vendredi, décembre 3, 2021
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Iran : le témoignage d’Akbar Shafeqat sur les crimes d’Ebrahim Raïssi

Les vidéos suivants sont les témoignages d’hommes et de femmes qui ont survécu au massacre des prisonniers politiques en 1988 en Iran, dont la plupart étaient sympathisants des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI). Le récit de ces témoins oculaires révèle la barbarie du régime iranien et en même temps montre la détermination d’une génération de jeunes militants épris de liberté. Ils n’ont pas abandonné leurs idéaux face aux mollahs, malgré les tortures et le coût élevé en sacrifices et du don de soi.

Akbar Shafeqat a déclaré dans son témoignage :

« Je m’appelle Akbar Shafeqat et j’ai été prisonnier politique de 1981 à 1995 dans les prisons d’Evine, Ghezelhesar et Gohardasht. J’ai été accusé de soutenir les Moudjahidine du Peuple d’Iran [OMPI].

Les années de prison ont été très dures, mais le plus dur a été le massacre de 1988 lorsque nous avons affronté Ebrahim Raïssi, l’un des principaux membres des « Commissions de la mort ».

Je me souviens que les gardes ont pris d’assaut nos cellules et ont fait sortir tout le monde par groupes. Ils nous ont rapidement bandé les yeux et nous ont emmenés devant la commission de la mort. Celle-ci était prête à condamner tout le monde à l’exécution.

C’était vers midi. J’étais assis devant la salle d’audience, où était stationnée la commission de la mort. Ils ont dit que c’était l’heure du déjeuner. J’ai vu sous mon bandeau des religieux enturbannés ainsi que des agents en civil sortir du bureau.

Habituellement, lorsque les mollahs venaient à la prison, nous savions que quelque chose de grave se passait, mais je ne savais pas ce qui allait se passer alors. Ils nous ont alors ramenés dans notre cellule.

Quand je suis entré dans la salle d’audience dans l’après-midi, j’ai réalisé que j’étais face à ceux qui formaient la commission de la mort. Lorsque l’accusé siège devant les tribunaux européens et américains, la première question que pose le juge est : êtes-vous innocent ou coupable ? Alors commence le jugement. Mais la commission de la mort a immédiatement commencé l’inquisition et la tromperie.

La première question qu’ils ont posée était : approuvez-vous l’OMPI ou non ? Puis ils ont demandé : approuvez-vous la République islamique ? Êtes-vous prêt à trahir vos compagnons de cellule ? Êtes-vous prêt à les poignarder dans le dos ? Parleriez-vous mal derrière eux ?

Si on faisait un pas vers eux, ces criminels auraient demandé si la personne accepterait de faire les activités terroristes du régime. Le monde entier connaît les activités terroristes du régime.

Human Rights record of Ebrahim Raisi: Eyewitness Accounts, Akbar Shafeqat

Je suis allé deux fois au tribunal. Le problème était très grave. Nous ne pouvions pas dire un mot de plus devant eux. Ils voulaient savoir ce qui se passait dans le cœur des gens, et ils les ont condamnés à mort pour leurs croyances.

Je suis incapable de décrire la brutalité du régime. Je ne peux partager que quelques exemples.

Raïssi s’est adressé aux Nations Unies en tant que représentant du peuple iranien. Mais il ne représente pas les Iraniens. Ce dernier l’a rejeté en tant que représentant d’un régime brutal en boycottant la dernière parodie électorale.

Lors de l’interrogatoire d’une jeune mère qui se faisait fouetter et que ses cris avaient rempli l’espace, son bébé de trois mois pleurait de faim et voulait sa mère. Un gardien s’est approché du bébé et a utilisé ses pieds sales pour faire taire le bébé. Le bébé a pensé que c’était le sein de sa mère et a commencé à le téter. Voilà ce dont ce régime est capable.

Autre exemple : après 14 ans d’emprisonnement, presqu’un an après ma libération, une mère âgée m’a invité chez elle et m’a demandé : avez-vous vu mon fils ? Cette mère avait perdu son fils 15 ans plus tôt. Elle avait fouillé tous les postes de police, les prisons, les hôpitaux et le bureau de médecine légale pour trouver son fils, mais elle avait échoué. Son fils avait disparu de force et sa mère le cherchait toujours.

J’ai demandé à cette mère si elle avait une photo de son fils à me montrer. Elle m’a montré sa photo sur une étagère. Quand j’ai vu la photo, j’ai vu un garçon de 15 ou 16 ans. Alors que je regardais la photo, un autre jeune homme d’environ 30 ans est entré dans la pièce. Il était le frère cadet de la victime. Avant qu’il n’entre dans la pièce, sa mère m’a dit de ne pas parler de son frère.

Les cheveux du garçon étaient devenus blancs, apparemment, en raison de la pression psychologique que cette famille avait endurée, et il était nerveux. Je ne parlais plus et ne regardais que le visage du garçon, qui ressemblait à son frère sur la photo.

Je leur ai dit au revoir et je suis revenu à la maison en voiture. C’était vendredi et les rues étaient fluides. En conduisant, je pensais à cette mère et à son fils disparu. Je me suis soudain souvenu qu’en novembre ou décembre 1981 j’avais vu ce garçon.

Il était dans une cellule 6x8m avec moi et 80 autres détenus. Il était très calme et avait l’habitude de s’asseoir et de regarder les autres avec innocence. Il avait 17 ans avec un visage doux et quiconque le regardait l’aimait instantanément. C’était un très bon garçon. Il a été condamné à mort.

Un jour, un garde est venu et lui a dit de se préparer pour l’exécution. Nous avons tous compris qu’il allait être exécuté. Il l’a compris aussi. Avant qu’il ne parte, nous avons organisé une petite réunion et avons chanté et dis des plaisanteries pour créer une atmosphère joyeuse.

Puis un gardien est venu et lui a demandé de sortir immédiatement. Quand il était sur le point de partir, nous avons tous commencé à pleurer. Mais il souriait et nous disait : « ne pleurez pas pour moi ». Il consolait tout le monde et nous a tous joyeusement salués et il est parti. Je l’ai regardé partir vers la mort à travers le trou de la porte.

Quand je me suis souvenu de ces événements, j’ai garé la voiture près d’un téléphone public. J’étais perplexe quant à ce qu’il fallait faire. Je n’ai pas pu retourner dans cette maison et dire à cette mère que j’avais vu votre fils.

Je n’étais pas non plus capable de la faire attendre pour faire son deuil encore des années. J’avais son numéro et je l’ai appelée. Je lui ai dit que je connaissais votre fils et je lui ai dit en pleurant ce que je savais. Cette mère a enfin appris le sort de son fils après 15 ans.

Raïssi représente un tel régime. Il ne représente pas les Iraniens et ne peut pas parler en leur nom à l’ONU. Nous protestons vivement contre sa présence et son discours à l’ONU. »

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