lundi, avril 6, 2020
Accueil Actualités Actualités: Iran Résistance Femmes-Iran : Les femmes, la force du changement

Femmes-Iran : Les femmes, la force du changement

CNRI – A l’occasion de la Journée internationale des Femmes, des centaines de personnalités politiques, sociales et culturelles de toute l’Europe et d’Amérique du nord, se sont retrouvées le 23 février à Auvers-sur-Oise, autour du thème : « les femmes, la force du changement ». C’est dans le cadre de ce séminaire que leur hôte, Maryam Radjavi, présidente élue de la Résistance iranienne, est intervenue sur la riche expérience en matière d’égalité et de participation à la direction politique des femmes au sein des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI) à la Cité d’Achraf en Irak.

 

CNRI – A l’occasion de la Journée internationale des Femmes, des centaines de personnalités politiques, sociales et culturelles de toute l’Europe et d’Amérique du nord, se sont retrouvées le 23 février à Auvers-sur-Oise, autour du thème : « les femmes, la force du changement ». C’est dans le cadre de ce séminaire que leur hôte, Maryam Radjavi, présidente élue de la Résistance iranienne, est intervenue sur la riche expérience en matière d’égalité et de participation à la direction politique des femmes au sein des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI) à la Cité d’Achraf en Irak.

Elle a focalisé son intervention sur les secrets de la persévérance de ces femmes courageuses dans les conditions complexes et ardues de la Résistance  iranienne aujourd’hui.

Voici le texte de son discours :

Bienvenue à toutes et à tous. Je suis très heureuse de me trouver parmi vous, intellectuels, parlementaires et militantes du mouvement pour l’égalité. Je voudrais surtout remercier le Dr Vidal Quadras, vice président du Parlement européen et toutes les personnalités qui malgré un agenda chargé, sont venues marquer leur solidarité avec les femmes de la Résistance iranienne.

Dans quelques jours, le monde célébrera la journée internationale des femmes. A cette occasion je souhaite adresser mes félicitations à mes sœurs à travers le monde, aux femmes et aux filles de mon pays, mais aussi aux femmes opprimées d’Irak. Je voudrais aussi saluer les femmes courageuses qui se battent et qui souffrent pour l’idéal de l’égalité.

Et nous rendons hommage aux femmes d’avant-garde qui ont chacune franchi de grands pas pour l’avancée de cet idéal. Olympe de Gouges, Louise Michel et Berti Albrecht en France, la Pasionaria en Espagne ou Clara Zetkin aux Etats-Unis. Et aussi aux femmes d’avant-garde en Iran de Fatemeh Amini, Marzieh Ahmadi Oskoui et Achraf Radjavi à Sedigheh Modjaveri et Neda Hassani.

Aujourd’hui, malgré les multiples progrès que les femmes ont enregistrés, les forces et les structures basées sur l’exploitation dans le monde sont toujours hostiles à l’idéal de l’égalité et défient les droits et les libertés des femmes. Le fascisme religieux qui se caractérise par la misogyne et l’exportation du terrorisme menace de détruire le monde entier et ses acquis, notamment les acquis du mouvement pour l’égalité.

Cependant, en cette journée internationale des femmes, nous tournons nos regards vers les espoirs, des horizons clairs et des perspectives de changement et de liberté pour lesquelles nous nous battons. En semant partout la destruction, la terreur et la peur, l’intégrisme crie : oubliez l’égalité. Les tenants de la complaisance qui sacrifie les droits de l’homme, la paix et la démocratie pour soutenir les mollahs, disent en se moquant que: Tant qu’il y a des accords et du commerce, à quoi sert l’égalité ?
Mais l’amour et la foi des femmes dans l’égalité dans le monde, le courage des femmes et des jeunes filles qui participent aux manifestations contre la dictature religieuse, la résistance des femmes qui disent non à ce régime et qui sont jetées dans la prison d’Evine à Téhéran,  la persévérance des femmes d’avant-garde iraniennes qui dirigent la cité d’Achraf, le bastion de la résistance contre l’intégrisme, oui, toutes nous disent qu’un monde sans oppression et sans inégalité est possible.

Et j’entends la voix de mes filles et de mes sœurs en Iran, de Tabriz à Racht et Téhéran, de Sanandaj à Kermanchah et Ahwaz, d’Ispahan à Kerman et Machad, de Zahedan à Bandar Abbas qui disent: nous nous levons pour conquérir l’égalité, la liberté et la démocratie.

