lundi, août 8, 2022

Hommage à Mouloud Aounit

Par Afchine Alavi

mediapart.fr, 17 août – Mouloud Aounit, président d’honneur du Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap), a été inhumé hier au cimetière d’Aubervilliers, en présence de sa courageuse famille et d’une foule dense venue lui rendre un vibrant et émouvant hommage. Une imposante délégation du Conseil national de la résistance iranienne et de nombreux iraniens qui le connaissaient étaient venus saluer cet ami disparu.

Au nom de la résistance iranienne, j’ai eu le privilège de prononcer cet hommage à mon ami, Mouloud. J’ai dû supprimer quelques passages pour éviter à la foule de rester plus longtemps sous ce soleil brillant d’été venu aussi lui dire adieu.

Voici l’intervention :

Dans ces moments plein d’émotion et de tristesse nous tenons à être à vos côtés pour partager avec vous cette affection profonde pour Mouloud Aounit, notre frère et ami des temps difficiles et vous transmettre le message de la Résistance iranienne. Mme Maryam Radjavi, la présidente du Conseil national de la Résistance, a dit à propos de Mouloud que « la cité d’Achraf et la Résistance iranienne ont perdu un grand ami et défenseur, et la communauté des droits humains un vrai porte-parole. Mais tant que durera la lutte pour les Droits de l’Homme, le nom de Mouloud Aounit demeurera »

Et nous…nous chercherons du regard, en vain, dans les cortèges, ce frère, ce camarade, au chapeau de feutre, à l’écharpe rouge avec son éternel sourire, qui ne reviendra plus.

De nombreux hommages ont été rendus à Mouloud, ce qui montre son extrême popularité. On a rappelé son combat contre le racisme, son combat pour l’égalité, son courage, son franc-parler, ses talents d’orateur…

Mouloud était avant tout un homme profondément humain et sincère dans son engagement. C’est ce qui nous a frappés chez lui.

Les relations de la Résistance iranienne avec Mouloud remontent plus particulièrement à juin 2003, après la rafle odieuse lancée contre les réfugiés iraniens à Auvers-sur Oise. Il s’est porté à notre secours, comme l’Abbé Pierre, Danielle Mitterrand, Lucie et Raymond Aubrac et bien d’autres consciences éveillées de France.

Il s’était insurgé en disant : « Ce 17 juin 2003 est et restera à partir de cette rafle, comme un jour de honte à l’endroit de tous ceux qui estiment que la France se devait de protéger des résistants et où la France a troqué et sacrifié un certain nombre de ses valeurs fondamentales pour des intérêts économiques ». Avec humilité il avait ajouté : « Cette solidarité a permis que la France solidaire se réveille, vous protège. »

C’est ainsi qu’il a incarné pour nous la devise de fraternité. Notre histoire avec Mouloud illustre la seconde partie du nom de MRAP : « l’amitié entre les peuples ». A l’occasion du Nouvel An, il avait eu ces paroles : « le vœu que je formule, pour le représentant d’une organisation qui lutte contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples, c’est de renforcer ces liens de solidarité fraternelle entre le peuple français et votre peuple. »

Fidèle à son engagement, Mouloud a activement participé avec le MRAP à la campagne pour le retrait des Moudjahidine du peuple d’Iran de la liste des organisations terroristes de l’Union européenne. Un combat qui continue aujourd’hui aux Etats-Unis.

Il a dénoncé ce qu’il appelait « l’immonde amalgame entre résistance et terrorisme ». « Résister, disait-il, doit être, surtout en matière des droits et des libertés fondamentales, un acte salvateur, valorisé et glorifié. En créant cette confusion entre résistance et terrorisme, ont fait perdre de cette valeur que peut représenter la résistance. »

C’est vrai, il était à la pointe de la lutte contre l’islamophobie. Mais pour lui l’intégrisme était « une hydre dangereuse qu’il faut terrasser ». C’est pourquoi il avait souhaité que « le vent de la démocratie puisse emporter le régime des mollahs, qui est d’une monstruosité et d’une barbarie à la fois absolue et inacceptable».

Enfin Mouloud a lutté avec acharnement pour la protection des résistants iraniens du camp d’Achraf en Irak. Après les massacres perpétrés dans ce camp, il avait dit : « le blocus criminel d’Achraf est source de discrédit pour la communauté internationale et c’est une honte que nul ne peut tolérer ». Il disait : « Le combat pour Achraf représente pour moi et beaucoup d’autres un symbole, c’est un combat de dignité, c’est un combat de justice, c’est un combat dont l’enjeu est aussi l’universalité des droits de l’homme. »

Et pour Mouloud, l’universalité des droits de l’Homme c’était une valeur qui comptait.

Citant Albert Camus – « un peuple qui lutte est un peuple qui vit » – il disait : « les Achrafiens, comme les résistants iraniens, luttent. Ils ont soif de vivre. Et tous les défenseurs des droits de l’homme, pour qui les droits de l’homme sont un et indivisibles, ont le devoir moral et éthique d’être auprès de vous. »

Mouloud représentait aussi toutes ces valeurs. Et jusqu’au dernier moment, jusqu’à son dernier combat qu’il a mené courageusement contre la maladie, accompagné de son épouse, Annie, il est resté fidèle à ses engagements.

Pour tout cela, Mouloud restera à jamais dans la mémoire de notre peuple. Nous tenions à vous le dire aujourd’hui, le dire à son épouse, à ses enfants, sa familles, ses amis militants du MRAP et d’ailleurs, dire oui, Mouloud restera vivant dans nos mémoires mais aussi dans nos combats.

 

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