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L’Iran : Le soulèvement de novembre 2019 et ses amplifications

Dans la nuit du vendredi 15 novembre 2019, un soulèvement massif a éclaté dans plusieurs villes iraniennes après que les autorités du régime ont annoncé leur intention de tripler le prix du pétrole. Les manifestations ont duré environ une semaine et se sont étendues à plus de 190 villes dans les 31 provinces de l’Iran. Bien que les troubles aient été déclenchés par une hausse du prix de l’essence, les manifestants se sont levé le régime lui-même, source de politiques désastreuses. Le soulèvement de novembre 2019 a été sans précédent au cours des 40 dernières années, notamment en raison de son ampleur, de son rythme rapide, de la bravoure des manifestants et de leur volonté de risquer leur vie, et de la qualité de l’organisation qui l’a animée.

Les protestations avaient un caractère organisé et les manifestants ont immédiatement appelé à un changement de régime en scandant « A bas [Ali] Khamenei », « A bas [Hassan] Rohani » et « A bas la dictature » alors qu’elles affrontaient les forces répressives du régime. Selon les responsables du régime, des dizaines de centres de répression, tels que le Corps des gardiens de la révolution islamique (pasdaran), la milice Bassij, et les quartiers généraux de la police ont été attaqués ou incendiés. Des dizaines de responsables et de médias en Iran ont reproché à l’Organisation des Moudjahidine du Peuple (OMPI), la principale organisation d’opposition, d’avoir mené les manifestations par le biais de petites équipes, « unités de Résistance », et d’avoir fourni un soutien logistique, tactique, financier et de renseignement pour les unités de résistance qui ont influencé le cours des manifestations.

Portée des manifestations
Toutes les villes iraniennes d’un million d’habitants ou plus ont été le théâtre de manifestations et d’affrontements en novembre 2019. Les manifestations ont commencé dans les villes de la province du Khouzistan, dans l’ouest de l’Iran. Elles se sont rapidement étendues à des dizaines d’autres municipalités dans toutes les provinces iraniennes. Parmi les grandes villes qui ont été le théâtre d’importantes manifestations et de heurts, figurent Téhéran, Karaj, Shahriar, Ispahan, Shiraz, Tabriz, Ardebil, Ourmia, Racht et Sari, parmi beaucoup d’autres. Les responsables du régime et les médias officiels ont reconnu que le soulèvement a touché au moins 190 villes et villages.

Alireza Adyani, représentant du Guide Suprême, Ali Khamenei, près des forces de sécurité de l’État (FSE) à Téhéran, a déclaré à l’époque : « Les incidents de ces derniers jours ont été plus complexes et les dégâts collatéraux qu’ils ont causés sont plus palpables que ceux de 1999, 2008 et 2017. … En un jour, 165 villes dans 25 provinces et 900 endroits dans le pays sont devenus dangereux » (Bassij news, 21 novembre 2019). Le brigadier général Salar Abnoush, commandant du Bassij paramilitaire, a déclaré : « En tant que personne présente sur le terrain, je crois que seul Dieu nous a sauvés » (agence de presse ISNA, 21 novembre 2019). Le ministre de l’Intérieur, Abdolreza Rahmani Fazli, a souligné : « Samedi (16 novembre), il y a eu des heurts et des incidents à 100 endroits rien qu’à Téhéran. … Plus de 50 bases des forces armées ont été attaquées. »

Cibles

Dans presque tous les endroits où les manifestations ont eu lieu, les manifestants ont pris pour cible les symboles et les institutions du régime. Ils ont surtout ciblé les banques et établissements financiers affiliés à l’État. Parmi ces centres financiers du régime, il y avait la Bank Melli, la plus grande banque d’Iran avec 3 100 agences, et la Bank Mellat (appartenant à la SETAD de Khamenei), avec plus de 1 500 agences, la Ansar Bank (appartenant aux pasdaran) avec 1 100 agences, la Parsian Bank (dont les principaux bénéficiaires sont la SETAD de Khamenei et les pasdaran) avec 350 agences. Tous les autres centres qui ont été incendiés étaient affiliés aux pasdaran ou à Khamenei.

Étendue des dommages financiers subis par le régime
Les responsables du régime ont estimé à plus de 5 milliards de dollars les dommages subis par ses différentes institutions à la suite des attaques populaires. Les dommages financiers résultant de la censure temporaire d’Internet ont été évalués à environ 1,5 milliard de dollars. Au total, plus de 1 890 centres de répression, de pillage et de propagande d’État ont été attaqués.

