mercredi, juin 29, 2022

“Iran, la vie profanée”

Maryam RadjaviNCRI, 11 Octobre : Parmi les nombreux événements qui ont marqué la Journée internationale contre la peine de mort, une réunion de premier plan intitulée  « Iran, la vie profanée » organisée sous l’égide de Pierre Bercis, président des Nouveaux droits de l’homme, a rassemblé un panel de qualité pour parler du lot quotidien des Iraniens : les exécutions. Parmi les personnalités qui se sont exprimées au côté de Pierre Bercis, on peut citer Jean Kahn, ancien président de la commission consultative des droits de l’homme attachée à Matignon, Violette Daguerre et Mansour Mazroughi de la commission arabe des droits de l’homme,  Noëlle Châtelet, écrivain, le sénateur Jean-Pierre Michel, Stéphane Radjavi, juriste, Mgr Gaillot, et le Dr. Saleh Radjavi, représentant en France du CNRI.

A cette occasion,  Maryam Radjavi, présidente élue de la Résistance iranienne a adressé un message vidéo dans lequel elle aborde l’importance capitale des exécutions pour le régime intégriste de Téhéran, comme moyen de se maintenir au pouvoir, et la manière cruelle dont elles sont mises en œuvre. Elle propose ainsi « cinq regards » de cette tragédie que vit depuis vingt-cinq ans le peuple iranien. Elle s’attache ensuite aux valeurs humaines qui font la force de la résistance et rappelle que jamais ce mouvement n’a prononcé de peine capitale, même pour ses ennemis fait prisonniers ou les espions capturés. Elle réitère enfin que la peine de mort sera abolie dans l’Iran libre de demain. Nous vous proposons de retrouver ici le texte de cette intervention :

Nous célébrons aujourd’hui la journée internationale contre la peine de mort. Mon pays est aux mains d’un régime qui, par rapport à sa population, détient le record des exécutions, loin devant tous les autres. Comme l’a dit un poète iranien, mon pays est une « terre où le salaire du fossoyeur a plus de valeur que la liberté de l’homme ».

Permettez-moi de commencer par rendre hommage aux 120.000 martyrs, qui se sont levés en plus de vingt ans pour faire changer cette situation en Iran et qui ont été exécutés par la dictature religieuse. Les exécutions ne sont pas réservées seulement aux résistants. Pour des délits moraux, de drogue ou de vols, la peine de mort tombe sans pitié comme les amputations des mains et des pieds. L’exécution des filles et des garçons de moins de 18 ans, est une caractéristique de ce régime. En trois mois de présidence d’Ahmadinejad, il y a eu au moins 70 condamnations à mort et la plupart ont eu lieu. En vérité, c’est un peuple sous menace d’exécution. Je pense que le peuple d’Iran apprécie à sa juste valeur les efforts des défenseurs des droits l’Homme comme vous ici, parce qu’il fait face à un régime qui dépend des exécutions.
 
Il y a un quart de siècle, Khomeiny déclarait sur les exécutions que « tuer est une miséricorde ». En un mot, c’est la « sacralisation » des exécutions. Cela veut dire que les exécutions sont le secret de la survie des mollahs. Les exécutions pour la théocratie ne sont pas une sorte de châtiment, mais ce qui va permettre au régime de rester au pouvoir. Je vais essayer de vous montrer cette réalité en « cinq regards sur les exécutions » :

Premier regard : les exécutions dans la loi officielle des mollahs

Dans le code pénal ou les déclarations des autorités et des juges en Iran, les modes d’exécution les plus inhumains comme jeter dans le vide, ensevelir vivant sous un mur effondré, décapiter ou lapider, ont été formulés par écrit. La cruauté et la rapidité avec laquelle ces condamnations à mort tombent en Iran ne peuvent se comparer à aucun autre régime.

Deuxième regard : les exécutions extra judiciaires et hors d’Iran

Vous connaissez tous la fatwa de mort contre Salman Rushdie et les éditeurs de son livre, c’est un ordre incontournable pour les dirigeants de ce régime, Khomeiny puis Khameneï. En fait, les crimes en séries des écrivains et des dissidents en Iran et les attentats à l’étranger contre les opposants en exil, ont été commis sur ordre de fatwas lancées par des mollahs comme Khameneï, le guide suprême, Djanati, le président du conseil des gardiens, ou Eje’i, le ministre des renseignements actuel.