Le modèle de la Cité d’Achraf

Aujourd’hui le problème des femmes et la nécessité de leur participation active dans tous les domaines politiques, sociaux et économiques sont devenus une nécessité urgente pour le développement, la démocratie et la paix. Sans le rôle dirigeant des femmes, le combat pour la liberté n’avance pas.

Sans la présence active et égale des femmes à tous les stades de prise de décision, la démocratie sera en panne et creuse. Et sans la véritable participation des femmes, au lieu de la prospérité économique, on voit se développer la pauvreté et l’inégalité ainsi que le gaspillage des ressources matérielles et humaines. C’est pourquoi il est nécessaire d’examiner l’égalité, la manière d’en supprimer les obstacles et la stratégie de sa progression et trouver des exemples de réussites.

A cette occasion, je voudrais évoquer un exemple inédit dans l’histoire de l’Iran et de l’islam. C’est l’expérience de 30 ans de lutte des femmes dans la Résistance iranienne et en son cœur la détermination des femmes de la Cité d’Achraf. La Cité d’Achraf en Irak, à 50 kilomètres de la frontière irano-irakienne, abrite des milliers de femmes et d’hommes qui se battent depuis 22 ans, pour un changement en Iran et pour l’instauration de la démocratie dans leur pays. En réalité, mille  femmes qui résident à la Cité d’Achraf, forment la plus grande concentration d’avant-garde du mouvement pour l’égalité dans le monde.

Cela fait 30 ans que notre résistance se bat contre le fascisme religieux et un régime d’apartheid sexuel. Un monstre qui même s’il est obscurantiste et arriéré, utilise les technologies les plus modernes pour imposer la répression et la censure, se sert du terrorisme d’Etat et de campagnes de désinformation, sème la peur et par-dessus tout, abuse de la religion ; il s’agit là d’un phénomène nouveau dans l’histoire. Résister devant cette source de ténèbres et de cruauté n’était possible qu’en imprégnant cette résistance des valeurs  les plus fondamentales comme l’égalité, la liberté, le libre choix et la démocratie.

30 ans de combat contre la tyrannie religieuse

Khomeiny et les mollahs qui le suivent, ont trompé la population avec des slogans et des allégations liés à l’islam et ont usurpé la direction de la révolution de 1979. Dès le premier jour de leur arrivée au pouvoir, parce qu’ils craignaient la liberté et la démocratie, ils ont commencé à réprimer la population et spécialement les femmes. Et avec la guerre et l’exportation du terrorisme, ils se sont fixer pour objectif d’instaurer un empire despotique sous le nom de l’islam.

Mais à cause de la présence d’une opposition démocratique et organisée qui prônait un islam démocratique et tolérant, les mollahs ont été rapidement isolés dans la société. Plus de 90%  de la société iranienne souhaite un changement de régime. Une répression sans merci et les efforts actuels des mollahs pour fabriquer une bombe atomique et conquérir l’Irak ne se font pas à  cause de leur position de force, mais au contraire, pour tenter de retarder la chute d’un régime qui est arrivé au bout du chemin.

Dès le départ, avec cette volonté hystérique de tout monopoliser qui caractérise le fascisme religieux, ce régime n’a pu supporter la moindre idée différente. On comprend dès lors  qu’il rejette les conceptions de l’islam démocratique, à savoir l’antithèse de l’intégrisme que représentent les Moudjahidines du peuple, la force principale de l’opposition démocratique. Dès les premiers jours du régime des mollahs, les femmes Moudjahidine ont joué un rôle remarquable par la confrontation avec ce régime. Celles qui portaient un foulard, ont résisté courageusement devant un mot d’ordre aussi détestable que "soit le foulard, soit un coup sur la  tête".

Pour un régime qui gouvernait au nom de l’islam, il était extrêmement difficile et humiliant qu’au premier rang de son opposition se trouvent les Moudjahidine du peuple, des musulmans, surtout des femmes et des jeunes filles. Dans leur face à face avec le régime, les femmes Moudjahidine ont payé un lourd tribut. Des dizaines de milliers d’entre elles ont subi l’incarcération dans des prisons affreuses, ont souffert des tortures brutales et ont été exécutées. Pourtant le combat a continué.

