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Irak : "Les Iraniens se sont infiltrés partout" selon Ali Dabbagh PDF  | Print |  E-mail
vendredi, 17 mars 2006

Irak : "Les Iraniens se sont infiltrés partout" selon Ali DabbaghLE MONDE - Conseiller occasionnel du grand ayatollah Ali Al-Sistani, le chef spirituel des 14 millions de chiites irakiens, par ailleurs membre chiite de la commission des affaires étrangères du Parlement, rédacteur parmi d'autres de la nouvelle Constitution irakienne, universitaire spécialisé dans l'étude des partis religieux, Ali Dabbagh, qui réside dans la "zone verte" fortifiée au coeur de Bagdad, est très pessimiste sur l'avenir de l'Irak.

"Nous avons tout essayé depuis trois ans, déclare-t-il au Monde, et nous en sommes à nous massacrer chaque jour un peu plus. Il y a un risque très sérieux de guerre civile. Le fossé entre chiites et sunnites ne cesse de se creuser. Le consensus entre les trois communautés qui composent ce pays est introuvable. La Constitution, qui, sous la pression américaine, a été rédigée trop vite, est pleine de contradictions et elle restera inacceptable pour la plupart des membres de la minorité sunnite. Beaucoup d'entre eux s'imaginent toujours majoritaires dans ce pays. L'attentat contre le mausolée d'or à Samarra, le 22 février, restera notre 11-Septembre. Bien pire que si quelqu'un avait tué l'ayatollah Sistani lui-même."

"On ne peut plus modérer la majorité chiite, désormais. Nous n'y arriverons pas, poursuit-il. L'intervention américaine nous a libérés de Saddam Hussein, mais elle a ouvert l'enfer sous nos pieds. La manière dont les premiers "gouvernements" irakiens, transitoire et intérimaire, ont été constitués par les Américains, avec des quotas par confession et ethnicité, a formalisé les divisions. Les deux élections et le référendum organisés en un an ont chaque fois aggravé la situation. On ne peut pas forcer les gens à vivre ensemble s'ils ne le veulent plus. L'Etat central n'existe pas. Chaque groupe tire dans sa direction. Si l'on veut éviter le pire, il va nous falloir trouver une autre solution très vite."

MODÈLE PLUS CONFÉDÉRAL

Rentré d'un exil de vingt ans en avril 2003, comme la plupart des personnalités de l'actuelle équipe dirigeante à Bagdad, M. Dabbagh, titulaire de la nationalité canadienne, a une idée assez claire de ce qu'il faut faire : "Nous sommes quelques-uns à travailler sur un nouveau modèle, moins fédéral et plus confédéral, comme celui en vigueur aux Emirats arabes unis. Sachant que les Kurdes ont déjà leur quasi-Etat et que le chef de l'Alliance chiite - Abdel Aziz Al-Hakim - ne renoncera pas à son idée d'unification des provinces chiites du sud, ce pourrait être la solution pour empêcher les tueries."

Officiellement, les Américains sont opposés à la partition du pays. Mais d'autres forces étrangères sont à l'oeuvre en Irak. "Les services iraniens se sont infiltrés partout dans les structures du pouvoir, au ministère de l'intérieur surtout. Ibrahim Al-Jaafari le sait bien, mais il ne peut rien y faire, dit M. Dabbagh. Savez-vous que les salaires des brigades Badr (une milice d'environ dix mille hommes formés en Iran, qui portent à présent l'uniforme de la police irakienne) sont toujours réglés par Téhéran ?"

Patrice Claude

 
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