lundi, janvier 24, 2022
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Iran – « Election présidentielle » des mollahs en mai en 12 questions

Iran - "Election présidentielle" des mollahs en mai en 12 questions

1. Pourquoi les « élections présidentielles » des mollahs prévues pour le 19 mai sont-elles importantes ?

Les élections présidentielles en trompe-l’œil du régime des mollahs auront lieu le 19 mai. Cette élection a lieu à un moment critique rare dans l’histoire du régime. Les trois grands facteurs constituant les calculs d’Ali Khamenei, le Guide suprême du régime, sur son choix du prochain président sont les suivants :

• Facteur interne : la peur d’un soulèvement et une réédition des événements de 2009 et donc son désir de prévenir des événements semblables.

• Facteur international : la politique à adopter vis-à-vis des Etats-Unis. La question à laquelle est confrontée Khamenei, est de savoir si dans les rapports avec les États-Unis, le régime devra faire marche arrière et accepter d’autres cas de figure de type JCPOA [accord sur le nucléaire] ou de s’y opposer même au prix d’une confrontation.

• Au sein du régime : la question de la succession du « guide suprême ». Bien que cette question ne fasse pas l’objet d’un débat public à l’intérieur du régime, elle a sans aucun doute une incidence majeure sur la décision de Khamenei concernant son choix du président.

2. Quel processus électoral et qui sont ceux qui peuvent s’y concourir ?

La nature même des élections en Iran est différente de celle des pays démocratiques. La Constitution rejette la possibilité d’une élection tenue en vertu des normes internationalement reconnues. L’article 91 concerne la création et la fonction de la « Conseil des gardiens » (GC) qui se compose de six religieux nommés par le Guide suprême et six juristes nommés par le chef du pouvoir judiciaire, qui est, lui-même, nommé par le Guide suprême.

Selon l’article 99 de la Constitution, le Conseil des gardiens est chargée de superviser toutes les élections qui ont lieu en Iran.

Même ceux dont l’adhésion au régime est approuvée dans une première phase d’enquête par notamment le ministère du Renseignement pourront ultérieurement se voir disqualifiés par le Conseil des gardiens.

La loi électorale stipule que les candidats doivent « croire et adhérer à l’Islam et au système sacré de la République islamique dans la pratique, » et « exprimer leur loyauté à la Constitution et le principe progressiste de velayat-e Faqhih » (la tutelle absolue du chef religieux).

Le 5 octobre 2015, Ahmad Janati, le Secrétaire de la GC est allé plus loin en déclarant que la conviction et l’adhésion devaient venir du « fond du cœur ».

L’article 26 de la Constitution stipule que les partis politiques ne doivent pas « violer les lois de l’Islam » et l’article 27 permet les rassemblements et meetings que si « ils ne violent pas les principes et fondements islamiques. » En conséquence, aucun groupe d’opposition ne peut exister à l’intérieur du pays et, à ce titre, aucun opposant n’est autorisé à participer aux élections. En d’autres termes, il s’agit d’une élection à l’intérieur du régime à laquelle seuls les fidèles au système seraient autorisés à se présenter.

En 1991, le CG a publié un texte sur une interprétation plus étendue de son rôle en ce qui concerne les élections affirmant que le terme « contrôle » mentionné à l’article 90 de la Constitution est « approbatif » et couvre toutes les étapes des élections y compris la confirmation ou la disqualification des candidats. »

Par conséquent, même au sein du régime et de ceux qui croient dans le système et sont fidèles au Guide suprême, seuls ceux qui parviennent à prouver que leur croyance et pratique sont entièrement et « du fond du cœur » conformes au principe de la suprématie absolue du Guide suprême peuvent participer à l’élection.

3. Que signifient les « élections » au sein du régime du clergé [dans une théocratie] ?

Comme mentionné ci-dessus, le premier fait à noter, est que les élections en Iran ne sont ni libres ni équitables. Les élections au sein du gouvernement du clergé ne sont qu’un moyen du partage du pouvoir entre les différentes factions ou clans du régime ultra-violent de velayat-e-Faqih. Le pouvoir total demeure, dans tous les cas de figure, entre les mains d’un mollah et ces élections, pour l’essentiel, n’ont rien en commun avec celles tenues dans une société démocratique moderne. Dans ce régime, tous les candidats passent par le Conseil des gardiens. La moitié des membres du Conseil des gardiens sont directement choisis par le guide suprême et l’autre moitié est nommée par le chef du pouvoir judiciaire, qui est lui-même nommé par le guide suprême. Quiconque a le moindre différend avec le guide suprême n’aucune chance de pouvoir concourir.