De terribles obstacles

Pour lutter contre ce monstre, les femmes issues d’une société traditionnelle sous une dictature religieuse, se sont retrouvées face à davantage d’obstacles. Dans la plupart des cas, le premier obstacle a été la famille, et les parents. Les femmes ont dû renoncer à leur mari et leurs enfants pour rejoindre le combat. Dans le combat avec un régime sauvage qui n’hésite pas à pendre les enfants, il n’y avait pas de place pour une vie de famille. De plus, contrairement aux hommes, ces femmes ont dû supporter toutes sortes d’insultes et d’humiliations pour participer à ce combat et ont trouvé la force de traverser ces épreuves. 
Je vais citer quelques exemples de ces diffamations :

– Elles se sont séparées de leurs parents et de leurs sœurs et frères, parce qu’elles n’ont pas d’affection.
– Est-ce que les femmes sont capables de jouer un rôle et servir à quelque chose dans la lutte avec ce régime ?
– Il vaut mieux que les femmes s’occupent de leurs familles et de leurs enfants sinon en leur absence qui le fera ?!
– Et enfin quand les femmes sont arrêtées, emprisonnées et torturées, leurs familles perdent tout honneur.

Malgré tout, l’engagement massif des femmes dans la résistance au fascisme  religieux, a fait naître une nouvelle culture dans la société iranienne. Et nombreux ont été les pères et les mères, qui en compagnie de leurs filles et de leurs fils sont accourus sur le champ de bataille et ont donné leur vie. Ce sont là des signes d’une victoire certaine contre l’intégrisme.

Dans cette situation, la machine de propagande des mollahs, avec une démagogie à faire pâlir Goebbels de jalousie, a lancé une campagne de calomnies contre les femmes Moudjahidine et les autres combattantes pour les empêcher d’adhérer au combat. Mais devant leur soif  de liberté et d’égalité, ils ont échoué. Et les femmes Moudjahidine ont tenu bon, et sont sorties de ces épreuves la tête haute.

Voici donc comment ce sont formés ces longs rangs de femmes d’avant-garde de l’égalité qui se trouvent aujourd’hui pour la plupart à la Cité d’Achraf en Irak. Des rangs qui s’étendent d’Achraf à Téhéran, des rangs allant des prisons d’Evine, à Gohardacht et Dizel-Abad et dans l’ensemble de l’Iran.  

Cinq ans de persévérance

Au cours de ces trente années de lutte, il y a une période qui par sa complexité et ses difficultés, n’a pas de précédent. C’est celle qui a commencé en 2003. Au cours des attaques américaines contre l’Irak, bien que les Moudjahidine du peuple n’aient joué aucun rôle dans cette guerre et qu’ils n’aient pas tiré une seule balle, et malgré le fait qu’ils avaient annoncé officiellement à l’avance leur neutralité, les forces de la coalition ont violement bombardé leur bases pour répondre à la demande des mollahs.

Ensuite les conspirations tous azimuts des mollahs ont commencé pour anéantir la structure organisationnelle de la résistance. En profitant d’une situation exceptionnelle, ils ont recouru à toutes les ruses et toutes les attaques pour supprimer la Résistance. Malheureusement, dix autres pays y compris l’Angleterre et la France ont accompagné le régime dans cette voie. A cette époque tout le monde pensait que c’était la fin de l’OMPI et de la cité d’Achraf en Irak. Pendant ces cinq dernières années, les mollahs ont tout fait, et continuent de tout faire, pour détruire Achraf :

– Une propagande assourdissante sur l’anéantissement de la Résistance
– Une campagne de désinformation via des dizaines de chaînes télévisées et des radios, des centaines de journaux, de magazines et de sites internet.
– Une vague d’opérations terroristes, y compris d’enlèvements de membres de l’OMPI en Irak
– Des attentats à la bombe contre des bus d’ouvriers irakiens de la cité d’Achraf,
– L’assassinat des Irakiens qui soutiennent l’OMPI,
– le plastiquage des canalisations d’eaux de la Cité d’Achraf et de sa station de pompage par les terroristes du régime des mollahs,
– Un complot d’attaque au missile contre la Cité d’Achraf
– La coupure de l’approvisionnement en nourriture, en carburant et en médicaments
– Et l’envoi de commandos des services de renseignements et de la force terroriste Qods qui, ces jours-ci, a envoyé à Bagdad des agents depuis l’Iran ou l’étranger.

Il ne s’agit que d’une partie des pressions déchainées du fascisme religieux contre le mouvement de la Résistance. Mais la persévérance des combattants de la liberté de la Cité d’Achraf, le développement de la résistance en Iran couplés aux efforts des membres et des sympathisants de la résistance partout dans le monde, et aux soutiens de personnalités comme vous, ont fait capoter les calculs des mollahs.