Un véhicule des forces de répression incendié par des manifestants – novembre 2019

Ces chiffres incluent plus de 1 000 banques d’État, appartenant pour la plupart au Guide Suprême du régime, Ali Khamenei, et aux pasdaran. Au moins 41 centres officiels appartenant à des forces répressives comme les pasdaran, au moins 19 bureaux de religieux et séminaires, au moins 182 organes publiques et au moins 120 véhicules des forces de répression ont été endommagés ou brûlés. Le journal officiel Etemad a écrit que les jeunes de la seule ville de Shiraz avaient mis le feu à 76 banques.

La réponse du régime : Meurtre, torture
Le régime a censuré Internet le deuxième jour des manifestations pour perturber les communications entre les manifestants et empêcher que les rapports sur l’ampleur et l’intensité du soulèvement, ainsi que sur les atrocités commises par les pasdaran, soient communiqués au monde extérieur. L’arrêt a duré plusieurs jours avant que le service ne soit partiellement repris dans certaines régions. Les responsables des mollahs ont reconnu très tôt que même si les forces de sécurité de l’État (SSF) étaient en état d’alerte (puisque le régime avait prévu une certaine réaction de la population face à la hausse des prix du carburant), elles n’ont pas pu contrôler totalement la situation et ont même déserté certaines zones de tension par peur. Par conséquent, le régime a transféré le commandement complet aux pasdaran le lendemain, samedi 16 novembre, à 14 heures, heure locale.

Malgré tout, les manifestations se sont multipliées à un rythme sans précédent. Les responsables sont devenus tellement terrifiés par l’intensité des manifestations que le dimanche 17 novembre, à peine deux jours après le début des manifestations, le Guide Suprême du régime, Ali Khamenei, a ressenti le besoin d’intervenir personnellement et d’ordonner à ses forces de tirer à volonté. Il a publiquement ordonné aux responsables de réprimer plus activement les manifestants. Après cette injonction, les pasdaran ont commencé à viser la tête des manifestants pour les tuer sur place et infliger un maximum de pertes et effrayer la population.

Au final, au moins 1 500 manifestants ont été massacrés dans les rues. Plus de 4 000 ont été blessés et au moins 12 000 ont été arrêtés dans quelque 190 villes. Ce bilan est 60 fois supérieur au nombre de personnes tuées lors du précédent soulèvement de masse en décembre 2017, ce qui signifie à la fois la volonté croissante de la population de risquer sa vie pour s’opposer au régime et la peur de l’État et sa capacité réduite à contrôler la situation sans avoir à recourir à la violence brute.

Plus de 1 500 personnes ont été tuées lors du soulèvement national du peuple iranien en novembre 2019

Les forces de sécurité ont utilisé toute une panoplie d’armes contre les civils sans défense, notamment des matraques, des gaz lacrymogènes, des armes de poing, des armes automatiques, des tireurs d’élite, des canons à eau, des hélicoptères et même des mitrailleuses comme ce fut le cas dans la ville de Mahshahr. Selon le New York Times, « Rien que dans la ville de Mahshahr, dans le sud-ouest, des témoins et du personnel médical ont déclaré que des membres du Corps des gardiens de la révolution islamique (pasdaran) avaient encerclé, abattu et tué 40 à 100 manifestants – pour la plupart des jeunes hommes non armés – dans un marais où ils avaient cherché refuge ».

Le 6 décembre, le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Michelle Bachelet, a publié un rapport indiquant que « des images vidéo vérifiées indiquent que des violences graves ont été utilisées contre les manifestants, notamment des membres armés des forces de sécurité tirant depuis le toit d’un bâtiment du ministère de la Justice dans une ville, et depuis des hélicoptères dans une autre… Nous avons également reçu des images qui semblent montrer des forces de sécurité tirant sur des manifestants non armés par derrière alors qu’ils s’enfuyaient, et tirant sur d’autres personnes directement au visage et sur les organes vitaux – en d’autres termes, tirant pour tuer. Il s’agit-là de violations manifestes des normes et standards internationaux sur l’usage de la force, et de graves violations des droits humains ».

