dimanche, avril 11, 2021
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Les exécutions de janvier en Iran et le besoin du régime de réprimer la société

Au cours du premier mois de 2021, le régime iranien a procédé à l’exécution d’au moins 27 prisonniers, dans la droite ligne de ses 40 ans de violation des droits humains. Les statistiques sur ce sujet sont souvent incomplètes, car le système judiciaire iranien est réputé pour son hermétisme et il tend à ne reconnaître officiellement qu’une partie du nombre total d’exécutions. D’autres cas sont révélés de façon intermittente par des militants et des codétenus iraniens, mais il faut parfois des mois pour qu’ils soient vérifiés par des organisations non-gouvernementales fiables.

Pour cette raison, il est très probable que l’estimation actuelle soit revue à la hausse, même si le régime continue à appliquer des condamnations à mort pour d’autres prisonniers. Mais même si les 27 pendaisons connues représentent un record complet des exécutions à ce jour, cela place l’Iran dans une position claire pour conserver son record de premier pays pratiquant la peine de mort dans le monde. Ce résultat ne sera que plus probable si Téhéran s’en prend à la population nationale en réaction aux crises à venir, comme il l’a fait en réponse aux manifestations de dissidence dans un passé récent.

Alors qu’un tableau complet de l’année 2020 est encore en train de se dessiner, il est entendu qu’au moins 280 civils iraniens ont été exécutés après une période d’emprisonnement au cours de l’année 2019. Il y a eu presque autant d’exécutions en 2018, et ces deux chiffres excluent les cas de militants pro-démocratie tués dans la rue par le Corps des Gardiens de la révolution islamique (pasdaran).

Au cours d’un seul bref soulèvement anti-régime en novembre 2019, on estime que 1 500 manifestants pacifiques et spectateurs innocents ont été abattus, ce qui marque une escalade extraordinaire par rapport aux dizaines d’assassinats associés à un précédent soulèvement dans les premières semaines de 2018. Ces deux heurts entre le régime et le peuple ont également donné lieu à des milliers d’arrestations, dont un grand nombre ont donné lieu à des poursuites judiciaires qui ont été étayées par des interrogatoires tortueux, de faux aveux et la perspective de passer plusieurs années dans les conditions difficiles des prisons les plus sinistres d’Iran.

Ces exemples soulignent les problèmes plus larges de droits humains qui sous-tendent le taux d’exécution le plus élevé au monde en Iran. C’est un problème qui a été mis en évidence avec enthousiasme par de nombreux critiques sérieux du régime, y compris certains qui servent actuellement dans des gouvernements occidentaux. Mais c’est aussi un problème sur lequel ces gouvernements dans leur ensemble ont fermé les yeux. En effet, ils l’ont fait depuis les premières années du régime, et face à certains des pires crimes contre l’Humanité de la dictature théocratique.

En 1988, une fatwa du fondateur du régime, Ruhollah Khomeini, a conduit à la formation de tribunaux qui ont été connus sous le nom de « commissions de la mort » dans les établissements pénitentiaires de tout le pays. Au cours de cet été, ces instances ont systématiquement interrogé les prisonniers politiques sur leurs affiliations et leurs attitudes envers le système théocratique, puis ont ordonné l’exécution sommaire de tous ceux qui n’avaient pas fait preuve de loyauté envers le Guide Suprême. Pendant plusieurs mois, le nombre de morts s’est élevé à environ 30 000, bien que le nombre exact ne soit peut-être jamais connu, car les victimes ont été enterrées dans des fosses communes secrètes, dont certaines ont été construites depuis.

En septembre dernier, plusieurs experts des Nations unies en matière de Droits de l’Homme ont écrit une lettre aux autorités iraniennes dans laquelle ils soulignent l’histoire non résolue du massacre de 1988 et demandent instamment la publication d’informations supplémentaires à ce sujet. Après la période d’attente requise, sans réponse de la part de ces autorités, la déclaration a été rendue publique, où elle a servi d’accusation pour l’impunité que la communauté internationale avait contribué à instaurer au sein du régime des mollahs au moment du massacre et pendant de nombreuses années par la suite.

