jeudi, février 25, 2021
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Que penser des luttes intestines au sein de la théocratie iranienne ?

La récente escalade des luttes intestines entre factions du régime iranien a incité les experts à tenter d’y voir claire. Les tenants de la politique de complaisance soulignent que les récentes remarques d’Hassan Rohani sur la nécessité de réviser la Constitution par référendum est un signe que l’élection de Joe Biden a donné à Rohani le pouvoir de défier ouvertement le guide suprême Ali Khamenei.

Ce raisonnement a ravivé l’espoir dans certains cercles politiques occidentaux qui considèrent que les soi-disant «modérés» sont en pleine ascension et que s’ils reçoivent suffisamment de concessions, ils seront en mesure de changer la politique du régime théocratique.

L’expérience factuelle des 41 dernières années montre clairement que toute euphorie sur les perspectives de changement de comportement par le régime iranien est sans fondement. Aucun changement ne s’est produit lorsque Khomeiny est mort en 1989, ou lorsque le soi-disant pragmatiste Ali Akbar Hashemi Rafsandjani est devenu président, ou lorsque Mohammad Khatami, surnommé par certains le Gorbatchev iranien a pris le pouvoir en 1997.

La vérité pure et simple est que les «modérés» du régime sont au pouvoir depuis 33 ans des 41 années d’histoire du régime ( soit 80% du temps). La répression la plus brutale et la plus répandue des opposants et des assassinats dans le pays et à l’étranger a eu lieu au cours de ces années.

En 1988, alors que le «modéré» Mir Hossein Moussavi était Premier ministre, le massacre de 30 000 prisonniers politiques, pour la plupart de la principale opposition iranienne, les Moudjahidines-e Khalq (MEK ou OMPI), a été perpétré. Des dizaines de dissidents iraniens ont été assassinés dans les capitales européennes et ailleurs par les escadrons de la morts de Téhéran lorsque Rafsandjani était président. Et les infâmes meurtres en chaîne d’intellectuels se sont produits sous la présidence de Khatami. Si c’est de la modération, qu’est-ce que l’extrémisme?

Enfin, le plus grand nombre d’exécutions a eu lieu pendant le mandat de Rohani, sans parler de la répression sanglante de deux soulèvements majeurs en décembre 2017 et novembre 2019.

Rohani était l’adjoint de facto de Rafsandjani lorsque ce dernier avait la charge de la guerre dévastatrice de huit ans contre l’Irak. À ce bilan sinistre, il faut ajouter la dissimulation et la tromperie du régime concernant le programme d’armes nucléaires, l’expansion du programme de missiles balistiques de Téhéran, les dizaines de milliards de dollars dépensés pour soutenir le régime criminel de Bachar al-Assad en Syrie, le financement et la formation des Houthis au Yémen, des milices terroristes chiites en Irak et l’envoi de milliers de missiles au Hezbollah au Liban.

Comme si cela ne suffisait pas, sous Rohani, le régime a comploté pour faire sauter un rassemblement de dizaines de milliers d’Iraniens et de ressortissants étrangers, dont des centaines de hauts responsables américains et européens actuels et anciens, à Paris en 2018. Un haut diplomate basé à Vienne du régime, Assadollah Assadi, a été pris en flagrant délit en train de livrer des explosifs dangereux de Téhéran sur un vol commercial, puis de conduire 1000 km de Vienne à Luxembourg pour le remettre personnellement à deux terroristes qui ont été chargés de le faire exploser pendant l’événement. Lui et ses trois complices sont maintenant en prison, en attente de leur condamnation par un tribunal belge.

La répression et le terrorisme font partie de l’ADN du régime, quelles que soient ses factions. Les querelles internes ne consistent pas tant à modérer le comportement qu’à gagner une plus grande part de pouvoir aux dépens des Iraniens ordinaires.

En ce qui concerne les questions stratégiques, telles que le programme nucléaire, l’exportation du terrorisme et la répression intérieure, il n’y a absolument aucune différence entre les factions du régime. Ironiquement, l’un des principaux responsables impliqués dans le massacre de la prison de 1988, Mostafa Pour-Mohammadi, était le ministre de la Justice de Rohani pendant son premier mandat. Et avec qui Rohani l’a-t-il remplacé lors de son deuxième mandat? Alireza Avayie, un autre responsable directement impliqué dans les meurtres de 1988.

Lorsqu’on a demandé au ministre de l’Intérieur de Rohani, Abdolreza Rahmani Fazli, pourquoi des manifestants avaient reçu une balle dans la tête et le cœur lors du soulèvement de novembre 2019, il a répondu effrontément: «Nous leur avons également tiré dans les jambes.» Pas moins de 1 500 manifestants, pour la plupart des jeunes, ont été abattus de sang-froid dans diverses villes d’Iran au cours de ce soulèvement sans précédent.

Alors que le régime s’affaiblit et devient plus vulnérable sous le poids des sanctions paralysantes, du mécontentement populaire face à la mauvaise gestion et à la corruption, et à la crise catastrophique du coronavirus, qui a coûté la vie à près de 200 000 Iraniens, les deux camps rivalisent pour trouver le moyen de sauver leur navire du naufrage.

Dans ces circonstances, il incombe à la communauté internationale d’adopter une posture ferme et d’exiger des comptes, mettant fin à près de quatre décennies de méfaits dans lesquels les mollahs se livrent en toute impunité. Pour une fois, le monde doit rester aux côtés du peuple iranien plutôt que de s’aligner avec telle ou telle faction d’une théocratie meurtrière.

(Ali Safavi (@amsafavi) est un membre de la commission des affaires étrangères du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI) basé à Paris)

 

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