jeudi, décembre 9, 2021
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Les témoignages sur le massacre de 1988 en Iran soulignent les effets destructeurs de l’impunité

The 1988 Massacre of Political Prisoners in Iran: Eyewitness Accounts, Asghar Mehdizadeh

Cette semaine, le Conseil national de la Résistance iranienne a mis en ligne sur son site Internet les témoignages vidéo de seize témoins oculaires du massacre de prisonniers politiques orchestré par le régime iranien au cours de l’été 1988.

Ces vidéos ont coïncidé avec la première réunion du cabinet du nouveau président iranien, Ebrahim Raïssi, que les médias officiel ont décrite comme un appel au gouvernement à « améliorer les moyens de subsistance des Iraniens » et à défendre les intérêts de la population civile. De telles déclarations ne sont pas crédibles.

Au cours de l’été 1988, Raïssi a été l’un des quatre responsables à siéger au sein de la « commission de la mort » de Téhéran, chargée de mettre en œuvre la fatwa de Ruhollah Khomeini concernant l’Organisation des Moudjahidine du Peuple d’Iran (OMPI) et leurs défis à la dictature théocratique naissante. C’est ce rôle, plus que tout autre, qui a alimenté l’opposition généralisée à sa présidence. De nombreux manifestants ont condamné publiquement Raïssi en le qualifiant d' »homme de main de 1988″ et l’ont jugé responsable de la plupart des 30 000 morts estimés lors du massacre.

Sur la base de vidéos récemment publiées par le CNRI, de nombreux témoins oculaires du massacre se souviennent spécifiquement de la présence de Raïssi lors des procès et des interrogatoires sommaires qui ont permis de déterminer quels prisonniers politiques « conservaient leurs filiations » à l’OMPI et étaient donc coupables du crime capital connu sous le nom d' »inimitié envers Dieu ».

The 1988 Massacre of Political Prisoners in Iran: Eyewitness Accounts, Farideh Goudarzi

Les témoignages des survivants décrivent souvent Raïssi comme étant particulièrement attaché à l’application généralisée de la peine de mort, et comme avançant dans les affaires avec une efficacité mécanique, imposant la peine de mort à un prisonnier après lui avoir parlé pendant une minute à peine, puis passant au suivant.

De nombreux survivants, comme Farideh Goudarzi, se souviennent également que Raïssi a participé avec enthousiasme à la torture et aux châtiments extrajudiciaires infligés aux dissidents et aux militants, avant et après le massacre de 1988. « Comme tous les autres prisonniers politiques, j’ai été emmenée dans la chambre de torture dès la première heure de mon arrestation », a déclaré Goudarzi dans son témoignage vidéo. « J’ai été placée sur un lit, et environ 5-6 bourreaux étaient au-dessus de ma tête, et l’un des gardes me fouettait les mains avec un câble, et l’autre garde me giflait. Ebrahim Raïssi se tenait dans un coin de la pièce et observait ce processus. »

Certains témoins oculaires, comme Mahmoud Royaei, ont souligné que le nombre de morts estimé à 30 000 prisonniers politiques pourrait être une sous-estimation. « Dans certaines prisons, a-t-il expliqué, il n’y avait absolument aucun survivant pour apporter son témoignage sur les événements », ce qui signifie que la véritable ampleur du massacre ne pourra être connue qu’après une enquête approfondie menée selon des normes internationales rigoureuses.

Malheureusement, Téhéran a fait un effort concerté pour limiter la portée de toute enquête potentielle. Le régime a harcelé et menacé les familles des victimes et a ordonné des projets de construction sur les sites de certaines des fosses communes qui ont été identifiées dans au moins 36 villes par l’OMPI dans le cadre de sa campagne de longue date pour la justice. La communauté internationale, quant à elle, n’a pas fait grand-chose pour mettre un terme à ces pratiques, ce qui n’a fait que renforcer le sentiment d’impunité du régime et son engagement dans une stratégie de « déviation et de déni ».

The 1988 Massacre of Political Prisoners in Iran: Eyewitness Accounts, Mahmoud Royaei

C’est l’expression que sept experts des Droits de l’Homme des Nations unies ont utilisée l’année dernière pour décrire l’attitude persistante du régime à l’égard du massacre et des questions de Droits de l’Homme en général. Ils l’ont fait dans une lettre envoyée aux autorités iraniennes, puis publiée à l’intention d’un public international, qui exhortait Téhéran à modifier son comportement, mais indiquait également que si le régime refusait de le faire, la responsabilité incomberait aux organes compétents des Nations unies et aux principaux États membres.

En fait, la lettre reprochait à ces entités de ne pas avoir donné suite à la question du massacre, même après que la vague de meurtres a été reconnue dans une résolution de l’ONU à la fin de 1988. Cela montre que la communauté internationale a manqué à son devoir pendant plus de trois décennies. Elle le reste même après que Téhéran a réaffirmé son impunité en nommant à la présidence l’un des principaux responsables du massacre, au mépris des protestations de l’opinion publique iranienne.

Plus qu’ignorer ce tollé, certains responsables occidentaux l’ont même contredit en affirmant la légitimité de Raïssi sur la scène internationale. L’Union européenne a envoyé Enrique Mora, directeur politique adjoint du Service européen d’action extérieure, pour assister à l’investiture de Raïssi le 5 août. On ne peut raisonnablement attendre de Téhéran qu’il en retire un autre message que celui de l’impunité. Mais l’UE doit comprendre ce que cette impunité signifie pour le peuple iranien.

Les témoignages vidéo figurant sur le site Web du CNRI donnent un aperçu glaçant du type de barbarie auquel le régime est prêt à recourir pour réprimer la dissidence s’il pense pouvoir s’en tirer. Tous les décideurs politiques qui lisent leurs transcriptions doivent comprendre qu’il est de leur responsabilité solennelle de lancer une enquête sur le massacre de 1988 et sur le rôle de Raïssi, afin de remettre en cause l’impunité du régime et de réduire le risque qu’un crime contre l’humanité similaire soit perpétré par la nouvelle administration.

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