Troisième regard : L’exécution cruelle de la peine de mort

Dans le régime des mollahs, il est prévu dans la loi qu’avant de mourir, le condamné peut recevoir des coups de fouet. Il y a également l’amputation des mains et des pieds et même crever les yeux.  Violer les femmes ou vider de leur sang les condamnés avant de les exécuter, sont d’autres crimes commis contre les prisonniers politiques. Il y a deux mots dans la loi des mollahs : Taghtil et Edj’haz. Tous les deux signifient augmenter les douleurs des condamnés blessés, jusqu’à la mort.

Quatrième regard : exécuter pour créer un climat de terreur dans la société

Les exécutions publiques sont la méthode la plus courante ; même les corps des tués dans les affrontements de rues avec la police ou des victimes de la torture sont exposés dans les rues pour faire peur à la population. Le mois dernier, les corps brûlés de personnes arrêtées durant des émeutes à Ahwaz le 16 septembre et exécutées par la suite, ont été jetés devant chez eux pour faire peur aux familles et à la population.

Cinquième regard : Les exécutions massives par le mécanisme de la fatwa (sans procédure judiciaire)

En plus des assassinats en série du ministère des renseignements, il existe de nombreuses informations officielles et publiées sur l’exécution de dizaines de fatwa de mort contre des femmes, pour des prétextes moraux, à Machad, Kerman et Téhéran, qui ne reflète qu’une petite partie de la réalité.

Au début des années 80, avant le déclenchement de la résistance, Khomeiny a lancé une fatwa disant que la chasse à la vie et aux biens des Moudjahidine du peuple et de leurs sympathisants était ouverte et qu’on pouvait les tuer en toute liberté. Des exécutions massives ont suivi cette décision. En 1990 Mohammad Yazdi, devenu plus tard chef du judiciaire, a déclaré que ce « décret juridique concerne l’ensemble de l’organisation » pour enlever les doutes sur l’exécution des individus.

Mais ce qui constitue le crime le plus terrible contre l’humanité par les mollahs en Iran, c’est le massacre de 1988 où  Khomeiny a donné l’ordre écrit d’exécuter l’ensemble des Moudjahidine du peuple emprisonnés. Cet épisode a été qualifié par l’ancien rapporteur spécial de l’ONU comme la page la plus sombre des violations des droits de l’Homme en Iran. A cette époque, Montazeri qui était le dauphin de Khomeiny, a protesté. Il  lui a écrit que l’ « exécution de milliers de personnes en quelques jours » n’était pas juste. Mais Khameneï, Rafsandjani, Khatami et Ahmadinejad ont approuvé et participé à ce massacre. Aujourd’hui ceux qui ont commis ce massacre de 1988 sont les principaux membres du gouvernement du nouveau président des mollahs et Ahmadinejad lui-même est connu dans la presse internationale comme l’homme aux 1000 coups – aux mille coups de grâce.

Le peuple iranien et sa résistance cherchent à libérer leur pays des griffes de la dictature religieuse. Face à ce régime inhumain, la résistance iranienne a réussi à progresser en s’appuyant sur les valeurs humaines. Elle est l’antithèse de l’intégrisme islamiste dans tous les domaines.

C’est ainsi que le Conseil national de la Résistance iranienne est profondément attaché à tous les droits et à toutes les libertés de la Déclaration universelle des droits de l’homme et des conventions qui s’y rapportent. Nous sommes favorables à la fin de toutes les discriminations religieuses, ethniques et sexuelles, et pour la séparation de la religion et de l’Etat.

Nous sommes à l’opposé de ce régime misogyne et nous soutenons l’égalité des femmes et des hommes.
Nous essayons de confier aux femmes les responsabilités de la direction.

De même nous annonçons avec fierté que le mouvement de la résistance, même s’il mène depuis 25 ans un combat sanglant avec un régime sauvage, n’a pas prononcé une seule peine de mort, même pour des agents infiltrés de l’ennemi qui avaient torturé et  assassiné des membres de la résistance.
C’est un exemple unique dans l’histoire des mouvements de libération, car de la Résistance française jusqu’au Congrès national africain, selon les souvenirs publiés par des personnalités comme François  Mitterrand ou Nelson Mandela, ces cas étaient punis de la peine de mort.

C’est à cause de cette nature humaniste de la résistance que j’ai annoncé récemment que dans l’Iran libre de demain, la peine de mort sera abolie, tout comme l’ensemble des châtiments cruels, et nous y serons fidèles.

La dictature religieuse n’est pas seulement en guerre contre le peuple iranien, mais contre l’humanité.

J’appelle tous les défenseurs des droits de l’homme à soutenir l’aspiration de notre peuple à un changement démocratique et à nous soutenir dans notre combat pour la liberté en Iran.

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