jeudi, janvier 27, 2022
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L’Europe a pris un bon départ avec les sanctions, mais elle devra bientôt cibler les dirigeants iraniens

La semaine dernière, l’Union européenne a imposé de nouvelles sanctions liées aux droits humains à huit responsables des forces paramilitaires et de sécurité iraniennes. Parmi les cibles des derniers gels d’avoirs et des dernières restrictions de voyage figure le commandant en chef du Corps des gardiens de la révolution islamique (pasdaran), Hossein Salami. L’annonce de l’UE souligne à juste titre que Salami a joué un rôle de premier plan dans la répression de la dissidence après le début d’un soulèvement national en novembre 2019, mais la valeur ultime des sanctions associées dépendra en grande partie de la question de savoir si les exigences européennes en matière de responsabilité s’arrêtent là ou si elles continuent à se frayer un chemin dans la chaîne de commandement.

Les nouvelles sanctions sont malheureusement les seules mesures significatives mises en œuvre par l’UE en réponse à la répression qui a eu lieu il y a près d’un an et demi. Ce long délai reflète l’aversion de l’Occident pour un conflit qui s’était déjà manifesté pendant six ans auparavant. Aucune autre sanction n’a visé les violations des droits humains depuis 2013, alors que d’innombrables abus ont été enregistrés pendant cette période.

Alors que certains décideurs occidentaux espéraient que l’élection cette année-là du président du régime, Hassan Rohani, ouvrirait la voie à une tendance à la modération au sein du gouvernement des mollahs, la réalité est toute autre. Depuis 2013, la dictature théocratique a entrepris d’étendre l’application de nombre de ses principes les plus radicaux, ainsi que ses restrictions à l’expression publique de la dissidence. Les conséquences comprennent une ségrégation sexuelle plus stricte dans la société iranienne, d’innombrables peines de prison pour les femmes qui ont défié les lois sur le port de voile obligatoire dans le pays, une plus grande pauvreté et une privation de droits pour les groupes marginalisés, et la consolidation du contrôle du gouvernement sur les médias traditionnels et Internet.

Les conséquences de deuxième niveau comprennent une augmentation générale d’une réaction publique contre le système répressif et le soulèvement de novembre 2019 a été l’apogée de cette tendance. Il avait été précédé en janvier 2018 par un autre soulèvement national, bien que de moindre importance et qui s’est heurté à des représailles plus lentes et moins intenses de la part des autorités du régime. Néanmoins, le bilan de ce premier soulèvement a été estimé à plusieurs dizaines de morts, et plusieurs personnes auraient été torturées à mort dans les prisons iraniennes. Ce bilan est dérisoire par rapport à l’impact du second soulèvement, au cours duquel les pasdaran ont ouvert le feu sur des foules de manifestants dans la plupart des quelque 200 localités participantes.

Amnesty International a très vite signalé qu’il existait des preuves évidentes que les tireurs du régime avaient déchargé leurs armes dans l’intention de tuer. Les observateurs attentifs n’ont donc pas été surpris lorsque le Conseil national de la Résistance iranienne a estimé le nombre de morts à environ 1 500 personnes. Ce chiffre a finalement été confirmé par l’agence de presse Reuters, par le biais de trois sources anonymes du ministère iranien du Renseignement. Officiellement, cette entité gouvernementale maintient que pas plus de 250 personnes ont été tuées, mais le CNRI a identifié plus de 800 personnes en révélant leurs identités.

Les rapports indépendants sur la répression et la tentative de dissimulation du régime mettent en évidence deux conclusions. Premièrement, l’intervention étrangère face à de telles violations des droits humains est nécessaire, car il est clair que Téhéran ne tiendra pas ses propres agents pour responsables. Deuxièmement, l’absence d’une telle intervention expose le peuple iranien à de graves risques, car les militants nationaux sont clairement déterminés à dénoncer les crimes du régime, qu’ils soient ou non en mesure d’empêcher personnellement qu’ils ne se reproduisent.

Avec ses dernières sanctions, l’UE a au moins envoyé le message qu’elle n’est plus disposée à fermer les yeux sur la répression violente de la dissidence en Iran, comme elle l’a fait à partir de 2013. Mais ce message doit être renforcé, tant pour le régime que pour un mouvement militant qui semble reprendre de la vigueur après une longue période de calme relatif pendant la pandémie.

Aussi bienvenues soient-elles, les nouvelles sanctions de l’UE ne suffisent pas à donner ces raisons, en partie parce que leur application est limitée, tant en ce qui concerne la manière dont elles seront appliquées que les personnes visées. Si des personnalités comme Hossein Salami ne peuvent pas voyager ou accéder à leurs avoirs personnels dans des banques étrangères, leur vie peut devenir plus difficile, mais cela n’aura que peu d’impact sur leurs responsables au sein du régime iranien.

Mais ces autorités sont tout autant, sinon plus, coupables des meurtres de novembre 2019, sans parler de la longue liste de mesures de répression, de restrictions de la liberté d’expression et de contributions à la baisse de la qualité de vie en Iran au cours des six années précédentes. La politique occidentale doit également les cibler. Elle doit le faire non seulement pour le bien des Iraniens ordinaires qui militent pour la liberté et la démocratie, mais aussi pour la sécurité de leur propre pays. Si l’Iran a des raisons de croire que son impunité est toujours intacte, les conséquences dépasseront certainement les frontières du pays.

Cela a déjà failli se produire. À l’été 2018, les autorités européennes ont déjoué un complot terroriste qui aurait consisté à faire sauter des explosifs lors d’un rassemblement d’expatriés iraniens juste à proximité de Paris. Des centaines de dignitaires politiques se trouvaient également dans la foule, notamment des législateurs et des universitaires américains et européens. Les quatre participants connus à ce complot, dont un diplomate iranien de haut rang, ont depuis été poursuivis et condamnés par un tribunal belge, mais les dirigeants de l’Union européenne ont à peine mentionné l’incident, et ses États membres n’ont guère fait mieux.

Il s’agit-là d’un manquement choquant au devoir, étant donné que les procureurs belges ont affirmé à plusieurs reprises que le complot terroriste n’était pas l’œuvre d’agents voyous, mais qu’il avait été ordonné depuis les hautes sphères du régime des mollahs. Des militants de la Résistance sont même allés jusqu’à dire que le Guide Suprême, Ali Khamenei, et le président Rohani, censé être modéré, étaient tous deux impliqués par l’intermédiaire du Conseil suprême de sécurité nationale. La même chose est très certainement vraie pour la répression de la dissidence en novembre 2019, et donc si les gouvernements occidentaux ne tiennent pas les autorités dirigeantes responsables, ils négligeront tacitement les graves violations des droits de humains en Iran, tant dans le pays qu’à l’étranger.

Il existe une alternative claire à cette négligence. Elle commence par l’extension des sanctions jusqu’à la chaîne de commandement de l’Iran, et elle ne s’achève que lorsque le système au pouvoir s’engage définitivement à changer de comportement ou qu’il risque d’être renversé par une population rétive à laquelle on a fait croire qu’elle bénéficierait du soutien de la communauté internationale lorsque le temps de la révolte sera venu.

Alejo Vidal-Quadras, professeur de physique atomique et nucléaire, a été vice-président du Parlement européen de 1999 à 2014. Il est président de l’International Committee In Search of Justice (ISJ)

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