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Manifestations en Iran : Les racines et les perspectives

Janvier 2018

Aperçu
Le 28 décembre 2017, des milliers d'habitants de Machhad, deuxième plus grande ville d'Iran, se sont rassemblés sur la place Shohada, en face de l'hôtel de ville, pour protester contre la hausse du prix des biens de première nécessité. Avant le début du rassemblement, plusieurs forces répressives ont été postées sur la place, mais la population les a repoussées et a commencé à manifester. Ce fut le début d'un soulèvement dans 142 villes de 31 provinces, qui a ébranlé le régime par son ampleur, son expansion rapide et les exigences radicales de changement.

Les manifestations récentes, loin d'être de courte durée, spontanées et ponctuelles, ont été un mouvement profond et très enraciné dans la société iranienne. Cela a mis en évidence les défis sérieux auxquels le régime est confronté. Il y a des différences majeures en comparaison avec le soulèvement de 2009.

La cause
L'insurrection a été déclenchée par les pressions économiques, la pauvreté, la misère, la cherté de la vie et le chômage. Par conséquent, ce qui a déclenché les manifestations est très profond. Elles ne disparaîtront pas facilement. Le régime est incapable de gérer la crise et il risque d’avoir d’autres irruptions de colère. Les responsables du régime, notamment le Guide Suprême Ali Khamenei, ont été conscients de la crise économique, mais n'ont rien pu y faire. C'est pour cela que ce qui s'est passé au tournant de l'année n'est que le début et non la fin d’un mouvement pour un changement de régime.

En outre, la cause des manifestations ne se limite pas au seul facteur économique. Il y a d'autres questions importantes qui contribuent à la situation explosive de la société. Parmi ces facteurs, il y a la répression des droits les plus fondamentaux de la population, la liberté d'expression et de réunion, les restrictions sociales et l'interférence avec les aspects les plus privés de la vie sociale de la population, le maintien en détention, la torture et les exécutions de dissidents, la demande populaire croissante de rendre des comptes concernant les exécutions massives passées, en particulier le massacre des prisonniers politiques en 1988, les inégalités et les discriminations dont sont victimes les femmes, les minorités religieuses et ethniques et la participation croissante du régime aux guerres étrangères avec de lourdes conséquences intérieures. Il est également vrai que les exigences économiques en Iran se transforment rapidement en revendications politiques radicales.

Composition
La partie la plus démunie de la société, « l’armée des affamés » et des jeunes chômeurs, la classe moyenne inférieure, ont été le moteur des manifestations. C'est important, car pendant de nombreuses années, ces secteurs de la société ont été considérés en Occident comme la base du régime.

La classe moyenne, dans la mesure où elle existe encore en Iran, avait déjà exprimé son mécontentement contre le régime et son désir de le renverser, même pendant le soulèvement de 2009. Ainsi, le régime fait face à un sérieux défi imposé par toute la population, avec une force intérieure, qui, en se heurtant au régime, n'a rien à perdre ou très peu.

Géographie
Un aspect important des manifestations est leur localisation géographique ; elles ont lieu dans toutes les villes du pays – y compris dans les provinces où les minorités ethniques sont plus nombreuse – qui se battent toutes pour le même objectif : le renversement du régime et l'établissement d'une république fondée sur la séparation de la religion et de l'État. Selon les informations fournies par le réseau de l'Organisation des Moudjahidine du Peuple d'Iran (OMPI ou MEK) à l'intérieur du pays, il y a eu des manifestations dans plus de 141 villes et villages à travers l'Iran, et rien que sur les cinq premiers jours il y a eu plusieurs centaines de protestations et d'escarmouches anti-régime à travers l'Iran.

C'est l'un des facteurs majeurs qui a pris le régime de cours. En comparaison, le soulèvement de 2009 s'est essentiellement limité à Téhéran et quelques grandes villes, ce qui a permis au régime de concentrer sa répression dans la capitale.

Slogans et revendications
Un autre aspect des manifestations, qui a ébranlé davantage l'ensemble du système, a été la vitesse à laquelle elles se sont répandues dans tout le pays et la radicalisation des revendications en une ou deux journées. Les slogans expriment le ressentiment de la population, exposant la vulnérabilité du régime bien au-delà des arguments avancés par de nombreux analystes Occidentaux. Les slogans tels que « Mort à Rohani », « Mort à Khamenei », « Les religieux doivent partir », « Quittez la Syrie, pensez à nous », « Pas Gaza, Pas Liban, ma vie pour l’Iran », « Les prisonniers politiques doivent être libérés » et « Réformistes, radicaux, c’est la fin de votre jeu », ont été largement entendus en Iran.