La réalité, l’importante, est que contrairement à d’autres pays où des libres ou semi-libres élections sont organisées, il n’y a aucune opposition au régime des mollahs lors des élections que celui-ci organise. Les élections n’ont de sens que lorsqu’il y a une opposition. Dans le régime du clergé, les seuls autorisés à participer aux élections sont ceux qui font partie du cercle dirigeant, et les deux factions actuelles font partie intégrante du pouvoir en place.

Il est intéressant à noter que les candidats aux élections à venir, y compris Hassan Rohani et Ibrahim Raïssi, se présentent avec l’approbation de Khamenei. Mohammad Reza Nematzadeh, ministre de l’Industrie et des Mines au gouvernement du président sortant Rohani, a déclaré le 8 avril : « Un jour lors d’un conseil des ministres, Rohani nous a dit ceci : ‘J’ai discuté avec Khamenei de ce qui est le mieux à faire ? Dois-je me représenter ou non ? Il a insisté pour que je me présente et je serai donc candidat’. Je suis certain que si le Guide avait dit ‘non, ce n’est pas une bonne idée’, Rohani l’aurait accepté sur le champ, car sans permission explicite du chef, il ne fait pas de décision pas sur les questions importantes. »

Le 21 mars, cinquante mollahs membres de l’Assemblée des Experts ont écrit à Khamenei pour lui demander son aval concernant la candidature de Raïssi et soulignant que Raïssi avait dit qu’il ne se présenterait qu’avec l’aval de Khamenei. C’est donc seulement après le feu vert de Khamenei qu’a-t-il annoncé sa candidature.

4. Quelles sont l’étendue du pouvoir et l’autorité du président dans le régime des Mollahs ?

Un président de la République en Iran, sous le système ‘Velayat-e Faqih’ [tutelle absolue du guide religieux], ne doit pas être comparé avec un Président américain ou français. Selon la Constitution du régime, une grande partie des autorités et pouvoirs conférés au président de la République dans ces pays, font partie des pouvoirs du Guide suprême en Iran. Il faut noter que l’autorité du Guide Suprême est si absolue que les pouvoirs limités du président tels que définis dans la Constitution peuvent être facilement dépassés par le Guide suprême. La gestion des affaires de l’Etat théocratique au pouvoir est dans les mains de Khamenei, son Bureau personnel, et le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) et sa Force Qods. Dans les dernières années de sa présidence, Mohammad Khatami, le soi-disant président modéré du régime entre 1997 et 2005, disait que « nous [présidents de la République au sein du régime] ne sommes que des superintendants du régime ».

5. Le régime des mollahs est constitué de différentes factions. Quel est le message de chaque faction interne et quelles sont leurs différences les unes avec les autres ?

La présence de deux ou plusieurs factions au sein du régime ne signifie en aucune manière celle des individus, groupes ou factions qui représentent différents secteurs de la société comme c’est chose courante dans les pays occidentaux. Il s’agit des bandes ou clans fascistes criminels au sein d’un même et seul pouvoir en place. Le point commun entre ces factions est qu’elles ont toutes été impliquées dans le terrorisme à l’étranger et des tueries et assassinats à l’intérieur de l’Iran dès le départ. Ce qui se passe lors de ces soi-disant élections n’est autre que des luttes intestines pout une part plus grande du pouvoir et une plus grande part du pillage des biens et des richesses appartenant au peuple. Aujourd’hui, alors que le régime est dans un état fragile et face aux crises sociales, régionales et internationales, c’est tout à fait naturel que les luttes intestines au sein du régime se soient intensifiées et la crise générale au sein du régime soit exacerbée. L’intensification de ces luttes n’a nulleme
nt pour raison la confrontation entre deux natures ou deux pensées différentes. C’est d’abord un reflet de l’échec du régime en place à résoudre les problèmes sociaux et l’aggravation du mécontentement populaire. Les différences n’existent que sur la façon de faire sortir le régime de ces crises et de le sauver. Chaque faction avertit l’autre que la poursuite de son chemin mène à la chute du régime.

6. Dans quel contexte les élections présidentielles à venir auront-elles lieu ?

• Premièrement, un an et demi après l’accord sur le nucléaire, et malgré une série de concessions injustifiées de la part des Etats-Unis et de l’Occident accordées au régime, ce dernier n’est parvenu à résoudre aucun de ses problèmes fondamentaux. Au contraire, en renonçant, même temporairement, à la fabrication de l’arme nucléaire, le régime dans sa totalité et Khamenei en particulier ont été affaiblis et la crise interne a été intensifiée. En capitalisant sur l’accord de juillet 2015 et la levée des sanctions, Rohani a voulu consolider sa position au sein du pouvoir. Pourtant en dépit de l’accord sur le nucléaire et malgré toutes les concessions injustifiées et illégitimes qu’Obama a accordé au régime, cet accord n’a rien réglé. En ce qui concerne le peuple iranien, ils n’ont obtenu aucun avantage de l’accord en question. Rohani n’a réussi à réaliser aucune des promesses qu’il a faites et il n’y a pas eu aucune amélioration en termes économiques et sociaux. Ainsi, en ce qui le concerne, il s’agit d’un homme qui a totalement échoué.