La Cité d’Achraf, symbole de l’espérance contre l’intégrisme
 
Comme le mont Alborz qui symbolise la beauté et la fierté de notre patrie l’Iran, il y a à Achraf un autre mont Alborz, un sommet de patience, de transparence, de don de soi, de hautes valeurs humaines et de relations progressistes, de foi et d’amour dans la liberté et l’égalité. Il s’élève haut dans le ciel et incarne la beauté de l’histoire, de la société et de la conscience du peuple iranien. Cette persévérance n’a pas permis que s’éteignent les flammes du combat pour le démocratie et l’égalité qui inspirent la lutte des femmes et des homme insurgés. Je leur rends hommage à toutes, particulièrement à Mojgan Parsaï et Sedigheh Hosseini, et aux autres femmes qui sont des phares de l’émancipation et de la persévérance. C’est ainsi qu’elles ont pu non seulement résister, mais aussi développer la lutte contre les mollahs et l’intégrisme.

Malgré les erreurs fatales de l’occident qui a donné de nombreuses opportunités à l’intégrisme et au terrorisme du régime iranien, les Moudjahidine de la Cité d’Achraf ont appelé le monde entier à faire face à la menace du régime des mollahs. La cité d’Achraf a joué un rôle primordial dans l’avancée du processus politique en Irak. Elle a  su attirer l’attention du peuple irakien, des partis démocratiques et nationalistes, des tribus et des diverses tendances politiques, ethniques et religieuses sur la menace du régime iranien. De leur côté, les Irakiens ont aussi soutenu les Moudjahidine d’Achraf. Le soutien de 5,2 millions d’Irakiens aux Moudjahidine en juin 2006, le soutien de 300.000 chiites de sud de l’Irak en 2007, ont donné le jour à un mouvement puissant de solidarité avec la résistance, un vaste front démocratique conte l’intégrisme. 700.000 femmes en Irak ont signé une déclaration de soutien aux Moudjahidine et ont organisé leurs activités face aux ingérences du régime des mollahs dans ce pays.

C’est dans ces circonstances, qu’au cœur des attaques terroristes les plus sombres et les plus sanglantes, la cité d’Achraf est devenue une terre de paix, de liberté et d’espoir, d’espoir du peuple iranien et irakien. Ces cinq années de ténacité de la cité d’Achraf, ont aussi été la victoire du leadership des femmes. Je voudrais dire à mes filles et mes sœurs à travers l’Iran de regarder la persévérance des femmes de la cité d’Achraf et de briser le désespoir, la peur; l’humiliation et l’infériorité des femmes que prônent les mollahs. Brisez-les. Regardez la cité d’Achraf et mettez fin à la misogynie, à la discrimination et à l’humiliation. Unissez-vous pour renverser les mollahs et soulevez-vous! Et je voudrais dire à mes sœurs partout dans le monde de venir en aide aux femmes d’Achraf, soutenez cette expérience qui est le fruit héroïque de l’histoire de la lutte des femmes pour l’égalité.
 
Les raisons de la persévérance

A l’occasion de la Journée internationale des femmes, je voudrais brièvement évoquer ce qui a rendu possible la persévérance d’Achraf. Quels en sont les éléments fondateurs ? Quelle en est la source ? Il me faut dire que cette persévérance est issue de la lutte inlassable pour l’égalité. C’est-à-dire qu’il s’agit du résultat de la démarcation permanente entre l’égalité et l’inégalité, entre l’émancipation et l’enchaînement.

Il est impossible de dénouer les problèmes insolubles de l’être humain dans le monde d’aujourd’hui, sans s’engager en faveur de l’égalité. Comprendre cette vérité, constitue le fruit de nombreuses années de lutte contre le régime misogyne des mollahs, une lutte qui dans les années 1980 a connu une grande transformation culturelle dans l’organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran.

Le dirigeant de la résistance iranienne, Massoud Radjavi, a vu dans cette transformation une ligne de démarcation avec le monde des mollahs et de l’intégrisme. Il a mis en avant  que l’objectif était « d’écarter les facteurs de l’oppression sexuelle dont les symboles sont les mollahs et les gardiens de la révolution. » C’est cette idée qui a aplani la voie de la lutte pour l’égalité des femmes. Les Moudjahidine du peuple ont découvert que s’ils voulaient résister à la dictature religieuse, il leur fallait se battre contre tous les aspects idéologiques et culturels de l’intégrisme. En un mot, nous avons vu qu’effacer la vision sexiste libérait une immense énergie au sein de la Résistance et lui donnait un dynamisme surprenant pour un bond en avant, représentant une source de capacités. Cette transformation est riche d’expériences humaines dont les explications prendraient beaucoup de temps. J’évoquerai ici quatre changements qui font partie des évolutions clés de cette transformation.