Le slogan populaire dans toutes les villes du pays ciblait l'ensemble du régime, sans faire de distinction entre les réformistes et les radicaux. Depuis des années, les gouvernements Occidentaux justifient la politique de complaisance par la fausse idée d’un chimérique soutien à la faction modérée au sein du régime. La population iranienne s’est exprimée haut et fort là-dessus.

Rejet de la politique régionale du régime
Deux des slogans les plus populaires ont ciblé la politique du régime dans la région. Il s'agit là d'un autre facteur important pour évaluer la situation actuelle en Iran et l'ampleur de la crise dans laquelle le régime est empêtré. Pendant des années, Téhéran a continué à s'ingérer dans d'autres pays de la région pour dissimuler son incapacité en interne.

Aujourd'hui, ce qui semblait autrefois être la force du régime révèle sa vulnérabilité. Les mollahs ont du mal à se mobiliser pour intervenir à l’étranger et s’appuient de plus en plus sur leurs supplétifs régionaux, ce qui leur coûte énormément. Téhéran alloue des milliards de dollars en revenus pétroliers et gaziers à l'ingérence dans les pays de la région, notamment en appuyant le régime d'Assad en Syrie, le Hezbollah libanais, les milices chiites islamistes en Irak et au Yémen. Les avantages que l'on pensait pouvoir tirer de la levée des sanctions via l'accord nucléaire n'ont pas été perçus par les Iraniens ordinaires. Par conséquent, l'ingérence du régime dans d'autres pays devient de plus en plus un cauchemar pour le régime lui-même. Cela contribue au mécontentement populaire croissant.

La ligne directrice des manifestations
En examinant la littérature des différents groupes ou spécialistes iraniens à l'intérieur et à l'extérieur du pays, on peut saisir que le seul mouvement qui a parlé de la possibilité d'un nouveau soulèvement et qui a travaillé sans relâche pour atteindre cet objectif est le Conseil National de la Résistance iranienne et sa principale composante, l’OMPI. Les rapports annuels du CNRI des trois dernières années ont constamment dépeint la situation explosive en Iran et ont proposé la mise en place de « 1000 Ashraf » ou 1000 centres de rébellion comme le cœur de sa stratégie pour organiser et fomenter le soulèvement. Particulièrement en 2016, des milliers de petites manifestations portant sur des revendications liées au travail, à la corruption et surtout au pillage de l'épargne de millions de déposants par des institutions financières accréditées par le gouvernement, pour la plupart affiliées aux pasdaran, ont eu lieu dans tout le pays, jetant les bases de ce qui a déclenché le 28 décembre 2017.

Un autre facteur important, qui a contribué à la vague de protestations, a été l'expansion du réseau de l’OMPI en Iran et, en particulier, la « campagne pour exiger des comptes » concernant le massacre en 1988, au cours duquel quelque 30.000 prisonniers politiques, principalement des membres de l’OMPI ont été liquidés dans les prisons iraniennes et enfouis dans des fosses communes. Ce mouvement, qui s'est accéléré après le départ des membres de l’OMPI d'Irak vers l’Albanie, a brisé un tabou en Iran, et le massacre des membres de l’OMPI s'est transformé en une cause sociale.

Ainsi, l'une des différences flagrantes entre les manifestations de 2009 et les manifestations actuelles est que cette fois-ci, il n'y a absolument aucun lien entre les manifestants dans la rue et une faction quelconque du régime ou toute personne visant un objectif autre que le renversement du régime. Leurs slogans sont différents. Il n'y avait même pas un seul slogan similaire à celui des manifestations de 2009. L’attitude des manifestants est très différente, plus combatifs et prêts à prendre le risque. Les manifestants ont clairement rejeté l'appel de ceux qui préconisaient plus d’indulgence vis-à-vis du régime.

Le rôle de l’OMPI
Le 9 janvier 2018, Khamenei a évoqué la manifestation et a accusé l’OMPI d’être la force en Iran qui a organisé les manifestations. Il a affirmé tenir ces informations sur la base de renseignements précis. Il a ajouté que l’OMPI avait d'abord organisé des manifestations sous la bannière de « non à la vie chère », ce qui a attiré la population. En outre, il a accusé les États-Unis d'avoir conspiré pour provoquer les manifestations et a affirmé qu'un pays arabe les a financées.