• Deuxièmement, avec le départ d’Obama, le régime du clergé a perdu un soutien important sur la scène internationale et est totalement conscient qu’une nouvelle ère commence pour lui, ce qui le rend fortement préoccupés par les politiques du nouveau gouvernement américain. La stratégie régionale d’Obama était fondée sur des compromis avec le régime, donc avec le départ d’Obama, le régime du clergé est particulièrement affaibli dans du point de vue de l’équilibre régional.

• Troisièmement, le transfert complet de milliers de membres de l’OMPI depuis les camps Liberty et d’Achraf en Irak aux pays européens a choqué et secoué le régime. L’échec cuisant de ce dernier, malgré de lourds investissements et l’utilisation de l’ensemble de ses moyens et ressources, pour massacrer des membres de l’OMPI ou de les forcer à se rendre, lui a porté un coup dur. La présence d’une résistance organisée avec des racines sociales profondes à l’intérieur de l’Iran est un facteur essentiel que le régime doit prendre en compte sérieusement dans ses calculs.

• Quatrièmement, la mort de l’ancien président Ali Akbar Hachémi-Rafsandjani, a d’une part affaibli le régime dans sa totalité et de l’autre, a privé la faction Rohani d’un soutien de poids, donnant davantage de latitude au Guide Khamenei pour consolider son pouvoir.

7. Quelles sont la principale préoccupation de Khamenei et sa ligne rouge la plus importante?

La ligne rouge principale pour Khamenei est un soulèvement du peuple. Les autorités du régime ont, depuis des mois, mis en garde contre la menace d’un tel soulèvement. Dans le régime des mollahs, la fraude organisée visant à faire sortir le candidat désiré des urnes est appelée l’ »ingénierie » électorale. Khamenei a le pouvoir de planifier cette « ingénierie » de sorte que les luttes intestines de diverses factions ne conduisent pas à susciter un soulèvement populaire. L’analyse interne actuelle et l’évaluation du régime est que si une insurrection est déclenchée cette fois-ci en dépit de toutes les mesures que le régime s’est employé à appliquer depuis plusieurs années, ce dernier ne sera pas en mesure de la contrôler et une réédition des scènes de la révolte, comme on a vu lors de l’insurrection de 2009, vont poser un défi sérieux contre le régime dans son intégralité.

8. Qui sont les deux principaux candidats ?

Ibrahim Raïssi, a fait carrière dans l’appareil judiciaire depuis les premiers jours de l’avènement du régime des mollahs, surtout en prononçant des sentences de la mort. À l’âge de 18 ans, il a été procureur-adjoint et à 19 ans, était un procureur du tribunal de la révolution du régime. Il a été l’un des responsables de la « commission de la mort » chargée de la mise en œuvre de la fatwa de Rouhollah Khomeini pour le massacre de membres emprisonnés de l’OMPI en 1988. Au cours de ce massacre, 30 000 prisonniers politiques ont été exécutés. Hossein-Ali Montazeri, alors le successeur désigné de Khomeiny, avait rencontré Raïssi et les autres membres de la dite « commission » 20 jours après le début du massacre et leur avait dit que ces exécutions de masse étaient les plus grands crimes de la République islamique. Un enregistrement audio de cette réunion a été publié et mis en ligne après 28 ans. Dans cet enregistrement, Montzaeri parle de l’exécution de femmes enceintes et de fillettes de 15 ans lors du massacre. Selon certains rapports, Raissi était le plus brutal et le plus impitoyable membre de cette « commission de la mort ». Khomeiny avait une confiance absolue en lui pour la pratique de châtiments les plus inhumains, y compris les amputations. Plus tard, il a dit que toute personne qui avait participé aux manifestations lors de l’insurrection de 2009 était considéré mohareb (en guerre contre Dieu) et devrait être exécuté. Son plus grand crédit aux yeux du régime est sa brutalité, en particulier dans le massacre de l’opposition, notamment celui de l’OMPI. Raïssi doit donc être jugé pour avoir la plus grande responsabilité dans les crimes contre l’humanité.