Le premier changement a été la présence active des femmes à la direction de la Résistance et dans les prises de décision à divers niveaux. Le long passé des femmes dans la lutte avait préparé le terrain de cette évolution. Mais son point de départ a été la nécessité de renverser les mollahs. Les milliers de femmes des Moudjahidine qui avaient sacrifié leur vie dans le combat contre la tyrannie religieuse au début des années 1980 ont certifié que ces femmes méritaient d’être à la direction et que sans elles, le mouvement de la résistance ne pouvait avancer. Aujourd’hui, nous assistons à des efforts pour augmenter le quota de femmes à la direction politique et économique dans le monde, qui sont précieux. Mais l’expérience de la résistance iranienne c’est que la solution définitive et ultime pour briser l’inégalité ne peut se trouver sans un élan. L’hégémonie des femmes dans cette résistance, a été un bouleversement qui a brisé son structure, qui a ouvert la voie aux femmes pour endosser des responsabilités, se spécialiser et acquérir des compétences dans tous les domaines. Par conséquent, la présence des femmes à la direction a été à la fois un facteur pour les faire rester dans la résistance et un facteur de dynamisme et d’épanouissement politique et culturelle de ce mouvement. Quand les femmes sont arrivées à des postes de décideurs, il s’est créé un véritable espace pour lutter en profondeur avec les vestiges de la culture patriarcale dans les conceptions et les relations de l’ensemble du mouvement, hommes et femmes, assainissant les rangs de la résistance.

Le second changement majeur a été que nombre de femmes et d’hommes de cette résistance, ont renoncé volontairement il y a vingt ans à une vie de famille normale, et se sont volontairement séparés de leur conjoint, pour focaliser toute leur énergie, leur sentiment et leur attention sur la lutte contre le fascisme religieux et pour conquérir la liberté et l’égalité. Il est nécessaire dans une lutte à plein temps visant à libérer sa patrie, d’oublier une vie calme et confortable et toutes ses attaches. Sinon les femmes n’auraient pu entrer au cœur d’un combat difficile et encore moins y assumer des responsabilités au niveau de la direction. Il me faut préciser que jusque là, les membres de la résistance menaient, dans les divers centres où ils se trouvaient en Irak, une vie de famille. Leurs enfants allaient dans les écoles construites dans la Cité d’Achraf. Mener une vie de famille et participer activement au combat, n’étaient pas antagonique. Mais au début des années 1990, quand les conditions sécuritaires contre la présence des Moudjahidine en Irak se sont aggravées, ce pays s’est enfoncé dans un climat de guerre et les Moudjahidine du peuple sont devenus la cible continue de bombardements et de complot terroristes. C’est pourquoi il a été impossible de continuer à mener une vie de famille dans la base d’Achraf  et les autres bases de la Résistance. Les Moudjahidine du peuple se sont retrouvés face à deux choix : abandonner la lutte à plein temps et laisser le champ libre, où tout sacrifier pour garder vivace la flamme de la résistance. En vérité, les membres de la Résistance ont élevé à un nouveau degré le don de soi pour la liberté d’un peuple. Un degré supérieur à celui du don de sa propre vie, à savoir le renoncement à tous les attachements familiaux et c’était nécessaire pour poursuivre la lutte.

Pour le troisième changement, il s’agit d’un nouveau stade de relations démocratiques au sein de la Résistance. En avançant sur la voie de l’égalité, ce mouvement a réussi a créé un cadre adéquat au développement de ses relations démocratiques. Un cadre où les relations transparentes, claires et critiques se déroulent de manière quotidienne et où s’échangent idées et points de vue les plus divers. Quand un groupe, dans le but commun de conquérir la liberté, se rassemble, ses relations doivent nécessairement être basées sur le principe de la démocratie et le libre choix. La mise en place de ces relations au beau milieu d’un combat ardu et complexe et avec un ennemi perfide, n’a pas été chose simple. Mais le mouvement de la résistance dans toutes les circonstances s’y est conformé. D’ailleurs, pour un mouvement soumis à une répression intense, c’est une nécessité fondamentale d’avoir en son sein des relations unies et que chaque membre accepte des responsabilités. Pour y parvenir, la liberté et la démocratie interne en sont les conditions nécessaires. Le mouvement de la résistance a répondu à ces nécessités en créant de nouvelles relations humaines, que l’on retrouve dans des réunions constantes qui se déroulent entre les membres d’un même service ou des personnes qui travaillent ensemble sur un projet. En plus des réunions de travail et de coordination ou sur des points politiques, ils ont aussi des réunions pour formuler des critiques mutuelles.

