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Iran- Sur le fatwa du guide supême concernant le caractère « haram » de l’arme nucléaire

iran fatwaTown Hall, 15 octobre 2014 – Par l’ayatollah Jalal Ganje’i, président de la commission de la liberté religieuse du Conseil national de la Résistance iranienne – Dans un discours devant l’Assemblée des experts du régime iranien, le 4 septembre, le Guide suprême Ali Khamenei a déclaré que la voie ouverte pour son régime était d’élever son niveau de « eqtedar » (puissance).

 

Dans le langage des mollahs, l’ « eqtedar » s’atteint de deux manières. L’une est l’expansion de l’influence régionale par l’exportation de l’extremisme, qualifiée officiellement d' »exportation de la révolution ». C’est cette politique qui a conduit à l’établissement du Hezbollah libanais, au soutien du régime d’Assad et qui, plus récemment, a contribué à l’extension de Daech. La seconde est le développement de l’armement nucléaire pour obtenir un moyen de pression internationale.

Depuis que le programme nucléaire clandestin de Téhéran a été dévoilé par le principal groupe d’opposition iranien, l’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI), le régime de Téhéran affirme qu’un décret religieux (fatwa) du Guide suprême déclare l’utilisation des armes de destruction massive (ADM) « haram » (interdit par la religion). Peu de temps auparavant, devant l’Assemblée de l’ONU, Hassan Rohani avait une fois de plus cité ce décret comme la preuve de la nature pacifique du programme nucléaire iranien.

Cependant, un examen même rapide de la question montre qu’une telle fatwa ne peut exister et que même si elle existait, les puissances étrangères ne peuvent s’appuyer sur elle comme preuve des intentions pacifiques de l’Iran. Dans les deux cas, le régime connaît la vérité et n’utilise le mythe de cette fatwa que dans un but de propagande et de tromperie.

Dans les faits, une telle fatwa n’a pas existé jusqu’en mai 1998, quand la première bombe nucléaire pakistanaise a explosé. A ce moment-là, Rafsandjani, alors président de l’Iran et deuxième personnage du régime après le Guide suprême, a salué la bombe atomique pakistanaise, déclarant que la possession de cette arme par les Musulmans leur donnait plus de chances pour détruire Israël et leurs autres ennemis.

Khamenei n’a pas à l’époque démenti ces propos. Il n’y a aucun document écrit de la main de Khamenei portant sa signature et son sceau s’élevant contre les armes nucléaires. Il est de pratique normale pour toutes les fatwas d’être produites de cette manière et diffusées par la presse ou les sites internet officiels. En outre, les fatwas d’interdits ne sont pas toutes contraignantes pour le gouvernement ou ses responsables.

Le mythe de la fatwa de Khamenei remonte au 19 février 2010 quand il avait déclaré : « Nous ne croyons pas à la bombe atomique, à l’armement nucléaire ; nous n’en voulons pas. Selon nos croyances fondamentales, nos principes religieux, l’utilisation de tels outils de massacre sont par essence « haram » ; c’est interdit par la charia. Elle détruit l’humanité et le Coran l’interdit ; nous ne voulons pas nous en doter. »

Cette rhétorique, même si on la tient pour vraie, n’est qu’une supercherie politique et non une fatwa. Une fatwa ne se réfère jamais à la compréhension personnelle d’une phrase du Coran ou d’un autre texte. Ici, Khamenei dit que détruire l’humanité est condamné par le Coran. Si l’on se réfère au texte du Coran, nous voyons que ce verset n’a pas cette signification et l’interprétation qu’en fait Khamenei est tout simplement inexacte. Aucun docteur de la Loi ou interprète éminent du Coran n’a interprété ce verset de cette manière.

La crédibilité d’une fatwa
La crédibilité d’une fatwa peut être évaluée à partir de trois critères : son exactitude, son utilité et la compétence de celui qui l’a émise. La solidité d’un argumentaire sur une fatwa dépend largement de l’expertise de celui qui l’émet, et Ali Khamenei n’est pas considéré comme un docteur de la Loi dans les centres religieux iraniens et chiites.

En tant que fondateur de la République islamique, Rouhollah Khomeiny avait déclaré « Jawaher al-Kalam », (une collection de 50 volumes rédigé par le cheikh Mohammad Hassan Najafi en 1850) comme la seule source crédible de la jurisprudence islamique.

En tant que dirigeant du régime, Ali Khamenei doit adhérer à ce texte dans ses propres déclarations, mais Jawaher al-Kalam le contredit sans équivoque : « Dans la lutte contre l’ennemi, il est permis de faire un siège, d’empêcher toute personne d’entrer ou de sortir, d’utiliser des catapultes, des fusils, de la poudre, de faire pleuvoir des serpents empoisonnés et ceux dont le venin est mortel, des scorpions et animaux dangereux, de détruire des murs et des maisons, de couper des arbres, de faire tomber du ciel le feu et de diriger les flots (vers le site de son ennemi), et de n’importe quoi d’autre qui pourrait augmenter les chances de détruire l’ennemi. »

L’auteur continue en soulignant : « Sur ces points, il n’y a pas de divergences entre les lettrés. » Dans une autre section, l’auteur écrit : « L’empoisonnement de l’eau ou de la nourriture de l’ennemi est considéré ‘haram’ par certains (…) et accepté avec réticence par d’autres (…) Mais si c’est le seul moyen de vaincre l’ennemi, c’est permis sans hésitation. »

Dans cette logique, l’essentiel est la victoire sur l’ennemi et en tant que telle, même des tueries de masse qui, dans des circonstances normales, pourraient être considérées comme « haram » par certains, seraient « autorisées sans hésitation » si elles devaient constituer le seul moyen de défaire l’ennemi. Est-ce qu’Ali Khamenei dans son hypothétique fatwa veut dire que « ce qui importe le plus n’est pas la victoire »? Ni lui ni quiconque de ses sbires n’oserait le dire ouvertement.

Mais même si Khamenei était sérieux en émettant une fatwa contradictoire, ce ne serait pas important pour deux raisons.

D’abord, une fatwa n’engage que les disciples du lettré religieux qui l’émet, et tout officier ou commandant qui serait le disciple d’un autre docteur de la Loi ou qui considère ne pas avoir besoin de la fatwa, n’est pas obligé de l’appliquer. En outre, celui qui n’applique pas une fatwa n’encourt pas de sanction.

Ensuite, et c’est le point le plus important, n’importe quelle fatwa émise par n’importe qui peut être déclarée nulle et non avenue par des « amendements/décrets ultérieurs » (secondary decrees). Des raisons impérieuses pourraient exiger des « décrets additionnels » dans « des circonstances d’urgence absolue ». En outre, la décision d’utiliser le « poison », ici la bombe atomique, n’est pas du ressort du lettré qui a émis la fatwa.

Il est plus qu’évident qu’il n’y a pas de fatwa pour soutenir les déclarations des autorités du régime selon lesquelles l’Iran n’a que des intentions louables pour son programme nucléaire. Et on n’y trouve absolument rien pour donner poids à une décision de la communauté internationale qui viserait à complaire aux criminels qui dirigent Téhéran. La seule valeur que l’hypothétique fatwa possède pour la République islamique est basée sur une telle complaisance. Et les mollahs comptent bien sur cet effet de complaisance.

Ainsi, les responsables des puissances occidentales ne peuvent pas fonder leur politique sur des remarques non contraignantes et portant facilement à controverse de Khamenei. Agir ainsi sur la foi accordée à une excentricité mensongère serait mettre le monde en grave danger.

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