mercredi, août 5, 2020
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EDITORIAL: La Suisse envoi un mauvais message au régime en Iran

Dr. Kazem Radjavi

Dans les années 1980 et 1990, des agents iraniens ont perpétré plusieurs assassinats brutaux d’opposants à travers l’Europe et l’Amérique du Nord. Depuis, les auteurs et les commanditaires échappent à la justice. Et si le procureur de la province de Vaud en Suisse va de l’avant avec son plan, il semble que les auteurs échapperont à la justice pour toujours.

Le procureur suisse a annoncé la semaine dernière que les charges contre 14 personnes impliquées dans l’assassinat de Kazem Radjavi, un éminent professeur de droit et militant pour la démocratie en Iran, dépasseront le délai de prescription le 17 juin et a ensuite changé la date au 31 juillet. Si aucun des 14 assassins n’est appréhendé avant cette date, ils ne pourront jamais être tenus responsables de leurs actes meurtriers.

Cela donne du crédit aux allégations selon lesquelles la décision est motivée par l’opportunisme politique à un moment où une grande partie de l’Europe a du mal à compenser les effets de la détérioration des relations entre l’Iran et les États-Unis.

Une telle manœuvre politique contraire à l’éthique n’est pas sans précédent. Deux des 14 conspirateurs de l’assassinat de Kazem Radjavi avaient été arrêtés en France en 1992, deux ans après l’embuscade meurtrière. Mais malgré une demande d’extradition vers la Suisse, le gouvernement français a libéré les suspects, citant grossièrement « l’intérêt national » de la France.

Pour le peuple iranien, il s’agit là d’un exemple clair de justice qui lui a glissé entre les doigts et d’un rappel amer de l’impunité du régime iranien en matière de droits de l’homme.

Immédiatement après la révolution iranienne de 1979, Kazem Radjavi a été ambassadeur auprès des Nations Unies. Au fur et à mesure que la vraie nature du régime nouvellement établi se faisait jour, il a démissionné et a rejoint l’opposition et est devenu représentant du Conseil national de résistance de l’Iran (CNRI) en Suisse.

Après le règne de terreur du régime en Iran dans les années 80, les Moudjahidine du peuple (OMPI), membre de la coalition démocratique du CNRI, ont été la cible d’une répression des plus violentes contre la dissidence menées par le régime clérical. L’assassinat du Pr Radjavi faisait partie de ces actions.

Rien qu’au cours de l’été 1988, 30 000 prisonniers politiques ont été interrogés sur leurs affiliations et exécutés sommairement. La grande majorité des victimes étaient des partisans de l’OMPI.

Le Pr Radjavi a travaillé sans relâche pendant une décennie auprès de l’ONU pour dénoncer les violations des droits de l’homme commises par le régime. Il mérite beaucoup de crédit pour avoir promu la première des nombreuses résolutions condamnant le bilan abyssal de l’Iran en matière de droits de l’homme.

La sensibilité précoce du monde à sa cause était prometteuse, mais elle a eu peu d’effets pratiques précieux au cours des 40 dernières années. L’évasion imminente de ses tueurs n’est que la dernière preuve de cela. Elle vient à la suite d’échecs récurrents à tenir les dirigeants iraniens responsables du massacre de 1988 et d’innombrables autres crimes contre l’humanité.

Si la Suisse déclare «l’affaire close» concernant le meurtre de Kazem Radjavi sur son sol, Téhéran jouira certainement d’une confiance renouvelée dans sa capacité de commettre impunément ses crimes et d’attendre simplement que le monde les oublie.

C’est un message dangereux à envoyer au premier État parrain du terrorisme au monde. Elle est rendue plus dangereuse par la situation cruciale actuelle, dans laquelle l’escalade des crises internes incite davantage le régime à s’accrocher au pouvoir par le biais de violentes répressions contre la dissidence.

En novembre dernier, les Iraniens ont participé à un soulèvement spontané contre la dictature théocratique. Les autorités ont répondu avec des balles réelles et ont tué environ 1 500 personnes en quelques jours. De tels crimes évidents contre l’humanité ne peuvent être soumis à des délais de prescription. De même, les assassinats des individus qui ont cherché à dénoncer de tels crimes ne peuvent pas non plus.

Le gouvernement suisse et la communauté internationale doivent s’engager à traduire en justice les auteurs de violations des droits de l’homme en Iran, pour empêcher que le régime ne s’enhardisse à commettre davantage d’atrocités. Ils peuvent commencer par renouveler les mandats d’arrêt contre les assassins du Pr Kazem Radjavi et faire clairement savoir que leurs actions ne seront pas oubliées par les défenseurs des droits humains, quel que soit le temps écoulé.

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