Hassan Rohani a toujours fait partie des cercles de décision du régime dès le départ et a été directement impliqué dans tous les crimes du régime, y compris la répression, la guerre et l’envoi de jeunes enfants et d’adolescents sur les champs de mines. Il a admis qu’il a été impliqué dans la répression du soulèvement populaire en 1999. Il est resté silencieux sur le massacre de 1988 et au cours des années n’a montré aucune preuve qui pourrait l’éloigner de ce crime et donc l’a approuvé implicitement. Environ trois mille personnes ont été exécutées sous sa présidence, et il les a décrites comme l’exécution de la loi divine. Selon un rapport de l’ONU, la situation des droits de l’homme s’est fortement dégradée sous sa présidence dans divers domaines. En quatre ans de sa présidence, il a, à plusieurs reprises, soutenu explicitement Bachar al-Assad et le massacre du peuple syrien et le programme d’essais de missiles du régime. Malgré toutes ses déclarations au sujet de la reprise économique et malgré l’accord sur
le nucléaire, la situation économique s’est considérablement aggravée. Avant son accession à la présidence, Rohani a admis d’avoir trompé les Occidentaux sur le programme nucléaire iranien. La différence entre Raïssi et Rohani est que celui-ci a combiné la brutalité avec la tromperie.

9. Que signifie la candidature d’Ibrahim Raïsi et quel message porte-t-elle?

Comme mentionné ci-dessus, Khamenei a laissé Ibrahim Raïssi entrer en scène comme un candidat aux présidentielles après beaucoup de réflexions. Ceci est conforme avec l’effort de Khamenei pour faire avancer la ligne de la crispation du régime et consolider son pouvoir personnel, et à poursuivre, pour autant qu’il le peut, de politiques de l’exportation du terrorisme et du fondamentalisme, l’interventionnisme régionale, et la répression, parce qu’il considère que c’est cette voie qui va améliorer les chances de la survie du régime. Ce processus s’intensifiera inévitablement les conflits au sein du régime pendant les élections.

10. Quelles perspectives?

Compte tenu de la situation à laquelle est confronté le régime dans son ensemble, Khamenei n’a pas de simple choix devant lui. Ceci a créé une situation presque sans précédent avec deux pistes et deux approches pour le guide suprême :

• Si Khamenei réussit à mettre en œuvre l’ « ingénierie » électorale nécessaire, installer Raïssi comme président, la base du régime va considérablement rétrécir. Ce type d’intervention chirurgicale provoquera des défections au sein du régime et un mécontentement croissant. D’autre part, la communauté internationale sera consciente mieux que jamais que des réformes, la modération et le changement de régime de l’intérieur ne sont que de mirages.

• Si Khamenei échoue dans son « ingénierie » électorale pour quelque raison que ce que ce soit et ne parvient pas à faire de Raïssi son président, la dispersion et dissension au sein du régime va augmenter encore plus. En tant que dirigeant suprême, Khamenei aura été davantage affaibli et sera dans une position encore plus faible pour choisir son successeur. D’autre part, sa faiblesse provoque l’escalade de la crise entre les factions au sujet de la répartition du pouvoir. À ce point, l’absence de Rafsanjani sera plus évidente et en raison des pics de la dispersion la totalité du régime devra faire face à une crise majeure.

11. Quelle est la gravité de la question de la succession Khamenei ?

Bien que cela ait été moins d’un sujet d’intérêt ou débat public, la question de la relève a longtemps été l’une des préoccupations principales de Khamenei. Il n’y a pas longtemps, le mollah Ahmad Khatami, membre de l’Assemblée des Experts et le chef de la prière du vendredi à Téhéran, a révélé que des sept sessions de l’Assemblée des Experts, cinq sessions ont été consacrées au sujet de choisir le prochain chef. Dans ces conditions, il est vital pour Khamenei d’avoir quelqu’un de sa propre faction pour occuper la fonction de la présidence. Raïssi est l’un de ceux dont le nom a été parfois évoqué. Donc si Khamenei échoue à installer Raissi comme président, il devra faire face à d’autres crises. Néanmoins, il s’agit d’un sujet gravissime entre les mollahs et sa surexposition mettrait le régime face à une grave crise de survie.

12. Quelles conclusions à partir de tous ces facteurs ?

Les deux candidats n’ont pas de différences fondamentales en termes de la politique de répression, l’exportation du terrorisme et du fondamentalisme, ou le pillage des biens du peuple, éléments constituant toutes les bases de cet Etat. Mais l’élection est déjà en elle-même une crise pour le régime clérical et son résultat sera dans tous les cas de figure, l’affaiblissement du régime. Puisque le régime dans son ensemble est en crise et dans l’impasse, indépendamment de l’évolution des développements à venir, le régime sera plus faible dans son intégralité. Si Khamenei réussit à « faire élire » Raïssi en tant que président, son pouvoir sera renforcé. Cependant, même si un tel résultat apportera une sorte de cohérence interne, le régime dans sa totalité sera plus faible et devra notamment faire face à de nombreuses crises internes et externes. Mais un échec du Guide suprême pour faire installer Raïssi comme président, ce sera un coup dur pour le prestige et la réputation de Khamenei, et les conflits au sein du régime vont s’intensifier.

 

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