lundi, août 8, 2022
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Pour comprendre la chirurgie économique du régime, regardez les soulèvements

Pour comprendre la chirurgie économique du régime, regardez les soulèvements
Un Iranien tenant un panneau sur lequel on peut lire : « Si ce n’était pas à cause de la cherté de la vie, les gens ne seraient pas ici »

Les récentes manifestations à l’échelle nationale contre la hausse des prix de produits tels que le pain, l’huile de cuisson, les œufs et les pâtes ont commencé dans la province du
Khouzistan (sud-ouest de l’Iran) le 6 mai, où elles ont été accueillies avec violence par la police d’État et les forces anti-émeutes.

Comme toujours, le régime iranien a restreint l’accès à Internet pendant les manifestations. Selon la base de données NetBlocks, Internet a été interrompu dans certaines parties de l’Iran, notamment dans les zones où se déroulent les manifestations.

Depuis le 10 mai, date à laquelle le gouvernement d’Ebrahim Raïssi a augmenté le prix de quatre produits de base – le prix de l’huile de cuisson, en particulier, a bondi de plus de 400 % en une nuit – les manifestations de rue se sont étendues à au moins dix provinces. Le régime a tenté d’empêcher la propagation des protestations en recourant à la violence, ce qui a conduit dans certains endroits au massacre de manifestants. Malgré les meurtres et les arrestations généralisées, il n’y est pas parvenu. Les funérailles des victimes ont été le théâtre de nouveaux affrontements entre la population et les forces de répression des mollahs.

Les manifestations se sont immédiatement politisées et ont pris pour cible l’ensemble du régime et de ses dirigeants avec des slogans tels que « A bas Khamenei, à bas le dictateur » et « Nous ne voulons pas de mollahs au pouvoir ».

Issus de tous les milieux, les manifestants hurlent des slogans qui visent les hauts responsables du pouvoir théocratique, notamment le Guide Suprême, Ali Khamenei, et le président Ebrahim Raïssi. Il est évident que la protestation contre l’économie en difficulté est complémentaire d’une autre revendication principale : le renversement du régime.

Les manifestants ont scandé : « Khamenei est un meurtrier, son règne est illégitime », « Canons, chars, feux d’artifice, les mollahs doivent disparaître », « A bas Raïssi », « A bas le dictateur », « Ni capitulation ni humiliation, criez votre droit », « Raïssi menteur, qu’est-il arrivé à vos promesses vides », « Non au règne des pasdaran », « Ni Gaza ni le Liban, je sacrifie ma vie pour l’Iran ».

Dans les villes où des manifestations sont en cours, Internet est soit coupé, soit réduit à une bande passante très faible par le gouvernement dans une tentative de contrôler la diffusion des informations.

Ce qui a déclenché les protestations

La nouvelle série de protestations a débuté en Iran à la suite de l’augmentation rapide des prix des biens de consommation, notamment du pain et des pâtes. Si les prix ont connu une tendance à la hausse ces dernières années, ils sont montés en flèche peu après que le gouvernement d’Ebrahim Raïssi a supprimé le taux de change préférentiel, notamment pour la farine et le pain.

Auparavant, six produits de base, dont le blé, l’orge, le maïs, le soja, le pétrole brut et les oléagineux, étaient vendus sur la base d’un taux de change préférentiel, ainsi que certains médicaments et équipements médicaux. La décision du régime de mettre fin à cet arrangement a rendu la farine, le pain et d’autres produits de première nécessité beaucoup plus chers en Iran.

Le taux préférentiel était le taux de change officiel du pays, maintenu à 42 000 rials pour un dollar depuis 2018 et ostensiblement utilisé pour importer des matériaux essentiels tels que le blé et les médicaments. (Le taux de change réel fluctue entre 280 000 et 300 0000 rials pour un dollar). Mais les initiés du régime qui ont reçu des biens importés à un prix inférieur les ont vendus sur le marché en faisant des profits exorbitants. Les prix n’ont pas diminué de manière significative, et comme le régime n’avait pas assez de devises, il a commencé à imprimer de la monnaie.