Et enfin, le quatrième changement, l’éducation d’une génération d’hommes dévoués à l’idéal de l’égalité, qui dans le cadre d’une profonde transformation culturelle, se débarrassent de leurs conceptions et de leurs attitudes obsolètes et surmontent leur vision de la femme comme un bien de consommation. Au cours de réunions régulières, ils s’efforcent de mener une lutte culturelle et idéologique pour prendre leur distance avec des conceptions dévoyées, et dans la théorie comme dans la pratique d’expérimenter et de s’exercer à voir les femmes comme des êtres égaux aux hommes. Libérés d’une vision sexiste, ils essaient de voir les qualités de chaque femme et chaque femme comme une égale. Et ils découvrent et reconnaissent en elle une identité indépendante, égale, émancipée et libre.

Après cette étape de la lutte, ils atteignent un stade supérieur de la conception de l’égalité qui se situe au niveau du travail et des responsabilités. Dans le sens où les hommes de ce mouvement comprennent que dans l’absence d’égalité, la moitié de l’énergie et de la créativité reste enfouie. Par conséquent dans les affaires pratiques et les domaines spécialisés, ils ne jugent plus les femmes avec des critères obsolètes. Parce qu’ils savent que ces femmes apportent des méthodes nouvelles et des valeurs nouvelles dans le monde du travail et de la responsabilité, qui justement s’ils apprennent à bien les connaître, leur ouvriront à eux aussi un monde de créativité, de capacités et d’engagement. Les hommes de cette résistance apprennent à voir les qualités humaines des femmes.

Les absurdités des mollahs

Examinons à présent les progrès de cette résistance et quelle influence ils ont eu dans la société iranienne et quelle réaction ont-ils suscités chez les mollahs. 

Les démarches courageuses des résistants, particulièrement des femmes de ce mouvement, qui ont renoncé à leur vie familiale, ont porté un message efficace dans une société sous le régime des mollahs où les femmes sont même privées du droit de divorcer. Cette avancée historique a opposé de plus en plus de femmes aux contraintes moyenâgeuses imposées par les mollahs. De même, la présence des femmes à la direction de la résistance a insufflé un esprit et une énergie positive dans la société iranienne et a lancé un défi à toutes les déclarations des mollahs qui attribuent un statut de deuxième ordre aux femmes.

Il est clair là aussi que dans les conditions où le guide suprême des mollahs donne le feu vert à ses gardiens de la révolution pour violer et opprimer les femmes, la pureté des hommes de ce mouvement et leur lutte permanente pour refuser de voir dans les femmes un bien de consommation, apporte un message de délivrance et d’émancipation à la société iranienne. Cette  évolution a semé la panique chez les mollahs. Ils criaient que le Coran et l’Islam étaient piétinés. Ils disaient que lorsqu’une femme décide elle-même de divorcer, le ciel va nous tomber sur la tête. Oui, justement le ciel des mâles sauvages que sont les gardiens de la révolution s’effondre face une femme qui est indépendante et qui refuse de remettre sa volonté et son destin entre les mains du régime des mollahs. En fait, c’est la manière dont fonctionne l’antithèse du fascisme religieux ; un fascisme qui face à la culture des femmes et des hommes de ce mouvement, révèle sa propre nature à travers des gardiens de la révolution débauchés.

Tant et si bien que les mollahs ont lancé une campagne de diabolisation. Sans exagérer, au cours de cette période, des centaines de livres et des dizaines de milliers d’articles ont été publiés dans les médias des mollahs contre la résistance, dans lesquels ils ont portés toute une série d’accusations contre les membres du mouvement. En fait, il s’agit d’une arme du fascisme religieux impuissant face à la résistance du peuple iranien. Si impuissant qu’après 120.000 exécutions, après de nombreux tirs de missiles Scud B, comme un bombardement de 77 missiles en une nuit sur les bases des Moudjahidine en Irak et après des centaines d’opérations terroristes dans divers pays contre les membres  de la résistance.  Il a lancé une campagne de diabolisation contre la résistance, en déversant des sommes astronomiques que lui rapportent le pétrole, en y consacrant plusieurs ministères et en achetant des lobbies à l’étranger.

