lundi, décembre 6, 2021
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Le témoignage de Rassoul Tabrizi concernant le massacre de 1988 en Iran

Le témoignage de Rassoul Tabrizi concernant le massacre de 88 en Iran
Le témoignage de Rassoul Tabrizi concernant le massacre de 88 en Iran

Les vidéos suivants sont les témoignages d’hommes et de femmes qui ont survécu au massacre des prisonniers politiques en 1988 en Iran, dont la plupart étaient sympathisants des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI). Le récit de ces témoins oculaires révèle la barbarie du régime iranien et en même temps montre la détermination d’une génération de jeunes militants épris de liberté. Ils n’ont pas abandonné leurs idéaux face aux mollahs, malgré les tortures et le coût élevé en sacrifices et du don de soi.

Rassoul Tabrizi a déclaré dans son témoignage :

« J’ai été arrêté en 1981 pour avoir soutenu l’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI). J’ai été condamné à 10 ans de prison dans un « procès » qui n’a duré que quelques minutes. De la prison d’Evine, j’ai été transféré à la prison de Qezelhesar, où j’ai passé cinq ans, et en 1986, j’ai été renvoyé à la prison d’Evine.

Là, j’ai passé près de deux ans dans divers quartiers. En février 1988, après que les prisonniers aient été triés en fonction de leurs peines, moi et quelques autres condamnés à plus de dix ans d’emprisonnement avons été transférés à la prison de GoharDasht pour y être punis.

Avant le massacre, nous étions dans l’une des sous-sections de Gohardacht, ce qui a coïncidé avec la l’acceptation par Khomeiny du cessez-le-feu dans la guerre contre l’Irak. Le lendemain du jour où Khomeini a accepté la résolution de l’ONU, nous avons senti que les conditions étaient devenues un peu inhabituelles. Ils nous ont transférés dans un endroit qui faisait en fait partie du « quartier du Jihad ».

Le gardien qui nous apportait de la nourriture nous a dit de nous taire et rester dans ce quartier, car c’était un bon endroit. Mais nous ne l’avons pas écouté, et la même histoire a continué jusqu’au 6 ou 7 août, lorsque Nasserian est venu avec Hamid Abbasi (Noury) et Davood Lashkari et quelques autres gardiens de la révolution.

Ils ont dit que ceux qui ne voulaient pas rester dans cette salle devaient sortir. Nous avons tous quitté cet endroit et nous avons été appelés un par un dans une pièce et interrogés sur nos charges. Nous étions 60 à dire que nous étions accusés d’être des sympathisants de l’OMPI et nous avons été séparés des autres. Ils nous ont emmenés à l’isolement dans la partie principale de la prison de Gohardasht.

Human Rights record of Ebrahim Raisi, Eyewitness Accounts, Rasoul Tabrizi

Après deux jours d’isolement, le 9 août, ils nous ont emmenés pour la première fois dans le couloir de la mort. Il y avait une situation très inhabituelle dans le couloir de la mort. Je n’avais jamais vu une telle insistance sur les questions sécuritaires en prison. Ils nous ont obligés à garder une distance d’environ deux mètres entre chaque personne et le nombre de gardes présents était élevé. Les personnes n’étaient pas autorisés à parler et à communiquer alors que nous avions tous les yeux bandés.

Auparavant, nous pouvions regarder sous le bandeau pour voir ce qui se passait autour de nous ou qui était là et qui parlait, mais ce jour-là je n’ai absolument pas trouvé la possibilité. Il y régnait un silence absolu.

Après m’être assis dans le même couloir pendant des heures, un gardien de la révolution est venu vers moi et a attrapé mon col et m’a emmené dans la pièce où siégeait la commission de la mort.

Quand je suis entré dans la pièce, j’avais les yeux bandés et il m’a semblé qu’il y avait une table devant moi avec des tas de dossiers dessus, de sorte que la personne assise derrière semblait être enterré sous ces fichiers. En regardant un peu sous le bandeau, j’ai pu reconnaitre Morteza Eshraghi et Hossein-Ali Nayeri. Ebrahim Raisi et Pourmohammadi étaient assis du côté gauche de Nayeri. La table était en forme de L, et Nasserian, Hamid Abbasi (Noury) et Davood Lashkari étaient assis derrière.