Amnesty International a déclaré : « De nombreuses séquences vidéo vérifiées et analysées par le Corps de vérification numérique d’Amnesty International montrent les forces de sécurité tirant sur des manifestants non armés. » « Ce nombre alarmant de morts est une preuve supplémentaire du fait que les forces de sécurité des mollahs ont commis une horrible série de meurtres », a déclaré Philip Luther, directeur de la recherche et du plaidoyer pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à Amnesty International.
Selon les informations recueillies par Amnesty International, « les familles des victimes ont été menacées et averties de ne pas parler aux médias, ou de ne pas organiser de cérémonies funéraires pour leurs proches. Certaines familles sont également contraintes de verser des sommes exorbitantes pour que les corps de leurs proches leur soient rendus ».
Les martyrs sont pour la plupart jeunes. Parmi les manifestants assassinés, il y avait même des adolescents de 13 ans. Parmi eux, on trouve par exemple Amir-Reza Abdollahi, 13 ans, à Eslamshahr, Nikta Esfandani, 14 ans, à Téhéran, et Armin Qaderi, 15 ans, à Kermanchah. Dans de nombreux cas, les forces répressive n’ont pas remis les corps des défunts à leurs familles et ont même refusé de les emmener au bureau du médecin légiste, préférant les enterrer dans des endroits inconnus.

Des enfants tués lors des manifestations en Iran en novembre 2019

Les personnes détenues ont été violemment torturées. En septembre 2020, Amnesty a publié un récit poignant sur la façon dont des milliers de personnes détenues en novembre 2019 subissaient des tortures médiévales dans les prisons iraniennes. Le rapport a souligné : « une torture généralisée comprenant des passages à tabac, des flagellations, des chocs électriques, des positions de stress, des simulacres d’exécutions, des tortures par l’eau, des violences sexuelles, l’administration forcée de substances chimiques et la privation de soins médicaux. » Il ajoute que des centaines de personnes sont soumises à des procès manifestement inéquitables sur la base d’accusations infondées en matière de sécurité nationale et que le régime a prononcé des condamnations à mort pour nombre d’entre elles.

Craignant que les manifestations ne s’arrêtent pas, le régime a eu recours à l’exécution de manifestants de novembre 2019 détenus, même un an après le soulèvement. En septembre 2020, un champion de lutte et manifestant détenu, Navid Afkari, a été sauvagement exécuté malgré les appels internationaux visant à empêcher l’exécution de ce jeune homme de 27 ans. Le régime utilise de tels actes barbares pour effrayer la population et pour empêcher de nouvelles manifestations.

Le rôle de l’opposition démocratique organisée

Un coup d’œil rapide sur les déclarations des dirigeants du régime et des médias officiels concernant le soulèvement de novembre 2019 montre clairement que les unités de Résistance du principal parti d’opposition, l’Organisation des Moudjahidine du Peuple d’Iran (OMPI), ont été au centre de la conduite du soulèvement. Ces unités de Résistance ont été formées il y a plusieurs années et se sont répandues dans tout le pays. Elles ont une grande expérience acquise sur le terrain à travers des milliers d’actes de protestation.

Deux jours seulement après le début du soulèvement, le Guide Suprême du régime, Ali Khamenei, a consacré une grande partie de son discours à qualifier les militants de « voyous » et de « mercenaires étrangers ». Soulignant le rôle de l’OMPI, Khamenei a déclaré : « Le collectif méchant et criminel des hypocrites (la référence péjorative du régime à l’OMPI) encourage et invite constamment la population sur les réseaux sociaux et ailleurs à commettre ces actes malveillants. »

Khamenei, toujours le 8 janvier 2020, a déclaré : « Dans le domaine de la sécurité, quelques jours avant les incidents de novembre … dans un petit pays d’Europe, un pays petit mais malfaisant et vraiment méchant, un élément américain a rencontré plusieurs mercenaires et traîtres iraniens et a commencé à comploter contre la République islamique. Leur plan est ce qui s’est passé quelques jours plus tard lors des incidents autour de pétrole. » Le « pays maléfique » auquel Khamenei fait mention est l’Albanie, où l’OMPI a construit son quartier général à Achraf-3. Khamenei faisait mention à une visite du général James Jones, premier conseiller à la sécurité nationale du président Barack, à Achraf-3, en Albanie, où il a rencontré Mme Maryam Radjavi, présidente élue du Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI).

D’autres hauts responsables ont également souligné les prouesses organisationnelles de l’OMPI et sa présence étendue en Iran. Hossein Ashtari, commandant des Forces de sécurité de l’Etat (FSE), a déclaré : « Nos enquêtes indiquent que dans les coulisses, les organisations anti-révolutionnaires et l’OMPI ont mené ces mouvements » (agence de presse Fars, 17 novembre). Le président du Majlis (Parlement des mollahs), Ali Larijani, a déclaré : « Après avoir entendu les paroles profondes et opportunes de Votre Excellence (Khamenei), les membres du Majlis considèrent qu’il est impératif de suivre la voie tracée par Votre Excellence, et nous devons nous coordonner davantage afin de priver les États-Unis, l’OMPI et les laquais antirévolutionnaires de l’opportunité de créer le chaos dans le pays » (Radio Farhang, 18 novembre). Le porte-parole de Hassan Rohani, Ali Rabei, a déclaré : « Le comportement des manifestants est tout à fait conforme à la politique des anciens terroristes que nous avions dans notre pays (c’est-
à-dire l’OMPI) » (Khabar News TV, 18 novembre).

