lundi, août 8, 2022

Iran, silence on pend

Par Nathalie Gillot

VSD, du 24 février au 2 mars 2011 – En janvier, 71 détenus ont été pendus dans les prisons iraniennes, dont de nombreux militants politiques. Elmira Vazehan, une mère de famille incarcérée depuis 2009, est la prochaine sur la liste, sa sœur Homeyra témoigne.

Lundi 14 février, lors d’un nouveau rassemblement à Téhéran, deux manifestants ont été tués par balles. Sans réelle réaction de l’étranger. « Tant qu’il n’ya aura pas de boycott économique ou diplomatique conditionné à la poursuite de ces exécutions, le régime se sentira libre d’agir dans  l’impunité, commente Homeyra Vazehan. Cette Iranienne, exilée en Allemagne et de passage en France, se bat pour que sa sœur aînée, Elmira, ne soit pas conduite à la potence.

Quel est le crime d’Elmira Vazehan. Le 27 décembre 2009, jour de l’Achoura, l’une des plus importantes fêtes chiites, les manifestants massés le long de l’avenue Enghelab de Téhéran, hurlent « Mort au dictateur » ! L’artère qui traverse la capitale iranienne d’est en ouest, s’est remplie de plusieurs centaines de contestataires, aussitôt dispersés à coups de matraque. Ces rues ont déjà été le théâtre de défilés monstres six mois plus tôt, en juin, au lendemain de la réélection contestée de Mahmoud Ahmadinejad. Le soulèvement populaire a durement été maté. Redoutant de nouveaux débordements, l’adjoint du chef de la police iranienne a averti : les forces de l’ordre agiront « sévèrement » contre tout « rassemblement illégal ».

Elira Vazehan, 48 ans, fait partie de ces manifestants. Munie de son téléphone portable, elle filme, prend des photos, en dépit de la police du régime, de ses agents en civil et de leurs séides, ces miliciens bassidjis qui pourchassent les groupes d’opposants et tabassent les plus récalcitrants au pied des immeubles. Des affrontements  éclatent dans le centre de Téhéran, puis jusqu’à la tombée de la nuit, autour de deux mosquées dans le nord de la ville. Le calme revient. Le lendemain, Elmira Vazehan se rend au cybercafé de son quartier, d’où elle envoie ses vidéos sur des sites d’opposition et sur YouTube. Quand elle regagne son domicile, des hommes sont là pour l’intercepter. Son mari, ses deux enfants, âgés de 23 et 27 ans, et elle-même sont embarqués. Elmira est conduite à la prison d’Evine, section 209, réservée aux prisonniers politiques, sous l’autorité directe du ministère du Renseignement. « C’est une femme ordinaire, qui menait une vie normale et qui a participé aux manifestations comme tous les autres », plaide Homeyra Vazehan.

Dans l’enceinte du centre de détention, un tribunal a jugé Elmira « ennemi de Dieu » et l’a condamnée à mort. Un an plus tard, en janvier dernier, deux hommes et une femme, interpellées eux aussi lors des troubles, ont été exécutés par pendaison. « La machine à tuer accélère la cadence », dénonce l’Organisation des Moudjahidine du peuple iranien (l’OMPI), premiers visés par cette nouvelle vague de répression. Fin janvier, Amnesty International a déploré la mise à mort de soixante et onze détenus en trois semaines, soit trois personnes par jour en moyenne.

« Ennemi de Dieu » (« mohareb » en persan) est un chef d’inculpation qui figure dans le code pénal iranien. « Sa définition a même été élargie récemment, relève Afchine Alavi, l’un des porte-parole de l’OMPI. Notre organisation est désignée comme « mohareb » et toute personne qui a lien avec nous ou qui a participé à une manifestation prétendument fomentée par nous, peut être condamnée à mort.  Ce qui fait qu’aujourd’hui, des millions d’Iraniens ayant manifesté sont considérés comme « ennemis de Dieu ». »

Après un mois de détention, les proches d’Elmira sont relâchés. Mais son dossier à elle s’est alourdi : les sbires du ministère du Renseignement ont exhumé leurs fiches. Y figurent le cursus de sa sœur et la trace d’autres membres de la famille. « A 15 ans, explique Homeyra, j’ai distribué des tracts en faveur des Moudjahidine du peuple, c’était en 1981, après la révolution islamique [1979, NDLR], à un moment où un minimum de liberté subsistait pour pouvoir mener ce genre d’activités. J’ai été arrêtée et emprisonnée durant quatre ans. Au début, j’ai été  maintenue six mois au cachot. J’ai été torturée. On me demandqit de condamner les Moudjahidine, d’insulter leurs dirigeants à la télévision. Je refusais. » Après quatre ans d’emprisonnement, la jeune femme, très malade, est subitement remise en liberté sans explication ni jugement. « Quand je suis sortie, je ne savais pas ce qui m’arrivait. Je me souviens que ma sœur Elmira, et mes parents sont venus me chercher. Après des mois d’hôpital, j’ai quitté l’Iran »,  raconte Homeyra Vazehan.

Dans la famille Vazehan, le souvenir d’un oncle ressurgit avec douleur. Ce militant des années quatre-vingt devrait être libéré, pourvu qu’ne somme d’argent soit déposée auprès du procureur, et que plusieurs personnalités se portent garantes, en signant un document.  « Tout était prêt, relate Homeyra. Notre mère a attendu jusqu’à midi. Au bout du compte, le chef de la prison, surnommé le « Boucher d’Evine », lui a tendu deux photos : l’une montrait le corps torturé de notre oncle, la seconde le présentait alors qu’il venait d’être pendu. « Il était ennemi de Dieu. On l’a libéré pour de bon ! » a lancé le chef.  Notre mère n’a pas  supporté ce choc. Elle a eu une crise cardiaque et elle est décédée quelques heures plus tard. Elle laissait deux enfants en bas âge. J’avais 21 ans. »

Pour Homeyra Vazehan, la contestation iranienne a inspiré les mouvements dans le monde arabe, en Tunisie et en Egypte. Mais si le régime de Téhéran a tenu, c’est précisément grâce à un degré très élevé de répression. « C’est pourquoi les mollahs, tout en  sachant que leurs jours sont comptés, accentuent la répression, déjà féroce depuis plus de trente ans. Le régime sent l’odeur de sa fin », assure-telle.

 

 

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