La lettre expliquait que le massacre de 1988 avait fait son chemin dans le texte de la résolution de cette année-là sur la situation des Droits de l’Homme en Iran, mais n’avait pas été suivi par le Conseil des Droits de l’Homme, le Conseil de sécurité ou l’Assemblée générale. « L’inaction de ces organes », ont expliqué les experts, « a eu un impact dévastateur sur les survivants et les familles des victimes ainsi que sur la situation générale des Droits de l’Homme en Iran et a encouragé les mollahs à « maintenir une stratégie de déviation et de déni qui se poursuit à ce jour ».

La poursuite de cette stratégie est claire, par exemple, dans l’incertitude qui entoure les statistiques de janvier sur la peine capitale, ainsi que dans les nombreux exemples au cours de ce mois où les autorités du régime ont fait passer les poursuites pour des affaires de « sécurité nationale » alors qu’il ne semble y avoir aucune autre motivation que la punition de tout lien reconnaissable avec l’Organisation des Moudjahidine du Peuple d’Iran (OMPI).

Ce groupe dissident pro-démocratie a été la principale cible du massacre de 1988, et il a d’ailleurs été la principale cible des 1 500 tueries associées au soulèvement de novembre 2019. Cette manifestation de masse, comme celle qui l’a précédée en janvier 2018, a été largement reconnue comme ayant été menée par les « Unités de Résistance » de l’OMPI. Même le Guide Suprême du régime, Ali Khamenei, l’a affirmé, rompant ainsi avec des années de propagande qui présentaient le groupe comme ayant été largement éliminé en 1988 avec peu de soutien populaire à l’intérieur de l’Iran.

Depuis que cette propagande a commencé à s’effondrer il y a trois ans, l’anxiété du régime concernant l’influence de l’OMPI est sans doute devenue de plus en plus facile à reconnaître. Elle se manifeste par la poursuite de prisonniers politiques actuels comme Zahra Safaie et sa fille Parastoo Moeini, ainsi que par des efforts pour prolonger arbitrairement les peines et infliger des sanctions extrajudiciaires aux prisonniers politiques actuels comme Majid Asadi et Mohammad Amirkhizi. Et, ce qui est peut-être plus important du point de vue de la politique occidentale envers le régime des mollahs, cela se manifeste également dans les efforts pour s’attaquer à la base de soutien étrangère de l’OMPI, qui n’a cessé de croître dans le monde entier.

En juin 2018, quelques mois seulement après le premier grand soulèvement mené par l’OMPI ces dernières années, un diplomate iranien de haut rang a tenté de faire exploser un important rassemblement d’expatriés iraniens dans la banlieue parisienne. L’événement, organisé par le Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI), a également réuni des dignitaires politiques représentant la Grande-Bretagne, l’Union européenne, les États-Unis et d’autres nations démocratiques. Si elle n’avait pas été contrecarrée, elle aurait sans doute fait des centaines de victimes.

Pour ceux qui ont prêté l’attention nécessaire à l’ensemble des activités malveillantes de l’Iran, des incidents comme celui-ci sont pratiquement inséparables du bilan de l’Iran en matière de violations des Droits de l’Homme sur le plan national. Le 25 janvier, plus de 50 membres du Parlement européen ont souligné ce fait dans une déclaration qui a attiré l’attention sur le complot terroriste de Paris et sur le massacre et l’emprisonnement en masse des participants au soulèvement de novembre 2019.

« La politique intérieure de répression et d’exportation du terrorisme et de l’intégrisme à l’étranger a été le fondement de la stratégie de survie de l’Iran pendant des décennies », indique la déclaration. Elle a poursuivi en soulignant que la branche étrangère de cette stratégie est souvent soutenue par les ambassades iraniennes en Europe – un fait qui appelle à la révision des relations européennes avec la République islamique. La déclaration a suggéré à juste titre que tout lien diplomatique et commercial futur avec ce régime devrait être conditionné au désaveu du terrorisme étranger par le régime et à l’amélioration des conditions des Droits de l’Homme au niveau national. Le nombre croissant d’exécutions en 2021 ne fait que renforcer l’urgence de cette action.

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