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La présence de Mogherini aux cérémonies de la 2nde investiture de Rohani encourage l'impunité iranienne

Par : Alejo Vidal-Quadras
Alejo Vidal-Quadras pilonne Mme Federica Mogherini pour sa présence aux cérémonies de la 2nde investiture de Hassan Rohani, accompagnée par une série de révélations qu’il qualifie de "moralement et politiquement inconcevables". L’ancien vice-Président du Parlement européen précise que l'UE ferait mieux d’ouvrir les yeux sur les excès réels en Iran, plutôt que de se réconforter des promesses agréables d’une petite faction du régime iranien.

Mercredi 2 août, Amnesty International a publié un nouveau rapport sur les violations systématiques des droits de l'homme commises par la République islamique d'Iran.

On pourrait s'attendre à ce que les rapports de l'organisation contribuent à faire pression sur les pôles de décision internationales pour les orienter vers la nécessité d'affronter un régime répressif à Téhéran.

Peu importe, cependant, les informations qui nous parviennent sur la véritable nature de ce régime, il apparaît que certains ont du mal à se détacher de la posture conciliante qui a défini les relations occidentales avec l'Iran au moment de l'accord nucléaire de 2015.

Le plan d'action global sorti en commun de cet accord a été jugé en partie comme un succès, pour la bonne raison que plusieurs dirigeants européens, et le président américain Barack Obama, ont cru que ce plan d’action allait favoriser un plus large rapprochement entre l'Iran et la communauté internationale.

Des discussions sérieuses ont d’ailleurs été engagées sur la possibilité d’une modération de la politique iranienne, après avoir montré à l’Iran les avantages d’une collaboration avec la communauté internationale.

Une grande partie de cette discussion a été motivée par les positions supposément modérées du Président iranien Hassan Rohani, qui a pris ses fonctions en 2013. Ces positions ont joué un rôle déterminant dans l'obtention de l'accord nucléaire.

En mai de cette année, Rohani a été réélu pour un deuxième mandat, qui débute cette semaine. Toutes les promesses de réforme qu’il avait répétées pendant les quatre dernières années ont réapparu dans le contexte de sa campagne électorale et ont été reprises par certains gouvernements européens.

C’est d’ailleurs ce qui ressort de l’annonce du départ de la haute représentante de l'Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Federica Mogherini, à Téhéran le 5 août pour assister aux cérémonies célébrant la seconde investiture de Rohani.

On ne pourrait mieux transmettre ce mauvais message : l’Union européenne regarde encore le Président iranien comme un acteur des changements positifs dans son pays, bien qu’il n’en a rien été tout au long des quatre dernières années !

Le rapport d’Amnesty International remet cruellement en relief ce syllogisme, en soulignant que la République islamique s’est engagée dans une "répression vicieuse" des activistes des droits de l'homme et des dissidents sociopolitiques tout au long du premier mandat de Rohani.

Les autorités iraniennes, surtout dans les Gardiens de la Révolution et le ministère des Renseignements, ont progressivement élargi la fourchette des délits considérés comme crimes de sécurité nationale. Le pouvoir judiciaire supposé indépendant s’est également joint à ce resserrement en prononçant des verdicts de plus en plus graves contre des activités qui ne seraient pas considérées comme illégales dans n’importe quel pays civilisé et démocratique.

Amnesty International s’est référée dans ce rapport à des cas bien précis, dans lesquels les militants des droits de l'homme ont écopé de peines supérieures à 10 ans de prison, simplement pour avoir communiqué des abus à la communauté internationale.

Ce rapport est une vision globale de l'état actuel des droits de l'homme dans ce pays, dans un appel bien compréhensible à une action urgente. Son contenu est cependant loin d’être une surprise pour quiconque qui aurait accordé une attention particulière aux affaires iraniennes ces dernières années. Il va sans dire que toute personne qui aurait voulu répondre à une invitation aux cérémonies de la 2nde investiture de Rohani aurait dû avoir accordé une telle attention au cours de ces années.

Même ceux des citoyens iraniens qui ont abordé avec optimisme la première campagne électorale de Rohani, ont été rapidement déçus face à une flambée alarmante des pendaisons.
Cette désillusion a continué à se développer quand Rohani a dévoilé sa vision sur la pire période des exécutions lors de ces 25 dernières années, en mettant un individu qui a joué un rôle de premier plan dans le massacre des 30 000 prisonniers politiques au cours de l'été 1988, à la tête de son ministère de la Justice !

Il est pour le moins choquant que le gouvernement de Rohani ait toujours bénéficié du soutien de tous les grands politiciens occidentaux après la nomination de Mostafa Pourmohammadi à ce poste.
Le choc a été d’autant plus, quand ce soutien est resté intact, malgré les déclarations de l'année dernière du ministre de la Justice, soulignant qu'il était fier de son rôle dans le massacre, qui visait à mettre à exécution le « Commandement du Seigneur » pour éradiquer tous les partisans du groupe iranien d'opposition, l'Organisation des Moudjahidine du peuple de Iran (OMPI / MEK).

Il est vraiment bien plus choquant de constater à quel point les fonctionnaires occidentaux sont toujours disposés à assister aux cérémonies d’investiture de Rohani, malgré le rapport d'Amnesty qui met en évidence que ce dernier n'a pas répondu aux attentes naïves de la réforme.

Pour aggraver les choses, ce rapport tombe au moment d’une nouvelle flambée des pendaisons dans cette République islamique qui a déjà le record du plus grand taux d'exécutions per capita au monde. En juillet seulement, au moins 101 personnes ont été pendues, d'autres étant probablement tuées en secret.

Maryam Rajavi, la Présidente de la coalition d'opposition iranienne, le CNRI, a répondu à cette nouvelle vague d'exécutions en disant qu'une telle barbarie en bonne et due forme au 21ème siècle est
un excellent test pour la communauté internationale, dans lequel elle prouvera à quel point elle adhère aux principes universels des droits de l'homme ou alors elle sera prête à les sacrifier à l’autel des intérêts économiques et politiques.

La dictature religieuse des mollahs est la disgrâce de l'Humanité contemporaine et elle doit être rejetée par la communauté internationale, a ajouté Mme Radjavi.

Des membres du Parlement européen ont également critiqué la visite prévue de Mogherini en Iran après le rapport d'Amnesty International.

Assister aux cérémonies de la 2nde investiture de Rohani au milieu de toutes ces révélations est un geste moralement et politiquement inconcevable.

Ce geste envoie exactement un message contraire à nos engagements internationaux ; un message qui veut que l'Union européenne ferme les yeux sur tous les excès tant que des promesses agréables continueront d’émaner d’une petite faction du régime iranien.

Est-ce vraiment l'image que les grands politiciens de l'UE veulent transmettre d'Europe au citoyen moyen dans les rues de Téhéran?

Alejo Vidal-Quadras est un professeur espagnol de physique atomique et nucléaire. Il a été vice-Président du Parlement européen de 1999 à 2014. Il est actuellement président du Comité international de Recherche de Justice (ISJ) basé à Bruxelles.

 

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