
répondu un expert européen qui a entendu le briefing. « Comment
savez-vous que ce que vous montrez est vrai au vu de l’expérience
passée ? »
La campagne américaine a tout de même aidé à créer un consensus, même
fragile, parmi les membres du conseil de l’Agence Internationale de
l’Énergie Atomique. Le 24 septembre, le conseil a adopté la résolution
contre l’Iran par un vote de 22 contre 1, avec 12 pays qui se sont
abstenus, y compris la Chine et la Russie.
Il sanctionne l’Iran pour « un long passé de dissimulations et de
tromperies » et son manquement régulier à ses obligations en vertu du
Traité de Non-prolifération Nucléaire qu’il a signé en 1970. La
résolution dit que les défaillances de l’Iran l’ont exposé à un examen
par le Conseil de Sécurité pour d’éventuelles sanctions avec des
pénalités économiques, bien qu’elle laisse la décision du moment pour
le renvoi du dossier à une autre réunion.
Manouchehr Mottaki, le ministre iranien des Affaires Étrangères a
dénoncé la résolution comme étant « illégale et illogique » et le
résultat d’un « scénario orchestré par les États-Unis ».
Le débat autour de la prochaine étape
Pour Thanksgiving, le 24 novembre, le conseil de l’Agence
Internationale de l’Énergie Atomique a prévu de se réunir à nouveau
afin d’affronter la question nucléaire iranienne, et de décider ou non
de passer à l’étape suivante et d’envoyer le dossier devant le Conseil
de Sécurité.
L’administration Bush est sure de ses preuves. « Il n’y a pas un seul
pays avec lequel nous sommes en relation qui ne soit convaincu que
l’Iran cherche à obtenir des armes nucléaires », a affirmé M. Burns, le
sous secrétaire d’État.
Les Iraniens ont pris des mesures pour anticiper les sanctions. Après
des mois d’attente, ils ont autorisé des inspecteurs à pénétrer dans un
site militaire secret, ont partagé plus d’informations sur le
déroulement de leur programme et ont fait preuve d’une volonté de
rouvrir les négociations, tout en jurant de continuer à transformer
l’uranium brut en un gaz pouvant être enrichi. Ces pas en avant
pourraient convaincre quelques membres du conseil de l’agence atomique.
Au moins deux pays du conseil, Cuba et la Syrie, sont pratiquement
certains de défier Washington lors de la prochaine réunion. (En
septembre, seul le Venezuela avait voté en faveur de Téhéran).
Au vu de cette politique, les renseignements nouveaux dont parlent les
États-Unis prouvent que les vraies intentions de l’Iran ne devraient
pas être essentielles dans la longue confrontation avec Téhéran. Une
raison c’est que les États-Unis ont jusqu’à présent refusé de
déclassifier les informations sur les ogives, rendant impossible toute
explication détaillée de la part des Iraniens.
Dr. ElBaradei a dit que son agence était sur le point de « suivre le
processus établi, ce qui signifie que j’ai besoin d’établir la
véracité, la cohérence et l’authenticité de toute information et d’en
faire part au pays concerné ». Il a ajouté que « cela n’a pas eu lieu ».
Les nations européennes et l’Agence Internationale de l’Énergie
Atomique mettent au point les détails d’une nouvelle proposition qui
offre à Téhéran l’opportunité de mener des activités nucléaires très
limitées en Iran, mais de déplacer toute activité d’enrichissement en
Russie, dans un effort d’empêcher le pays d’obtenir du carburant
nucléaire qui pourrait se retrouver dans la tête du missile Chahab.
Certains diplomates européens sont inquiets car ils pensent
qu’affronter les Iraniens avec des preuves accablantes sur les études
des ogives pourrait conduire Téhéran à abandonner les négociations avec
l’Occident, expulser les inspecteurs et faire avancer leurs plans,
quels qu’ils soient.
« C’est une carte qui va faire exploser tout le système en place, donc
la question est de savoir quand et comment la jouer », a déclaré un
haut diplomate européen. « S’il existe des informations pouvant servir
à faire progresser les choses avec les Iraniens sans pour autant faire
exploser le système, ce serait mieux. »
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