Il est bon de remarquer que dans cette campagne de calomnies, les mollahs lancent des accusations comme celle de terrorisme, secte, absence de démocratie, utilisation instrumentale des femmes,  impossibilité d’adhérer librement aux rangs de la résistance ou de les quitter librement. Il est évident que cela vise à contrer l’influence culturelle et humaine de la résistance sur la société iranienne et l’influence de cette résistance sur la communauté internationale.

En même temps, ces accusations fabriquées et lancées par les mollahs, servent malheureusement de prétextes aux gouvernements occidentaux pour justifier la poursuite de la politique de complaisance.

 Mais nous disons à ce régime misogyne et enturbanné qui ne considère les femmes que comme des esclaves ou des êtres faibles, que leur époque touche à sa fin. Cette persévérance victorieuse sous la direction des femmes, sonne le glas du renversement de votre régime en ruine. Les Iraniens, et particulièrement 40 millions de femmes, ont ressenti au plus profond d’eux-mêmes le message de cette ténacité. Ce sont les femmes en Iran qui mettront à bas le régime intégriste. Alors vous pouvez les insulter autant que vous voulez, les frapper et les emprisonner, les torturer et les exécuter, et chaque jour faire de la rue une arène où sous prétexte de combattre la corruption, vous harcelez leur âme, leur esprit et leur personne. Mais à la fin, ce sont elles qui vous balayeront et vous jetteront dans la poubelle de l’histoire.

Permettez-moi d’ajouter que les allégations des mollahs comme quoi les femmes sont privées de libre arbitre et sont des esclaves sans droit, n’ont aucun rapport avec l’islam. Dans les premières années de l’apparition de l’islam, le prophète Mohammad autorisait les femmes à désobéir à leurs maîtres, leurs maris ou leurs pères pour rejoindre son mouvement. Il les encourageait à émigrer de leur pays, à quitter leur tribu et leur famille, et il a donné aux femmes la permission de se battre contre l’ennemi dans de nombreuses batailles, sans qu’il soit nécessaire de prendre l’autorisation de leur époux ou d’un membre de leur famille. Il leur a donné le droit à la propriété, le droit à l’héritage, et le droit de donner leur avis. Et en soutenant de telles femmes, il reconnaissait officiellement leur choix politique indépendant. Et ça il y a 14 siècles, à une époque où on enterrait les fillettes vivantes.

Oui, face aux mollahs, les Moudjahidine suivent un islam qui rejette la démarcation sexuelle et comme le dit le Coran, la libération de l’être est la plus haute des valeurs. Le verset 13 de la Sourate Hojorat dit : O croyants, nous vous avons créé hommes et femmes et vous avons constitué en nations et en tribus pour que vous puissiez vous reconnaître, les plus pieux d’entre vous sont les plus émancipés.

Oui, les mollahs n’utilisent le nom de l’islam que pour en tirer profit pour leur régime fasciste et cruel, car la lapidation, le viol et la discrimination contre les femmes n’ont aucun rapport avec l’islam et les enseignements de Mohammad. Et s’il est question de la vérité de l’Islam, c’est cet apartheid sexuel et cette misogynie et l’agressivité du machisme qui s’opposent à l’islam, sont interdits et impures et non l’égalité et personnalité indépendante des femmes.

Les prises de positions

Les Moudjahidine de la Cité d’Achraf sont la réponse historique, culturelle et politique au régime de la suprématie religieuse. Ils sont porteurs du message de l’islam démocratique, de sa miséricorde et de sa tolérance et tirent un trait sur la réaction, la violence et la misogynie que les intégristes prônent au nom de l’islam. Les femmes à la Cité d’Achraf méritent le soutien le plus actif et le plus énergique de leurs sœurs à travers le monde. Tout comme les milliers d’hommes qui résistent héroïquement, à leurs côtés, participent à cette persévérance. Tout comme les hommes libres qui croient dans l’égalité à travers le monde leur ont apporté un immense soutien.

Je leur rends hommage à tous. Je voudrais en particulier saluer ces personnalités éminentes qui luttent contre la politique de complaisance. Permettez-moi de rappeler que la lutte du peuple iranien pour la démocratie et la lutte des femmes iraniennes pour éliminer l’apartheid sexuel et instaurer l’égalité, se retrouvent confrontés à un énorme obstacle international qui est la politique de complaisance avec les mollahs. Parce le fascisme religieux dispose de ressources pétrolières astronomiques et parce qu’il menace tout le monde de son terrorisme effréné, les gouvernements occidentaux se sont accommodés de ce régime et ont préférés piétiner les intérêts du peuple iranien et ceux de leurs propres  peuples.