Khamenei a ajouté : « Je voudrais dire qu'il y avait un triangle actif dans les troubles récents. Cela ne date ni d’hier, ni d’aujourd'hui, c'est un travail organisé. Il existe des informations au sujet de ce que je vous dis [rôle de l’OMPI]. Maintenant, certaines sont évidemment tirées de leurs propres propos, d'autres ont été obtenues grâce au travail du Renseignement. »

Avant lui, Hassan Rohani, le Président du régime, dans un acte peu diplomatique, a téléphoné au président français Emmanuel Macron pour l’exhorter de restreindre les activités du CNRI et de l’OMPI en France , leur reprochant d’être à l'origine des troubles en Iran.

Plusieurs autres hauts responsables et personnalités du régime ont attaqué l’OMPI pour son rôle moteur dans les manifestations.

Répression
Comme tous les dictateurs, pour réprimer les manifestations populaires, le régime a eu recours à une répression impitoyable. Au moins 50 personnes ont été tuées. Selon certaines informations, au moins cinq manifestants auraient été tués en détention sous la torture. Les responsables du régime ont reconnu que certains manifestants avaient été tués en détention, mais ils ont déclaré de façon grotesque qu'ils étaient tous des toxicomanes et qu'ils s'étaient « suicidés ».

Selon les informations obtenues par le réseau de l’OMPI en Iran, le régime aurait procédé à l’arrestation de plus de 8000 manifestants, dont beaucoup ont été arrêtés chez eux. Un membre du Majlis (parlement du régime) a déclaré que 3 700 personnes ont été arrêtées (médias officiels, 9 janvier 2018).

Craignant une forte réaction de la population pendant les manifestations, les Gardiens de la révolution, épaulés par des agents du ministère du Renseignement (VEVAK), ont procédé à des arrestations massives hors du voisinage des manifestations elles-mêmes. Les pasdaran et les agents du VEVAK ont contacté d'anciens prisonniers politiques, des familles des membres de l’OMPI et de toute personne soupçonnée d'être militante, les obligeant à s’engager par écrit à ne pas participer aux manifestations.

Le 1er janvier, le chef du pouvoir judiciaire, Sadegh Larijani, a exigé « la fermeté de la part des procureurs de l’Etat islamique ».

Le 2 janvier, le Président du tribunal révolutionnaire de Téhéran, Mousa Ghazanfar Abadi, a averti que le ministère de l'Intérieur considérait comme illégales les manifestations et que ceux qui continuaient à manifester encourraient de lourdes peines. Il a menacé que les dirigeants et organisateurs de la manifestation pourraient être accusés d'« inimitié contre Dieu » (moharebeh), qui est passible de la peine de mort.

Pour empêcher les manifestants de se rassembler, les nervis en civil ont été postés sur toutes les grandes artères et rues de Téhéran et d'autres villes.

Par ailleurs, il faut noter un fait significatif : des dizaines de membres du Bassij, la force paramilitaire du régime, et d’autres forces de sécurité ont refusé de participer à la répression contre la population. Des Bassijis se sont même filmés brûlant leurs cartes de membre du Bassidj et les ont postés sur les médias sociaux.

Le rôle des media sociaux
Les Iraniens ont utilisé des applications de messageries comme Telegram pour fixer les rendez-vous des rassemblements du lendemain. Les dates et les heures des rassemblements étaient rapidement diffusées via des applications similaires sur les téléphones portables. En l'absence d'une presse internationale libre en Iran, les médias sociaux ont joué un rôle essentiel dans la diffusion de scènes de protestations et de répression au reste du monde. Des centaines de clips saisissantes, notamment des scènes d'Iraniens détruisant les portraits de Khamenei ont été publiés sur Twitter et Instagram, reflétant les véritables sentiments de la population Iranienne. Le régime s’est alors empressé de bloquer Telegram et restreindre l’accès à Internet.

Conclusion
Les messages les plus importants des manifestations sont:

• La société iranienne est dans un état explosif, et pourrait éclater à tout moment.

• Contrairement aux idées reçues en Occident, le régime des mollahs se trouve dans un état fragile, et est plus vulnérable et plus faible que par le passé. Le régime a épuisé toutes ses ressources et en fin de course. Le renversement du régime par le peuple et pour le peuple iranien est donc à notre portée.

• La notion de « réformistes vis-à-vis radicaux » n'est plus pertinente. C'est la population qui se dresse contre le régime théocratique dans son ensemble et aspire à un changement de régime. Il est donc temps de mettre fin à l'illusion de « modérés » dans ce régime.

• Il est grand temps que les pays Occidentaux abandonnent leur politique de complaisance vis-à-vis de Téhéran et qu’ils reconnaissent que les concessions antérieures ont été contre-productives.

• Il est grand temps que la communauté internationale reconnaisse l'opposition légitime, notamment le Conseil National de la Résistance iranienne, qui mène depuis trois décennies la lutte pour une Iran libre et démocratique.

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