vendredi, décembre 3, 2021
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Le dernier rapport sur l’activité nucléaire de l’Iran devrait inciter à réviser la politique de l’UE

Lundi, l’Agence internationale de l’énergie atomique a publié son dernier rapport sur les activités nucléaires du régime iranien, avec en toile de fond les pourparlers en cours à Vienne visant à relancer l’accord nucléaire de 2015 entre Téhéran et six puissances mondiales, connu officiellement sous le nom de plan d’action global conjoint (JCPOA). Plusieurs jours avant cette publication, le directeur général de l’AIEA, Rafael Grossi, a jeté le doute sur les perspectives de cet objectif, déclarant par exemple aux journalistes qu’« il n’est pas possible » de relancer l’accord dans sa forme initiale maintenant que « l’Iran a accumulé des connaissances, a accumulé des centrifugeuses et a accumulé des matériaux. »

Le rapport de lundi a précisé que les connaissances sur l’étendue de cette accumulation sont limitées. On s’attendait à certaines limitations, compte tenu des efforts déployés par Téhéran pour réduire sa coopération avec l’AIEA pendant la période où les responsables du régime des mollahs ont tenté de faire pression sur les États-Unis pour qu’ils rejoignent l’accord. Mais pour autant que l’on sache en dehors de l’AIEA avant lundi, les récents obstacles au travail des inspecteurs nucléaires ont principalement consisté en leur manque d’accès à la surveillance vidéo des sites iraniens. Or, il s’avère que le régime des mollahs retient en fait une multitude de données enregistrées par d’autres appareils sur ces mêmes sites.

En raison de cette obstruction, le dernier rapport de l’AIEA, le premier depuis la mise en œuvre de l’accord, ne fournit que des estimations, et non des mesures réelles, de la quantité d’uranium enrichi que l’Iran possède actuellement dans ses stocks. Cependant, le rapport et les commentaires antérieurs de M. Grossi renforcent également la perception – partagée par de nombreux détracteurs du JCPOA – que même lorsque l’accord était pleinement en vigueur, il n’y a jamais eu d’image claire et fiable de l’état du programme nucléaire de Téhéran à un moment donné.

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Ce problème a été aggravé par les violations systématiques des dispositions du JCPOA par le régime des mollahs depuis que les États-Unis ont réimposé des sanctions, il y a plus de deux ans. Mais le problème trouve son origine dans l’accord lui-même, dans la faiblesse de ses mécanismes d’application, dans le fait qu’il néglige des questions connexes comme le développement de missiles balistiques par le régime des mollahs, et dans son rôle dans le renforcement des politiques occidentales de conciliation et de complaisance.

Cette approche complaisante était évidente dans la décision des négociateurs nucléaires américains et européens d’abandonner la question des travaux antérieurs inexpliqués de l’Iran, laissant ainsi en place d’énormes lacunes dans les connaissances concernant les « dimensions nucléaires antérieures » du programme nucléaire du régime. Quelques temps seulement après la mise en œuvre du JCPOA, les conséquences de cette décision ont commencé à se faire sentir.

En 2016, l’AIEA a mis en évidence des soupçons concernant de probables travaux nucléaires sur la base militaire de Parchin et a commencé à faire pression pour un « accès complémentaire » au site. Mais comme l’accord nucléaire n’imposait aucune obligation immédiate à Téhéran à cet égard, les autorités ont pu tenir les inspecteurs nucléaires à l’écart pendant des mois tout en assainissant le site, en cachant les preuves probables de progrès vers la capacité d’armement nucléaire, et en déplaçant probablement les opérations ailleurs.

Lorsque l’accès à Parchin a finalement été autorisé, l’AIEA a confirmé la présence de matières nucléaires résiduelles, mais n’a reçu aucune réponse satisfaisante des autorités iraniennes quant à l’origine ou à la finalité de ces matières. Depuis lors, au moins deux autres sites ont fait l’objet de soupçons similaires, et tous deux ont été soumis à un processus similaire de demandes, d’obstructions et de dissimulations, pour finalement aboutir à la confirmation de la présence de matières nucléaires, même si des informations détaillées à leur sujet sont restées insaisissables.

Dans ses propos précédant la publication du dernier rapport de l’AIEA, Rafael Grossi a critiqué sans détour le comportement de l’Iran concernant chacun de ces sites et la transparence nucléaire en général. « Ils savent qu’ils doivent fournir des explications« , a-t-il déclaré. « Nous leur demandons de faire la lumière sur toutes ces choses, car cela ne peut que les aider ».