Ils m’ont posé des questions sur mes charges, et j’ai répondu que j’étais un partisan de l’organisation. Eshraghi m’a demandé quelle organisation ? Et j’ai répondu que j’étais un partisan de la même organisation que nous connaissons tous.

Comme je l’ai entendu des autres prisonniers, ceux qui avaient été condamnés à mort étaient alignés d’un côté du mur et ont été emmenés à Hosseinieh, où ils ont été exécutés. Les autres ont été temporairement renvoyés à l’isolement. Cela a continué et nous avons commencé à réaliser que les exécutions avaient lieu effectivement. Pendant cette période, les journaux, la télévision et même les visites familiales n’étaient plus autorisées, de sorte que nous avons perdu contacte avec le monde extérieur.

Quelques mois plus tard, lorsque les exécutions ont cessé, le tortionnaire Hamid Abbasi (Noury) est venu dans notre salle et a voulu nous parler. Il a demandé pardon à Dieu et à son Imam Khomeini parce qu’il n’a pas complètement exécuté la fatwa et n’a pas réussi à nous tuer tous.

Puis il a dit que la sentence était toujours valable et que si nous commettons la moindre erreur ou protestation ou s’ils découvrent que nous sommes toujours fidèles à nos convictions, ils exécuteront la fatwa de mise à mort immédiatement. Puis il a dit que s’ils devaient correctement appliquer la fatwa de leur imam Khomeini, ils auraient fallu arrêter et exécuter au moins la moitié des gens ordinaires à l’extérieur de la prison.

Avec ces mots, il voulait ajouter à l’atmosphère de terreur à l’intérieur de la prison. Il a tenu à souligner que la peine était toujours en vigueur et que les autorités pouvaient exécuter des personnes à leur guise.

Le prisonnier Massoud Moghbeli a été emmené à l’ancienne prison « Comité mixte » et on lui a dit qu’il y avait un plan au sujet des prisonniers et on les avait classés en trois groupes : rouge, jaune, blanc. Il a dit qu’ils abattraient les rouges, qu’ils s’occuperaient des jaunes et qu’ils pourraient libérer les blancs.

Une fois, le représentant de l’ayatollah Montazeri, nommé Hossein Ansari, est venu à la rencontre des prisonniers, et quand ils lui ont dit ce qui se passait dans la prison, il a dit qu’ils ne pouvaient rien faire et que nous devions prendre soin de nous. Il a prévenu que les autorités pénitentiaires avaient des plans et qu’ils pouvaient utilisé les instruments qu’ils avaient trouvé dans nos salles comme preuve montrant que les prisonniers voulaient se rebeller. Il nous a parlé de complots et a demandé aux prisonniers de faire attention.

Ces faits et preuves montrent que le massacre et le génocide qu’ils ont lancé en 1988 n’avaient rien à voir avec le conflit armé de l’OMPI, et c’était un plan qu’ils poursuivaient sérieusement depuis 1986 et 1987. Le génocide était même censé avoir lieu dans le l’automne et l’hiver 1987, mais pour une raison quelconque, cela a été reporté à 1988.

Tous ces atrocités et l’exécution de 30 000 jeunes épris de liberté, qui ne voulaient rien d’autre que la liberté pour leur peuple, se sont produits en deux mois sur la base d’une fatwa de Khomeiny. Pourquoi ont-ils été exécutés ? Je me suis posé cette question pendant plus de 30 ans : pourquoi mes amis ont été mise à mort ?

De nombreuses familles n’ont aucune indication de l’endroit où leurs enfants sont enterrés. Ces familles ne savent pas où aller pour faire le deuil de leurs proches. Pendant des années, nos familles ont enduré cette douleur. De nombreux membres de la famille ont été dévastés, comme le père de Masoud Moghbeli.

Il a eu une crise cardiaque lorsqu’il a appris que son fils avait été exécuté et il est mort par la suite. De nombreuses mères ou pères ont eu une crise cardiaque après avoir entendu parler de l’exécution de leurs enfants, et beaucoup ont souffert de maladies graves après avoir subi des accidents vasculaires cérébraux et se sont retrouvés dépourvus.

Certains attendent toujours avec impatience le jour où ils ouvriront la porte et quelqu’un viendra leur donner des informations sur l’endroit où ils peuvent trouver leurs enfants… »

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