dimanche, octobre 18, 2020
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Iran : Permettre aux femmes d'entrer dans le stade de football, une opération de communication cynique

Par Mahmoud Hakamian 

La mort déchirante de Sahar Khodayari, surnommée Blue Girl, qui s’est auto-immolée après avoir été condamnée à six mois de prison pour avoir assisté à un match de football, est le dernier incident mettant en lumière la situation tragique des femmes iraniennes sous la théocratie misogyne des mollahs.

La mort de Sahar a créé une tempête et a obligé les mollahs à faire marche arrière temporairement. Confronté à de fortes pressions extérieures, et même risque d’être mis en retrait de la FIFA, les mollahs ont finalement capitulé et ont permis à un nombre limité de femmes de se rendre au stade Azadi de Téhéran pour assister au match entre l’Iran et le Cambodge.

Craignant les répercussions de la présence des femmes dans le stade, les responsables ont toutefois limité le nombre de billets vendus aux femmes. Seules quatre sections du stade, totalisant environ 3 500 places, ont été réservées aux femmes. Le stade Azadi a une capacité de 95 000 spectateurs.

Mais ne vous y trompez pas. Comme l’a déclaré Philip Luther, directeur des recherches et des activités de plaidoyer pour l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient à Amnesty International, le 9 octobre, « « La décision d’autoriser un nombre symbolique de femmes à entrer dans le stade pour le match de demain est une opération de communication cynique de la part des autorités qui cherchent à redorer leur image à la suite du vif tollé suscité dans le monde entier par la mort tragique de Sahar Khodayari. »

« Toute mesure autre que l’annulation totale de l’interdiction faite aux femmes d’entrer dans tous les stades de football est une insulte à la mémoire de Sahar Khodayari et un affront pour les droits de toutes les femmes en Iran qui se mobilisent avec courage en faveur de la levée de cette interdiction. Au lieu de prendre des demi-mesures afin d’atténuer leur traitement discriminatoire vis-à-vis des supportrices de football, les autorités iraniennes devraient lever toutes les restrictions faites aux femmes pour assister aux matchs, notamment aux matchs de la ligue nationale, à travers le pays.

La communauté internationale, et notamment la FIFA, instance dirigeante du football mondial, doit aussi veiller à ce que les femmes soient autorisées à assister à toutes les rencontres, librement et sans discrimination, » a ajouté Philip Luther, directeur des recherches et des activités de plaidoyer pour l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient à Amnesty International

En vérité, toute présence publique des femmes est considérée comme une menace pour les lois et les décrets draconiens des mollahs, dont le rôle est de préserver le pouvoir théocratique. Mohammad-Jafar Montazeri, procureur de Téhéran, avait averti que « la présence des femmes dans l’arène du football est un geste calculé des ennemis ».

Il y a quelques années, face à une demande similaire des Iraniennes qui voulaient faire de la bicyclette, le Guide Suprême du régime, Ali Khamenei, a publié une fatwa montrant l’état d’esprit pervers des mollahs, et a interdit aux femmes de faire du vélo en public. « Le cyclisme attire souvent l’attention des hommes et expose la société à la corruption, contrevenant ainsi à la chasteté des femmes, et cette pratique doit être abandonnée », avait-il déclaré.

Effleurer les problèmes, bafouer les droits des femmes sous la domination machiste, est bien plus profond et ne se résume pas au fat d’entrer dans les stades ou de faire de la bicyclette. Refuser aux femmes la possibilité d’assister à des matchs de football n’est qu’un aspect de la discrimination systématique et institutionnalisée dont sont victimes les Iraniennes. Dans la vision du monde médiévale des mollahs, les femmes sont considérées comme des citoyennes de seconde classe. La discrimination entre les sexes a été inscrite dans la constitution du régime iranien et dans les codes civil et pénal dès le début du régime théocratique en 1979. Elle a commencé par l’imposition du port du voile obligatoire et s’est poursuivie par le déni du droit des femmes de divorcer, de devenir juge ou président, de voyager seule, d’avoir accès à de nombreux grands domaines d’études ou d’avoir part égale de l’héritage avec les hommes.

Dans leur lutte acharnée pour leurs droits, les femmes en Iran ont secoué le régime et ses mesures répressives. La défiance des femmes s’est traduite par leur participation active à la lutte politique menée par l’opposition démocratique au cours des deux premières années qui ont suivi la chute du Shah. Les femmes ont poursuivi leur résistance en rejoignant les rangs de l’opposition organisée, l’Organisation des Moudjahidine du Peuple d’Iran (OMPI). Pas moins de 30 % des personnes exécutées par le régime sur des accusations politiques sont des femmes. Les femmes ont également joué un rôle de premier plan dans des milliers de manifestations contre le régime au cours des dernières années, notamment dans le soulèvement qui a embrasé 160 villes fin 2017 et qui s’est poursuivi jusqu’en 2018.

Dans leur lutte pour l’exercice de leurs droits, les femmes en Iran ont sans doute été inspirées par leurs sœurs de l’OMPI et de la coalition du Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI), où les femmes jouent un rôle moteur. Le plan en dix points de Maryam Radjavi, présidente élue du CNRI, a mis l’accent sur l’égalité des sexes dans tous les aspects de la vie des femmes, notamment la participation égale à la direction politique du pays une fois les mollahs renversés.

 

 

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