L’impression de billets sans soutien a créé des liquidités bien supérieures au faible taux de production de l’Iran (3 %). Le régime a supprimé le taux de change officiel après avoir fait grand cas de la « lutte contre la corruption ».

Comme le taux de liquidité de l’Iran était supérieur à ses taux de production et d’emploi, l’inflation est devenue endémique, entraînant une hausse constante des prix.

Comme les responsables du régime savaient que la suppression du taux de change officiel pourrait certainement faire monter les prix, ils ont fait volte-face en mettant en œuvre leur soi-disant « opération économique ».

Alors que de nombreux économistes ont averti que la suppression du taux préférentiel entraînerait un « choc monétaire » et ferait bondir les prix, Raïssi a affirmé le 8 avril que le régime « ne créera pas de choc monétaire en supprimant le taux préférentiel. »

Mais la montée en flèche des prix parle d’elle-même. Depuis la suppression du taux préférentiel, le blé a augmenté de 100 % par rapport à il y a trois ans. Le prix de la farine est passé de 25 000 rials à près de 170 000 rials le kilo, et le coût des médicaments a été multiplié par dix.

Alors pourquoi Raïssi a-t-il fait cela ?

Contrairement au discours de culpabilisation de la République islamique, les sanctions occidentales ne sont pas à l’origine de la situation. Elle est le résultat de nombreuses années de politiques malavisées et dévastatrices, de corruption rampante et de détournements de fonds.

Aujourd’hui, le régime doit faire un choix. Soit subventionner les besoins les plus élémentaires de la population, soit continuer à financer sa répression à l’intérieur du pays, son ingérence étendue dans la région, son programme de missiles et sa volonté d’acquérir des armes nucléaires. Le régime a choisi la seconde solution. La corruption rampante et les détournements de fonds systématiques ont aggravé la situation.

Selon le quotidien officiel Eghtesad-e Ayandeh du 12 mai, le régime gagnerait environ 8 milliards de dollars en supprimant le taux préférentiel et en fixant un taux de change beaucoup plus élevé. La théocratie iranienne au pouvoir a besoin de chaque centime pour alimenter sa machinerie belliciste et terroriste et l’utiliser comme levier dans ses négociations nucléaires avec les puissances mondiales.

En outre, le régime gagne des milliards de dollars alors que les prix des biens de consommation continuent de monter en flèche. Le régime a « supprimé le taux préférentiel simplement parce que le gouvernement veut profiter de la différence de prix de cinq quadrillions de rials [près de 17 milliards de dollars] dans les biens de consommation. La prétention de dépenser de l’argent pour les gens est une plaisanterie amère », a reconnu le 10 mai le quotidien officiel Mostaghel.

Le gouvernement de Raïssi a promis d’accorder des subventions d’une valeur de quatre millions de rials aux Iraniens pendant deux mois afin de calmer les tensions. Mais comme les prix des biens de consommation continuent de grimper, cette somme d’argent n’aiderait en rien les Iraniens à joindre les deux bouts.

En outre, même si le régime donnait quatre millions de rials aux Iraniens en termes de subventions, l’inflation augmenterait encore plus, laissant les Iraniens sans rien pour acquérir leurs besoins de base.

Réactions

Les réactions ont été si graves que les médias officiels, étroitement contrôlés, ont commencé à mettre en garde le régime contre un nouveau soulèvement national. Ils reconnaissent également que les politiques économiques désastreuses du régime et sa corruption ont aggravé la situation économique critique de l’Iran.

La « chirurgie économique » du régime « tuerait l’économie iranienne malade« , selon le membre du Majlis (parlement des mollahs) Moinoldin Saadi, cité par la chaîne officielle ILNA le 14 mai.

Hossain Raghfar, l’un des économistes du régime, a qualifié ce plan de « nouvel épisode du pillage de l’économie iranienne que le gouvernement mène pour compenser le déficit budgétaire. »

« Seuls les Iraniens vont souffrir de cette décision. Ils ne peuvent pas tolérer cette pression financière et la flambée des prix. Nous devrions également faire attention à notre sécurité. La pression économique sur le peuple augmente certainement les protestations sociales et [les soulèvements]. Les récentes manifestations dans le sud-ouest de l’Iran en sont la preuve, et nous ne pouvons pas les ignorer« , a averti le quotidien officiel Mostaghel.