C’est pour cette raison que le nom des Moudjahidine du peuple, la force axiale de l’opposition iranienne, a été injustement inscrit dans la liste des groupes terroristes. En décembre 2006, le Cour européenne de justice et en novembre 2007 la justice britannique ont rendu un jugement annulant l’accusation de terrorisme contre les Moudjahidine du peuple. Mais le Conseil des ministres de l’Union européenne et le gouvernement britannique, au mépris de la loi et de la justice, rejettent ces jugements et continue de prendre parti pour le régime des mollahs. Un régime qui selon les plus récentes révélations de la résistance est en train de fabriquer à plein régime des ogives nucléaires et qui met en danger l’avenir de l’humanité.

Si la tyrannie, les violations des droits de l’homme, la discrimination, l’inquisition et l’exploitation dans notre monde sont des antivaleurs qu’il faut éliminer, enchaîner un mouvement de résistance légitime et empêcher un changement démocratique en Iran, doit être condamné à haute voix et les défenseurs  de la liberté et de l’égalité doivent le combattre. Le mouvement pour l’égalité des femmes, qui a toujours été un mouvement d’avant-garde, et qui est le fer de lance de l’émancipation de l’humanité, mérite aussi aujourd’hui dans son face à face avec le fascisme religieux, de jouer le rôle d’avant-garde.

Nous voulons à la place du fascisme religieux une république basée sur la séparation de la religion et de l’Etat. Un régime démocratique et pluraliste respectueux des droits de l’homme. Aussi permettez-moi de vous faire part brièvement du programme de la résistance pour les femmes dans l’Iran démocratique après le renversement des mollahs.

– Dans l’Iran de demain, l’ensemble des libertés individuelles des femmes seront reconnues, notamment la liberté de croyance et de religion, de profession et de déplacement.

– Les femmes et les hommes seront libres de choisir leurs vêtements.

–  Nous croyons dans la liberté totale des droits sociaux, politiques, culturels et économiques des femmes et des hommes. Les femmes doivent participer à part égale à la direction politique de la société.

– Les femmes seront totalement libres de choisir leur conjoint et leur mariage. Il sera interdit d’imposer la moindre contrainte aux femmes dans la vie familiale.

– les femmes auront un droit égal au divorce.

– la polygamie sera interdite.

– la violence corporelle, sexuelle et psychologique contre les femmes sur les lieux de travail, dans les centres d’enseignement, la famille ou ailleurs sera considérée comme un délit. Les femmes victimes de violence pourront recourir à des démarches judiciaires.

–  Toute exploitation sexuelle des femmes sera interdite.

– les lois de la charia et les lois des mollahs seront annulées dans l’Iran de demain. Ces lois réactionnaires, notamment les châtiments inhumains, comme la lapidation, sont contraires à l’islam authentique et les enseignements du Prophète Mohammad. A nos yeux, la seule loi ayant une légitimité est celle légiférée par les élus du peuple.

– Les conventions internationales sur les droits et les libertés des femmes, plus particulièrement « la convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes » et « la déclaration sur l’élimination de la violence contre les femmes »,  guideront les lois civiles.

Au nom du mouvement pour l’égalité, pour sauver les femmes de mon pays qui sont cruellement fouettées, pendues et lapidées et pour affronter le monstre de l’intégrisme dont l’ombre funeste a plongé dans les ténèbres le destin et la vie de tous les peuples de la région, spécialement des femmes, et pour un monde plus juste possible avec l’égalité, je vous appelle à l’aide et à lutter contre la politique de complaisance avec les mollahs  et à soutenir la résistance du peuple iranien pour renverser le fascisme religieux.

Et permettez-moi de dire à mes sœurs et mes filles en Iran, aux femmes courageuses qui en ce moment-même sont en prison sous la torture et aux jeunes filles dont le cœur bat pour la liberté que leur persévérance pleine de souffrance et de larmes et que leur sang et leur cœur qui s’est brisé mais qui ne s’est pas soumis construisent sans aucun doute un avenir glorieux pour l’Iran. C’est vous qui ferez tomber le fascisme des mollahs. L’avenir de l’Iran et votre destin vous appartiennent.

Je vous remercie