Mais la perspective de voir Téhéran suivre ce conseil semble faible en l’absence d’un soutien européen clair et unifié à la position de Grossi. Jusqu’à présent, ce soutien a fait défaut, car les négociateurs européens se sont bornés à faire tout ce qu’il fallait pour rétablir les niveaux initiaux de conformité de l’Iran avec le JCPOA. Il reste à voir si leurs engagements persisteront à la suite des révélations de lundi sur l’ampleur de l’obstruction de Téhéran à la surveillance tout au long du processus, en particulier au cours des trois derniers mois.

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Malheureusement, les perspectives d’un changement de la politique européenne semblent également faibles. Bien que M. Grossi soit une source de critiques surprenantes et autorisées sur la position de Téhéran et les objectifs de l’Union européenne, cette dernière a sans doute négligé des révélations encore plus saisissantes pendant que le JCPOA était sous perfusion, notamment des révélations provenant des déclarations des mollahs eux-mêmes.

En février, le ministre iranien du Renseignement, Mahmoud Alavi, a exprimé la position de négociation de l’Iran dans des termes qui étaient très proches d’une admission ouverte des aspirations de Téhéran en matière d’armes nucléaires. Citant un édit religieux du Guide Suprême du régime, qui déclare soi-disant que les armes nucléaires sont taboues selon l’Islam, Alavi a déclaré : « La fatwa interdit la production d’armes nucléaires, mais s’ils poussent l’Iran dans cette direction, ce n’est pas la faute de l’Iran. Ceux qui ont poussé l’Iran dans cette direction seront à blâmer. »

En d’autres termes, Alavi a tenu ces propos aux médias officiels des mollahs afin de justifier la violation par le régime de ses propres principes déclarés en recadrant simplement cette violation comme des représailles contre les offenses supposées des adversaires occidentaux.

Dans une autre révélation des responsables du régime en janvier 2019, le chef de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique a déclaré à un média officiel que le cœur d’une installation d’eau lourde à Arak n’avait jamais été réellement désactivé comme l’exigeait le JCPOA. Au lieu de cela, du ciment a été versé dans un ensemble identique de tubes et l’AIEA a reçu des photographies modifiées du cœur. En novembre de la même année, le chef de l’AEOI, Ali Akbar Salehi, a déclaré dans une autre interview aux médias officiel que le régime avait mis en place des « contre-mesures » pour éviter d’être « piégé » par le respect à long terme des limites d’enrichissement de l’uranium.

Il est difficile d’imaginer qu’un décideur occidental, après avoir entendu cette menace et ces révélations, puisse plaider en faveur de concessions pour Téhéran sans pour autant adhérer à une stratégie de complaisance. Il est également difficile d’imaginer les négociateurs iraniens assister à la discussion de telles concessions à Vienne et en sortir avec autre chose qu’un sentiment d’impunité amplifié.

Cette impunité explique en grande partie pourquoi la position du régime iranien dans ces pourparlers n’a pas changé – il attend toujours des États-Unis qu’ils suppriment immédiatement toutes les sanctions réimposées et nouvellement imposées avant que l’Iran ne prenne des mesures pour revenir sur les progrès qu’il a réalisés depuis 2019, qui comprennent l’enrichissement d’au moins 2,4 kg d’uranium à 60 % de pureté fissile et la production d’une quantité similaire d’uranium métal, un élément clé du cœur d’une arme nucléaire.

L’impunité contribue également à expliquer pourquoi Téhéran s’est senti à l’aise de coupler sa position de négociation intransigeante avec un niveau de non-coopération internationale encore plus élevé que prévu lorsque les autorités ont annoncé pour la première fois qu’elles allaient réduire leur engagement avec l’AIEA. Maintenant que l’étendue de sa non-coopération a été révélée dans le dernier rapport de l’AIEA, il devrait être plus difficile que jamais pour les négociateurs européens de soutenir une posture conciliante à Vienne ou de prendre le régime iranien au sérieux lorsqu’il prétend être sincèrement intéressé par un accord acceptable pour toutes les parties.

En réalité, Téhéran n’a jamais voulu ce résultat et n’a jamais été contraint de s’y résoudre. En ne tenant pas compte des questions non résolues concernant les travaux nucléaires passés et en permettant au régime de limiter l’accès des inspecteurs au pays, les décideurs occidentaux ont involontairement créé un accord qui a été uniquement bénéfique au régime iranien et à son projet d’avancées nucléaires clandestines. Maintenant que même le directeur général de l’AIEA affirme que cet accord n’est plus tenable, il est certainement temps pour les négociateurs européens de reconsidérer leurs objectifs dans les pourparlers de Vienne et d’envisager sérieusement de changer de cap et de faire pression sur l’Iran pour qu’il accepte quelque chose de plus complet et de plus exigeant.

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