dimanche, juin 20, 2021
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La minute qui a fait pleurer des milliers d’Iraniens

Par Mohammad Amine*

CNRI  – « Bonjour, je suis la fille d’Ali Reza Akbari, mon papa est instituteur. Il est en prison. Moi je croyais que la prison c’était pour les méchants, mais maintenant je sais que c’est pour les instituteurs. Ça fait vingt jours que je n’ai pas vu mon papa, que je ne l’ai pas entendu. Vingt jours que je n’ai aucune nouvelle, que je ne sais pas ce qu’il fait, à quoi il pense. Moi j’aimerais juste lui parler un tout petit peu,je voudrais l’entendre me dire qu’il va bien, seulement ça, oui, seulement ça ! »

 

Quand le 2 mai, Ellaheh, 10 ans, a lu ces phrases dans un rassemblement d’enseignants protestataires à Téhéran, des milliers d’entre eux avaient les larmes aux yeux. A cause de l’innocence de cette enfant, à cause des humiliations et de la violence émanant des mollahs, à cause des licenciements et des arrestations.

La libération de leurs collègues arrêtés est en tête des priorités des enseignants protestataires en Iran aujourd’hui. Mais leur mouvement a commencé à cause de leurs salaires misérables et des discriminations qui les touchent par rapport aux autres fonctionnaires. C’est un problème qui s’est aggravé au fil des ans ces 28 dernières années, de telle manière que 1.300.000 enseignants iraniens sont entrés dans la couche pauvre de la société. Leur salaire de base est d’environ 148 euros par mois. Ce n’est qu’après 30 années de travail, qu’un enseignant peut prétendre acheter une maison à crédit. Contrairement aux années passées, les enseignants ont vu leurs heures de travail augmenter sans contrepartie de salaire et ils ont donc perdu la possibilité de trouver un second emploi pour palier au manque.

Ces problèmes ont provoqué des mouvements de protestations. A plusieurs reprises, les enseignants se sont rassemblés devant le parlement des mollahs. Leur grève ce mois-ci a touché Téhéran et 15 provinces (sur trente). Les conséquences de ces grèves qui ont entraînés la fermeture des établissements scolaires, ont lancé un véritable défi aux mollahs.

Cette situation soulève une question importante : Pourquoi les mollahs refusent-ils d’examiner les revendications des enseignants, alors que les revenus pétroliers de 2006 qui représentent 56 milliards de dollars le permettent largement ? Certaines autorités affirment qu’elles sont préoccupées du fait qu’avec l’augmentation des salaires des enseignants, l’inflation augmenterait. Mais les experts rejettent cet argument. Ils disent que dans une société où les problèmes surgissent de toutes parts, les mollahs craignent qu’en répondant aux revendications des enseignants, ils ne fassent qu’amplifier à une grande vitesse le mécontentement qui échappera à tout contrôle. Les mollahs ont en mémoire la chute du chah. C’est pour ça qu’ils ont choisi la répression : l’arrestation des enseignants et leur libération sous une caution de 80.000 dollars, le licenciement des protestataires, le passage à tabac des gréviste et les menaces.

Les mollahs montrent qu’ils ne sont pas capables de régler les problèmes de la société iranienne. Les experts prévoient une aggravation des troubles sociaux dans les semaines à venir. Le mois dernier, les étudiants et les ouvriers ont également protesté à une grande échelle.

Beaucoup pensaient que si la communauté internationale adoptait une politique de fermeté vis-à-vis des mollahs, les Iraniens se rassembleraient derrière les mollahs. Or le développement des protestations populaires après l’adoption de la seconde résolution du Conseil de sécurité de l’ONU, prouve le contraire : la société iranienne veut se débarrasser de la dictature religieuse.

* Mohammad Amine, est un spécialiste de l’Iran qui écrit dans de nombreux médias internationaux

 

 

 

 

 

 

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