Mohammad Mohammadi Reyshahri, membre de l’Assemblée des experts du régime et ancien ministre du Renseignement, a déclaré : « L’incendie des biens du peuple et les destructions qui ont eu lieu ont été faites par l’OMPI et les antirévolutionnaires. Les manifestants ne mettent pas le feu à leurs propres biens. L’OMPI préparait des émeutes depuis plusieurs mois » (Defa Press, 18 novembre). Hassan Rohani a déclaré : « Il est devenu évident que les émeutiers étaient peu nombreux. Cependant, ils étaient organisés, avaient des plans et étaient armés » (site officiel de Rohani, 20 novembre). Le porte-parole du Conseil de présidence du Majlis, Assadollah Abbasi, a déclaré : « Ali Shamkhani, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, a déclaré lors d’une réunion à huis clos du Majlis qu’un certain nombre d’individus qui ont provoqué la population dans les rues avaient été identifiés. Il est devenu évident qu’ils sont en contact avec l’OMPI » (agence ILNA, 17 novembre).

Le chef de la force paramilitaire du Bassij affiliée aux pasdaran, Gholamreza Soleimani, a déclaré : « L’OMPI a des cellules (unités) dans notre pays. Et dans d’autres pays aussi, les agents et l’OMPI qui sont liés aux États-Unis nuisent aux intérêts du public » (site web Tabnak, 18 novembre). Le quotidien officiel Jomhouri Eslami a rapporté le 18 novembre que « le commandant du corps Fajr affilié aux pasdaran dans la province de Fars dit que les chefs des émeutes avaient des liens avec l’OMPI ».

Free Iran rally in MEK base Ashraf 3 in Albania

Le quotidien Jomhouri Eslami a écrit dans son éditorial du 20 novembre : « L’ampleur des destructions était si vaste et les actions ont été menées avec un tel professionnalisme qu’il était évident qu’un réseau bien formé et bien équipé était à l’œuvre, qui bénéficiait d’un soutien financier et d’un solide service de renseignement. »

Ali Shamkhani, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, a déclaré : « Je crois que 34 membres de l’OMPI ont été arrêtés à ce jour. Un vaste réseau d’individus, opérant non pas sous le nom de l’OMPI, mais poursuivant leur ligne et leur modus operandi, a également été identifié » (Defa’ Press, 24 novembre).

Principales caractéristiques

Les principales caractéristiques du soulèvement national de 2019 qui a ébranlé les fondements du régime sont les suivantes :

1. Les protestations se sont répandues à un rythme sans précédent, prenant même le régime par surprise et révélant une rage publique profondément ancrée contre lui, prête à éclater à tout moment ;

2. Les slogans et les actes de protestation ont rapidement pris pour cible le régime dans son ensemble ;

3. Le rôle de premier plan joué par les femmes et les jeunes a été visible et a eu un impact considérable ;

4. Le soulèvement a montré que le renversement du régime est possible ;

5. Le public a ciblé les principaux symboles de la répression, du vol et de la corruption. Les manifestants n’ont procédé à aucune destruction ou pillage de maisons privées ou de lieux d’affaires ;

6. Le peuple considère le régime et toutes ses factions comme illégitimes ; c’est pourquoi les éléments dits « réformistes » se sont joints aux « partisans de la ligne radicale » pour appeler à la répression du soulèvement ;

7. La faiblesse et la fragilité du régime, qui se manifestent par son usage barbare et généralisé de la force brute, ont été rendues encore plus évidentes aux yeux du peuple ;

8. Les protestations étaient très organisées et le rôle de l’opposition organisée a été essentiel pour approfondir et prolonger le soulèvement.

Le soulèvement de novembre 2019 a mis en évidence le conflit actuel entre le peuple iranien et la théocratie au pouvoir. Ce conflit est devenu beaucoup plus intense et étendu. Le régime est manifestement craintif et en phase terminale. Son renversement est à portée de main et, confiant dans cette issue, le peuple iranien poursuit un avenir démocratique en multipliant les protestations et les

 

 

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