« Le gouvernement ne doit pas tester la tolérance des gens. La patience des gens a une limite. Ces mesures pourraient provoquer des incidents [soulèvements] comme ceux de 2018 et 2019, voire pire, car les gens voient leur vie mise en danger », a déclaré le 12 mai le quotidien officiel Bahar, citant le député Ghasem Saedi.

Le régime n’a jusqu’à présent pas réussi à tromper l’opinion publique. Le 15 mai, le journal officiel Etemand Online a cité Hojjat Abdolmaleki, ministre iranien du Travail, qui a déclaré qu’il y avait eu « plus d’un million de cas de protestations » en seulement quatre jours depuis la mise en œuvre du soi-disant « plan de modification des subventions. »

Le tableau d’ensemble

L’Iran a connu diverses protestations et au moins huit soulèvements de grande ampleur depuis décembre 2017. Lorsque le soulèvement de novembre 2019 a éclaté et que le régime a tué 1 500 manifestants pacifiques, le régime et le peuple savaient que la situation ne serait plus jamais la même.

Si le fait de considérer les protestations actuelles comme le résultat d’une crise économique ne représente pas à lui seul toute la réalité de l’Iran d’aujourd’hui, il est juste de dire que le pays traverse une transition socio-économique critique. En fin de compte, la véritable bataille dans les rues iraniennes porte sur deux versions complètes de l’Iran. Les mollahs au pouvoir veulent imposer une théocratie rejetée par l’écrasante majorité de la population. Le peuple, quant à lui, aspire à une république démocratique, laïque et non nucléaire, qui respecte les droits de l’homme, est en paix avec ses voisins et la communauté internationale et promeut l’égalité des sexes. Le régime veut se maintenir au pouvoir à tout prix tandis que le peuple cherche à le renverser complètement.

Rôle de la Résistance organisée

Les Unités de Résistance, affiliées au principal parti d’opposition, l’Organisation des Moudjahidine du Peuple d’Iran (OMPI), se sont développées dans tout le pays. Au cours de la dernière année civile perse (mars 2021 à mars 2022), elles ont mené plus de 2 230 campagnes anti-répression pour ouvrir la voie aux soulèvements. Ces derniers mois, le régime des mollahs a connu une nouvelle recrudescence du soulèvement populaire.

Depuis janvier, les Unités de Résistance ont mené plusieurs campagnes majeures perturbant les opérations des réseaux de radio et de télévision officiel, de son ministère de la propagande et du ministère qui pille les agriculteurs iraniens.

Les Unités de Résistance affiliées à l’OMPI ont diffusé des slogans et des extraits de discours de dirigeants de l’OMPI dans les artères et les lieux publics emblématiques des grandes villes, encourageant le soulèvement populaire dans le but explicite d’un changement de régime démocratique.

La quantité et la qualité de ces activités ne sont pas passées inaperçues dans les cercles dirigeants de Téhéran. Elles ont également conduit les citoyens ordinaires à multiplier les actes de bravoure dans les rues d’Iran. Le régime est dans une impasse. Plus il pille le peuple pour financer ses priorités terroristes et nucléaires, plus il suscite la colère de la population, et plus la perspective de son renversement est probable.

Chaque fois qu’ils manifestent, qu’il s’agisse d’enseignants réclamant leur salaire, de retraités réclamant une rémunération équitable ou de personnes endeuillées par l’effondrement d’un immeuble à Abadan, les Iraniens crient « A bas le dictateur » chaque fois qu’ils parviennent à se rassembler et à défiler. Ils sont conscients qu’il n’y a pas d’initiative économique ou de solution environnementale à leur misère, car une résistance de plusieurs décennies dans le pays et dans le monde entier a continué à pointer du doigt la racine du problème.

En l’absence de l’intention du Guide Suprême du régime de se plier aux demandes du peuple, les vagues de soulèvements ne connaissent plus de fin. Plus les protestations augmentent, plus le nombre de partisans de Khamenei diminue. Ce n’est qu’une question de quand, et non de si, quand un véritable changement sera jugé inévitable.

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