dimanche, avril 11, 2021
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La tuerie de la population baloutche et le sort des porteurs frontaliers en Iran

Lundi, huit porteurs de carburant dans la province du Sistan et du Baloutchistan, dans le sud-est de l’Iran, ont été tués par le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) après avoir organisé une manifestation contre les efforts pour obstruer la frontière et saper le moyen de subsistance des porteurs à la frontière orientale de l’Iran. Des dizaines d’autres manifestants ont été blessés lors d’affrontements, qui a déclenché des manifestations beaucoup plus larges le lendemain.

Avant la première série de manifestations, le CGRI avait creusé de profondes tranchées près de la frontière avec le Pakistan, qui est la seule source de revenus pour de nombreuses personnes dans la région. Le CGRI a également placé des chars et de l’artillerie lourde dans cette région dans le cadre d’un vaste effort visant à arrêter le transport de carburant par les porteurs, appelés soukhtbars, qui sont presque exclusivement des membres de la communauté ethnique baloutche locale.

La situation des soukhtbars au Sistan et au Baloutchistan est très similaire à celle des koulbars du Kurdistan iranien, qui transportent des marchandises sur des terrains difficiles et dangereux vers la région appauvrie et politiquement négligée. Aux frontières occidentale et méridionale, le meurtre de ces porteurs par les forces de sécurité et les pasdaran est un événement récurant.

Selon des rapports détaillés du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI), le CGRI contrôle 90 des 212 points d’entrée officiels de l’Iran et utilise ce contrôle pour dominer le commerce des marchandises de contrebande du pays. Cela a été un facteur majeur dans le développement à long terme des pasdaran qui ont mis sur pied un empire financier qui représenterait plus de la moitié du produit intérieur brut. En criminalisant les professions privées qui découlent du besoin de survie de la population locale, le CGRI a contribué à enraciner un système d’inégalité des richesses qui maintien la majorité de la population iranienne dans la pauvreté. Même les estimations officielles du gouvernement confirment cette triste réalité.

Maryam Radjavi, présidente élue du CNRI, a dénoncé le drame des soukhtbars et des koulbars, dont beaucoup sont des diplômes universitaires mais sont à présent contraints de faire cette activité périlleuse. «Le régime clérical pille les richesses du peuple iranien ou les gaspille dans le bellissime et la répression», a-t-elle déclaré. Les enfants des dirigeants du régime mènent une vie somptueuse en Europe et aux États-Unis, tandis que les enfants iraniens démunis doivent travailler comme porteurs.»

L’un des faits les plus récents avant la manifestation de lundi a mis en lumière le jeune âge de certains porteurs. Le 17 février, les forces de sécurité aux frontières et le CGRI ont ouvert le feu sur les baloutches soukhtbars, tuant Mohammad Snjarzehi, 19 ans, et son père. L’incident a également mis en évidence la dépendance multigénérationnelle de certaines familles à cette activité pour subvenir à leurs besoins.

Environ une semaine plus tôt, à l’autre bout du pays, les autorités ont tué par balle un kolbar de 37 ans et père de trois enfants, Behzad Hashemi. D’autres incidents de ce type sont suivis par des groupes de défense des droits humains axés sur le sort de la minorité kurde. Ces groupes ont déterminé qu’en 2020, au moins 59 kolbars ont été tués et 179 blessés. Cela représente en fait une baisse par rapport aux années précédentes, peut-être causée par la réduction de la demande de carburant et d’autres biens pendant la pandémie de coronavirus. En 2019, le nombre de morts était estimé à 76, et il a également été rapporté que sur une période de quatre ans entre 2016 et 2020, au moins 976 ont été tués ou blessés.

L’été dernier, un hashtag persan signifiant «ne tuez pas les koulbars» a commencé à faire une large place après qu’il ait été signalé qu’au moins 21 personnes ont été tués sur une période de cinq mois, certains à bout portant et apparemment sans avertissement. Mais loin d’enquêter sur les allégations d’exécutions extrajudiciaires qui en résultent, les autorités du régime ont soutenu les hommes armés du CGRI et ont même infligé des amendes, des peines de prison et des peines de flagellation à au moins 10 personnes qui ont protesté au nom des koulbars.

Les Soukhtbars ont reçu relativement peu d’attention de la part des médias internationaux, vraisemblablement parce qu’ils font l’objet de moins d’activisme national. Mais la réponse répressive du régime n’a pas été différente, comme cela a été démontré à la suite des meurtres de lundi. Craignant des troubles populaires, le CGRI a accru sa présence armée dans la ville de Saravan où les meurtres ont eu lieu, et aurait même pourchassé les habitants d’un village voisin. Les paramilitaires ont également bloqué les routes menant aux hôpitaux locaux et aux morgues.

Malgré cela, les habitants de Saravan ont organisé mardi une manifestation devant le siège du gouvernement local, avant de saccager le bâtiment et d’y mettre le feu. Aussi, mardi et mercredi, des gens de différentes villes de la province sont descendus dans la rue et ont fermé leurs magasins en solidarité avec les habitants de Saravan.

En représailles, les responsables du régime ont interrompu mardi les connexions Internet pour pratiquement tout Saravan, répétant ainsi une tactique familière pour ralentir le flux d’informations et empêcher les efforts d’organisation des groupes d’activistes en temps de crise. Face à un soulèvement spontané dans tout le pays en novembre 2019, le régime a coupé l’accès à Internet pour la majeure partie du pays, alors que les attaques directes du CGRI contre les manifestants ont fait environ 1500 morts.

Les premiers rapports indiquent que les manifestations en cours au Sistan et dans la province du Baloutchistan se sont rapidement heurtées à des mesures de répression similaires. L’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI-MEK) a estimé qu’au moins 40 personnes ont été tuées et 100 blessées.

L’incident est une preuve supplémentaire de la nécessité d’une activité coordonnée pour confronter le régime à la fois au niveau national et sur la scène internationale. Les répressions disproportionnées comme celle qui est en cours au Sistan et au Baloutchistan sont un signe de la fragilité du régime, mais aussi de sa vulnérabilité devant la perspective de son renversement.

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